RÉSOLUTION STRATÉGIQUE 1975 – Brigades Rouges

Après en être venus à la conclusion que le mouvement ouvrier devait passer à l’offensive, après avoir dépassé sur le plan de l’idéologie le discours générique sur la violence, les Brigades Rouges entament la lutte armée en Italie en 1970. Puis, suite à une phase de propagande armée (1970-1975), elles entament un second cycle stratégique dans leur lutte contre l’État et l’impérialisme. Cette stratégie, énoncée dans la Résolution stratégique 1975  a pour objectif « l’attaque au cœur de l’État ». Deux objectifs sont définis : construire le parti combattant aux côtés du mouvement de classe, mouvement en lutte mais pas encore assez ‘mûr’, et agir pour désorganiser l’État italien, appendice de l’État impérialiste des multinationales.

Concrètement, les Brigades Rouges s’organisent donc d’une manière plus efficace avec des brigades d’usines et de quartiers, des colonnes de guérilla et des fronts de combat. Elles évoluent d’actions démonstratives (incendies de voitures et de postes de police, kidnappings de patrons, etc.) vers des actions directement utiles sur le plan militaire (assassinats de hauts bureaucrates du ministère de l’intérieur, attaques contre les infrastructures régionales et nationales de l’État, etc.). Par ailleurs, ces actions militaires remplissent aussi de facto le rôle jusque-là assumé par la propagande armée. Cette phase culminera dans le kidnapping d’Aldo Moro, alors premier ministre d’Italie, détenu 55 jours dans la « prison du peuple », puis exécuté suite à son procès mené par les BR. Aldo Moro est en effet reconnu coupable par les Brigades Rouges comme responsable direct de la paupérisation généralisée des prolétaires italiens et comme leader de l’impérialisme occidental.

Durant leur première phase de propagande armée, les Brigades Rouges ont atteint plusieurs de leurs objectifs. Elles se sont fait connaître, elles ont instauré un climat de violence politique bilatérale et ont amené plusieurs militants à joindre leurs rangs. Pourtant, cette stratégie avait ses limites parce qu’elle concevait un lien nécessaire entre l’existence d’un groupe armée et l’augmentation de l’intensité d’un mouvement ouvrier. Les Brigades Rouges ne nient pas leur première phase, mais se réalignent sur la réalité des nécessités du mouvement (devenir plus puissant) et focalisent donc sur la militarisation de celui-ci. L’efficacité militaire supérieure des BR et du mouvement augmente ainsi le rapport de force avec l’État, et produit de fait une propagande plus efficace (la lutte armée fait sa propre promotion en prouvant son efficacité). La qualité et les résultats des actions menées par les BR sont en effet nettement plus grands durant la phase 1975-1979. L’Italie voit se multiplier les groupes armés marxistes-léninistes ou autonomes (qui, sans partager l’idéologie des BR, reconnaissent l’efficacité de la lutte armée) qui instaurent un climat tel qu’on parle souvent de guerre civile en Italie durant ces années.

Mario Moretti, principal dirigeant des BR de 1974 à 1981, affirme qu’à partir de la Résolution de 1975, « la vérification de la justesse de notre ligne politique s’est faite uniquement par notre capacité à la mettre en actes, à nous développer et à durer dans le temps ».

Enfin, sur l’histoire des Brigades Rouges, son évolution idéologique, stratégique et militaire, on ne peut que conseiller la lecture de l’excellent livre de Moretti, Brigate Rosse. Une histoire italienne.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s