INTERVIEW – Huey P. Newton

Le Black Panther Party for Self-Defense (BPP, 1966-1982) est le plus célèbre groupe révolutionnaire (armé) afro-américain. Dans la foulée des assassinats extra-judiciaires massifs visant les camarades afro-américains, et surtout, prenant acte de la violence généralisée et du néo-esclavage vécu par les populations noires d’Amériques, de jeunes combattants décidés créent ce Parti « pour l’autodéfense », mais aussi, pour la Révolution en 1966. Faisant une analyse du système américain dans son ensemble, le BPP propose un cadre analytique global du capitalisme, auquel il répond par une volonté révolutionnaire de renverser le Capital et l’État. Il développe aussi et surtout (avec plus d’originalité), une analyse des conditions spécifiques d’existence des groupes racialisés dans le système capitaliste. Le BPP s’intéresse au rôle de la division raciale, et notamment à la division du prolétariat entre Blancs et Noirs, ce qui permet aux patrons de mieux régner en misant sur la division des ouvriers. Le BPP analyse aussi le rôle du lumpenprolétariat noir, qui sert de main-d’oeuvre corvéable, mais qui assure aussi un fantasme de supériorité aux prolétaires blancs (qui peuvent se sentir supérieur aux Noirs, et donc pas tout à fait en bas de l’échelle).

pantherpower

Pour construire une force offensive, le BPP travaille à plusieurs degrés pratiques et stratégiques à travers tous les États-Unis. Il cherche d’abord à restituer sa puissance aux communautés noires en leur redonnant leur autonomie sur tous les plans. La constructions de cliniques, d’écoles et de dispensaires est au cœur de cette préoccupation. On cherche aussi à décoloniser l’esprit par l’enseignement marxiste de l’histoire des Afro-Américains. L’autonomie doit aussi être gagnée l’arme au poing, puisque les Afro-Américains subissent violences et assassinats dès qu’ils cherchent à changer leur condition. Ainsi, le BPP arme ses troupes (comme la loi américaine le lui permet !) et développe une politique de défense armée, qu’il cherchera ensuite à transformer en politique d’offensive armée contre le Capital. La seconde tâche que s’impose le BPP est de saper le régime de ségrégation raciale entre les prolétaires noirs et blancs. Il cherche à amenuiser l’écart entre les deux groupes pour former un front uni du prolétariat américain, qui sera à même de renverser l’État américain et le Capital. Cette tâche est aussi élargie à l’internationalisme (liens avec l’Algérie socialiste, avec les combattants palestiniens, avec Cuba, avec le Ghana puis la Tanzanie, intérêt pour le maoïsme). Enfin, le BPP cherche à mettre en place une Armée du Peuple aux États-Unis pour mener la guerre populaire au cœur de l’impérialisme. De ces seconde et troisième tâches, peu de résultats tangibles sortiront. En effet, dès 1970, les militants du BPP sont assassinés massivement et dès 1972 presque tous les cadres du Parti sont morts, en prison ou en exil…

Huey P. Newton, fondateur et important cadre du BPP, aborde, dans l’interview de 1968 la question du nationalisme révolutionnaire et du nationalisme réactionnaire et celle du rôle des alliés blancs dans la lutte contre le colonialisme intérieur américain.  Il analyse le rôle structurel du racisme dans le capitalisme et expose la nécessité de la Révolution pour dépasser le problème racial.

Si le Black Panther Party est célèbre, c’est surtout pour son côté communautaire, par son imagerie et pour avoir porté des armes en public. Pourtant, les camarades d’aujourd’hui gagneraient à mieux étudier les divers aspects de leur pensée et de leurs actions ; notamment leur travail de base dans les quartiers afro-américains.

Sur l’immense influence du maoïsme sur le BPP et les révolutionnaires noirs, on peut donc lire avec profit Black like Mao. Chine rouge et révolution noire sur le site Période. Pour l’analyse théorique révolutionnaire du BPP, on pourra consulter Sur la Révolution américaine (Eldridge Cleaver, 1970) et surtout le méconnu Devant mes yeux la mort (George Jackson, 1972). Dans ce livre, Jackson analyse d’un point de vue marxiste révolutionnaire les structures d’oppression des États-Unis et propose une stratégie globale pour former une Armée du Peuple devant renverser, en alliance avec les nations opprimées du monde, l’impérialisme américain. Ce texte, écrit par celui qui fut « maréchal de l’Armée du BPP », quelques semaines avant son assassinat, est le meilleur document politique produit par le BPP.

Déjà meurent des gens que l’on aurait pu sauver, des générations encore mourront, ou vivront d’une demi-vie, misérable, amputée, si vous n’êtes pas là pour agir. Découvrez dans la Révolution votre humanité, votre amour. Rejoignez-nous, sacrifiez votre vie pour le Peuple.

(George Jackson, Devant mes yeux la mort)

3 réflexions sur “INTERVIEW – Huey P. Newton

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s