LA GRÈVE DES FROS – 1934

À partir des années 1900, la bourgeoisie canadienne décide d’exploiter massivement les ressources minières de l’Abitibi-Témiscamingue. Elle y installe une multitude de mines qui deviennent vite célèbres pour leurs conditions de travail inhumaines. Pour trouver une main-d’oeuvre acceptant ces conditions, la bourgeoisie canadienne, avec la collaboration du gouvernement, met en place un système de migration depuis les pays appauvris de l’Europe de l’Est. En échange de la promesse mensongère de l’obtention de la citoyenneté canadienne, on fait venir en Abitibi, par milliers, des travailleurs et des travailleuses d’Ukraine, de Pologne et de Hongrie. Promesses mensongères parce que la plupart de ces prolétaires sera tout simplement renvoyée en Europe à la fin d’un contrat de travail de cinq ans. Ces ouvrier.e.s européen.ne.s viennent donc travailler ici dans des conditions terribles et sont renvoyé.e.s dans leur pays d’origine sans compensation.

À partir des années 1930, les mineurs étrangers commencent à s’organiser pour l’obtention de conditions de travail dignes et pour avoir un salaire (en effet, pour beaucoup, avant, leur seul salaire était leur pitance et la promesse de devenir Canadiens). En 1933, les ouvriers de Rouyn (Mine Noranda) s’affilient à la Mine Worker’s Union of Canada. Ce syndicat communiste déploie rapidement un réseau de cellules combatives dans plusieurs mines de l’est de l’Ontario et de l’Abitibi.

Environ 300 hommes et femmes ont déclaré la grève hier matin […]. Une centaine d’hommes ont été acceptés hier soir par la Noranda Mining Company pour remplacer un nombre égal de grévistes. La compagnie a devant elle 150 autres applications et elle signera un certain nombre de contrats d’engagement aujourd’hui.

La Gazette du Nord, 15 juin 1934

BAnQ Rouyn-Noranda, fonds Joseph Hermann Bolduc. 08Y,P124,P464-5-2

Les ouvrier.e.s, maintenant organisé.e.s, entament une grève extrêmement dure en 1934, connue sous le nom de « Grève des Fros » (des foreigners). Les grévistes sont attaqué.e.s à plusieurs reprises par la RCMP, puis par l’Armée canadienne. Les lignes de piquetage sont finalement démantelées et les grévistes renvoyé.e.s en Europe. Des crève-la-faim canadiens-français viendront remplacer ces ouvrier.e.s en révolte au fond des mines.

J’ai encore dans les oreilles les cris des autorités de la mine, « Come on Frenchies », et les « Frenchies » allaient avec fierté et ignorance couper le cou de d’autres travailleurs comme ceux qui cherchaient à obtenir des conditions de travail raisonnables. Ces grévistes ne demandaient pas le luxe, croyez-moi !

R. Jodoin, En-d’ssour, Montréal, Éditions québécoises, 1973, p. 102.

Si cette grève a été défaite, c’est d’abord parce que les ouvrier.e.s européen.ne.s n’ont pas pu établir un rapport de force suffisant contre le patronat et le gouvernement canadien, mais aussi parce qu’ils et elles n’ont pas été appuyé.e.s par les Canadien.ne.s-français.e.s. Cette séquence historique mérite pourtant notre attention, notamment en raison de la puissance d’organisation dont firent preuve les travailleurs et les travailleuses, par leur volonté offensive et par leur résistance exemplaire face aux attaques armées de l’État. Cette grève est l’une des seules qui fut menée par un syndicat communiste et qui portait non seulement sur les revendications spécifiques des mineurs mais aussi sur la condition de la classe ouvrière au Canada.

Nous présentons ici un extrait du mémoire Mines et syndicats en Abitibi-Témiscamingue 1910-1950, mémoire rédigé en 1978 par Bernard-Beaudry Gourd. Il s’agit non seulement de l’une des rares études qui existent sur la « Grève des Fros », mais son intérêt réside surtout dans le fait que le document reprend directement les interventions de certains acteurs et actrices ouvrières de cette grève.

Mines et syndicats en Abitibi-Témiscamingue 1910-1950 (extrait)

Mines et syndicats en Abitibi-Témiscamingue 1910-1950 (texte complet)

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