ORGANISATION, TRADITIONS RÉVOLUTIONNAIRES ET TRANSFORMATION – Entrevue avec René Berthier (Fédération Anarchiste)

Le présent texte est la traduction d’une entrevue menée en 2018 par l’Instituto de Estudos Libertários (IEL) de Rio de Janeiro (Brésil) avec René Berthier de la Fédération Anarchiste (FA) de France. L’Instituto de Estudos Libertários diffuse depuis 2002 les savoirs théoriques, pratiques et culturels liés aux traditions anarchistes. René Berthier est un essayiste, conférencier et militant anarcho-syndicaliste français, membre de la Fédération Anarchiste depuis 1984. Cet entretien nous a généreusement été offert, à des fins de rediffusion, par nos camarades de l’Instituto de Rio de Janeiro. Nous présentons ici la traduction française produite par la Fédération Anarchiste, légèrement modifiée à certains endroits. Cette entrevue, qui porte notamment sur les débats organisationnels et stratégiques des mouvements anarchistes européens des années 1920-1940, offre un approfondissement critique intéressant de la Plateforme d’organisation des communistes libertaires (1926), que nous avons récemment présentée dans un article.


Organisation, traditions révolutionnaires et transformation

Entrevue avec René Berthier par l’Instituto de Estudos Libertários (2018)

Quelle est la pertinence des modèles d’organisation historiques pour l’anarchisme d’aujourd’hui ?

La question du modèle organisationnel peut se poser de deux manières : a) quelle forme doit prendre l’organisation de la lutte des anarchistes au sein du système actuel ; b) quelle est la forme de l’organisation globale de la société selon la conception anarchiste (quel est le projet de société anarchiste ?). Dans la mesure où l’organisation de la lutte des anarchistes est abordée dans les questions suivantes, je parlerai d’abord du projet de société. Pour résumer, on peut dire qu’il y a deux approches différentes concernant l’organisation de la société sans exploitation et sans aliénation : l’approche bakouniniste et l’approche kropotkiniste.

• Le modèle bakouniniste
Du point de vue de Bakounine et des militant.es proches de lui, l’organisation de la société de demain sera construite sur le modèle de l’organisation de classe ouvrière telle qu’elle existe à l’époque, c’est-à-dire l’Association Internationale des Travailleurs. L’AIT est en quelque sorte la préfiguration de la société de demain. Nous pourrions faire un parallèle avec le point de vue de Marx. Celui-ci disait que le système capitaliste s’était constitué de manière embryonnaire au sein de la société féodale, grâce à une classe sociale qui était encore dominée – la bourgeoisie – mais qui détenait les moyens de production et qui, le moment venu, a été capable de briser le carcan qui l’emprisonnait. Par analogie, on pourrait dire qu’au sein du système capitaliste, le prolétariat ne détient évidemment pas les moyens de production, mais ce qu’il possède (du moins potentiellement) c’est son organisation et son insertion dans le système productif.

Bakounine fait une description précise de ce modèle organisationnel. Il observe qu’au sein de l’AIT existe une double structuration : l’une verticale, l’autre horizontale. La structure verticale est constituée par les syndicats, qu’il appelle « sections de métier », implantés dans les entreprises. En se projetant un peu, on peut dire que c’est une structure de type industriel qui englobe, du bas vers le haut, l’ensemble d’un secteur d’activité (par exemple métallurgie, textile, etc.). La structure horizontale est une structure géographique : elle est constituée par ce que Bakounine appelle des « sections centrales ». Les « sections centrales » ne sont pas implantées dans les entreprises mais dans les localités et, à ce titre, elles sont en mesure de réunir des représentant.es de l’ensemble des « sections de métier » de la localité et de coordonner l’information et d’organiser les luttes. Pour Bakounine, c’est une instance tout à fait politique, dans la mesure où son champ d’intervention dépasse la simple revendication quotidienne. La « section centrale », pour Bakounine, est également le lieu où se fait la réflexion politique, d’une manière générale. Elle permet donc aux travailleur.euses d’avoir une vision plus générale, une vision qui n’est pas limitée au cadre de l’entreprise. D’ailleurs Bakounine insiste fermement sur le fait qu’il ne faudra jamais supprimer les « sections centrales » car ce sont elles qui donnent leur dimension politique à l’AIT.

Ce que Bakounine décrit ne relève pas de la fantaisie, car cela a effectivement existé, en France et dans d’autres pays. Les « sections de métier » s’appelaient « syndicats », tout simplement, et les « sections centrales » s’appelaient « bourses du travail » en France, Camere del Lavoro en Italie, etc. Nous sommes dans la période syndicaliste révolutionnaire du mouvement ouvrier. Les bourses du travail jouaient un rôle essentiel et on peut dire que le syndicalisme révolutionnaire a entamé son déclin lorsque l’indépendance et le rôle des bourses du travail ont été réduits. Le projet que décrit Bakounine s’est donc concrétisé dans le syndicalisme révolutionnaire, mais aussi et peut-être surtout dans l’anarcho-syndicalisme, qui a connu une expansion considérable dans de nombreux pays.

Le modèle bakouniniste de l’organisation de masse, de type syndicaliste révolutionnaire, se complète d’une autre forme, celle de l’organisation politique. Je fais évidemment référence à l’Alliance internationale de la démocratie socialiste, dite tout simplement « Alliance », constituée d’un nombre réduit de militant.es mais dont le rôle a été important dans la diffusion des idées et des pratiques de l’Internationale dans les pays du Sud de l’Europe. Dire que l’Alliance constitue le prototype de l’organisation anarchiste spécifique telle qu’on la connaît aujourd’hui serait cependant un anachronisme. En 1868 l’anarchisme comme courant politique proprement dit n’existait pas encore. Il serait de même parfaitement anachronique de dire que le programme de l’Alliance a été la préfiguration de la Plateforme d’Archinov.

• Le modèle kropotkiniste
Si le champ d’action de Bakounine fut l’organisation de masse des travailleurs, si l’essentiel de son activité fut orientée autour des questions d’organisation et de stratégie, Kropotkine n’intervint pas dans le mouvement de masse comme élément décisif du point de vue de la définition des stratégies. L’essentiel de l’intervention de Kropotkine se fit dans le mouvement anarchiste proprement dit lorsque les quelques survivances de l’AIT cessèrent d’être un mouvement de masse pour se transformer en groupes affinitaires. On peut dire que Kropotkine fut un théoricien « généraliste » tandis que Bakounine fut à la fois un homme d’action et un organisateur. Dans Autour d’une vie, Kropotkine livre une anticipation de ce que serait une société libérée de l’Autorité et de l’Exploitation. Il esquisse schématiquement ce qu’il pense être une organisation fédéraliste :

« Cette société sera composée d’une multitude d’associations, unies entre elles pour tout ce qui réclame un effort commun : fédérations de producteurs pour tous les genres de production, agricole, industrielle, intellectuelle, artistique, communes pour la consommation, se chargeant de pourvoir à tout ce qui concerne le logement, l’éclairage, le chauffage, l’alimentation, les institutions sanitaires, etc. ; fédérations des communes entre elles, et fédérations des communes avec les groupes de production ; enfin, des groupes plus étendus encore, englobant tout un pays ou même plusieurs pays, et composés de per- sonnes qui travailleront en commun à la satisfaction de ces besoins économiques, intellectuels et artistiques, qui ne sont pas limités à un territoire déterminé.

Tous ces groupes combineront librement leurs efforts par une entente réciproque, comme le font déjà actuellement les compagnies de chemins de fer et les administrations des postes de différents pays, qui n’ont pas de direction centrale des chemins de fer ou des postes, bien que les premières ne recherchent que leur intérêt égoïste et que les dernières appartiennent à des États différents et ennemis ; ou mieux encore comme les météorologistes, les clubs alpins, les stations de sauvetage en Angleterre, les cyclistes, les instituteurs, etc., qui unissent leurs efforts pour l’accomplissement d’œuvres de toutes sortes, d’ordre intellectuel, ou de simple agrément. Une liberté complète présidera au développement de formes nouvelles de production, d’invention et d’organisation ; l’initiative individuelle sera encouragée et toute tendance à l’uniformité et à la centralisation combattue1.

De plus, cette société ne restera pas pétrifiée sous des formes déterminées et immuables, mais elle se modifiera incessamment, car elle sera un organisme vivant, toujours en évolution. On ne sentira pas le besoin d’un gouvernement parce que l’accord et l’association librement consentis remplaceront toutes les fonctions que les gouvernements considèrent actuellement comme les leurs et que, les causes de ces conflits devenant plus rares, ces conflits eux-mêmes, au cas où ils pourraient encore se produire, seront réglés par l’arbitrage. »

En fait, Kropotkine décrit moins un système fédératif qu’une sorte d’union d’associations sans lien permanent entre elles, se faisant et se défaisant au gré des circonstances. Il est dans une large mesure l’inventeur de l’horizontalisme devenu aujourd’hui à la mode, et qui n’a rien à voir avec le fédéralisme. J’avoue que si la vision kropotkiniste devait prévaloir, j’hésiterais sérieusement à prendre l’avion si les tours de contrôle des aéroports devaient « combiner librement leurs efforts par une entente réciproque ».

Il est extrêmement naïf d’imaginer qu’on puisse organiser un réseau ferroviaire efficace (c’est-à-dire, en particulier, ponctuel) ou la production et la distribution d’électricité, de gaz, d’eau, etc., sans une certaine centralisation de l’organisation. Kropotkine tombe dans le défaut de l’anarchisme de son temps qui assimile organisation et autorité. Il est, selon moi, bien en deçà du niveau de réflexion de Proudhon et Bakounine, pour qui la société de demain sera fondée sur la décentralisation politique et la centralisation de l’économie2. Par cela, ils voulaient dire que la prise de décision politique concernant les orientations globales de la société devra se faire de manière décentralisée, à partir des organisations à la base fédérées, mais qu’une fois ces décisions prises, leur mise en œuvre relèvera de la responsabilité de l’organisme fédéral qui aura la charge de les mettre en application.

Et la synthèse proposée par Voline, pouvez-vous énumérer ses caractéristiques générales ?

L’après-Révolution russe révéla un certain nombre de carences dans le mouvement libertaire. Trois tentatives de solution apparurent, personnifiées chronologiquement par Voline d’abord, par le groupe de militant.es autour de Makhno et Archinov ensuite et enfin par Sébastien Faure. Il s’agissait alors de mettre sur pied des principes organisationnels destinés à faire face au constat de l’échec du mouvement anarchiste pendant la Révolution, d’en tirer le bilan et d’envisager des mesures à prendre pour assurer son unification, condition de son efficacité. La première formulation de l’idée de « synthèse anarchiste » vient de Voline, dans un texte écrit en 19243, c’est-à-dire avant l’écriture de la Plateforme d’Archinov4. Cependant, la synthèse de Voline n’a pas grand-chose à voir avec celle de Sébastien Faure, comme nous le verrons.

Contrairement à la synthèse de Sébastien Faure deux ans plus tard, il n’y est pas question d’envisager une organisation dans laquelle seraient réunis des courants syndicaliste, communiste libertaire et individualiste, structurés en tant que tels et censés vivre en bonne intelligence et dans la tolérance. Il s’agit de définir les idées maîtresses de l’anarchisme, c’est-à-dire le principe syndicaliste comme « méthode de la révolution sociale », le principe communiste comme « base d’organisation de la nouvelle société en formation » et le principe individualiste, c’est-à-dire l’idée selon laquelle « l’émancipation totale et le bonheur de l’individu est le vrai but de la révolution sociale et de la société nouvelle ». Voline ne cherche pas à faire cohabiter trois courants différents dans la même organisation mais à engager une discussion au sein du mouvement anarchiste sur ces trois questions afin d’en dégager des bases programmatiques et des principes d’organisation viables. Il n’est donc pas question d’anarchisme individualiste comme courant spécifique du mouvement anarchiste mais d’émancipation de l’individu comme objectif de la révolution sociale. Ce n’est pas du tout la même chose. Personne ne peut être opposé à cela. Pour Voline, le communisme est l’objectif du mouvement libertaire, le syndicalisme le moyen pour parvenir à ce but, l’émancipation de l’individu étant la finalité du mouvement.

La Synthèse de Voline fut rédigée avant la Plateforme dite d’Archinov. Elle aurait pu constituer une base acceptable pour redéfinir les principes, les modalités d’action et d’organisation du mouvement anarchiste. De même, si le mouvement libertaire de l’époque n’avait pas rejeté en bloc la Plateforme, ignorant les propositions faites par ses rédacteur.trices d’en discuter les termes, il aurait peut-être été possible de redéfinir les principes, les modalités d’action et d’organisation du mouvement. Le contenu de la Synthèse de Voline et celui de la Plateforme ne sont pas en soi contradictoires, ils révèlent les mêmes préoccupations. Les raisons pour lesquelles Voline d’une part, les rédacteur.trices de la Plateforme de l’autre ne sont pas parvenu.es à s’entendre restent à mes yeux obscures. Lorsqu’en 1928 l’anarchiste français Sébastien Faure élabora à  son tour une « synthèse », celle de Voline finit par être pratiquement occultée, principalement parce que Voline se rallia aux positions de Faure. Dans le mouvement libertaire, on n’entendra pratiquement plus parler de la synthèse de Voline, qui n’a en fait rien à voir avec celle de Sébastien Faure. Voline  devint  un  adversaire acharné de la Plateforme.

Senya Flesin (à gauche), Vsevolod Eichenbaum dit Voline (au centre) et Mollie Steimer (à droite), 1926.

À propos de la Plateforme organisationnelle d’Archinov et Makhno, qu’auriez-vous à dire ?

Parlant de l’anarchisme, Archinov fait le constat que pendant la Révolution russe « aucune théorie politico-sociale n’aurait pu se fondre aussi harmonieusement avec l’esprit et l’orientation de la Révolution. Les interventions d’orateurs anarchistes en 1917 étaient écoutées avec une confiance et une attention rares par les travailleurs ». Mais, dit-il, « il aurait pu sembler que l’union du potentiel révolutionnaire des ouvriers et des paysans, et la puissance idéologique et tactique de l’anarchisme, représenteraient une force à laquelle rien n’aurait pu s’opposer. Malheureusement, cette fusion n’eut pas lieu. Des anarchistes isolés menèrent parfois une activité révolutionnaire intense auprès des travailleurs, mais il n’y eut pas d’organisation anarchiste de grande ampleur pour mener des actions plus suivies et coordonnées (en dehors de la Confédération du Nabat et de la Makhnovchtchina en Ukraine). Seule une telle organisation aurait pu lier idéologiquement les anarchistes et les millions de travailleurs5 ». Malheureusement, dit encore Archinov, les anarchistes se bornèrent pour la plupart à des activités limitées de petits groupes, ils ne sortirent pas de leur coquille groupusculaire, « au lieu de s’orienter vers des actions et des mots d’ordre politiques de masse ». Ils préférèrent « se noyer dans la mer de leurs querelles intestines » et ne tentèrent pas une seule fois « de poser et de résoudre le problème d’une politique et d’une tactique communes de l’anarchisme. […] Par cette carence ils se condamnèrent à l’inaction et à la stérilité pendant les moments les plus importants de la Révolution sociale ».

Les causes de cet état catastrophique résident dans l’éparpillement du mouvement, la désorganisation, l’absence d’une tactique collective qui ont presque toujours « été érigés en principe chez les anarchistes ». Cette expérience tragique a « mené les masses laborieuses à la défaite ». Les masses laborieuses sont instinctivement attirées par l’anarchisme, « mais elles n’œuvreront avec le mouvement anarchiste que lorsqu’elles seront convaincues de sa cohérence théorique et organisationnelle ». Ce que dit Archinov de la situation du mouvement anarchiste en Russie aurait pu également être dit pour la France.

Dans un autre texte, Archinov réfute l’idée que seule la répression du pouvoir a empêché l’anarchisme de se développer en Russie. La répression bolchévique ne fut qu’une des causes, l’autre étant « l’absence d’un programme pratique déterminé du lendemain de la révolution6 ». Le diagnostic que fait Archinov (et Makhno) du mouvement anarchiste russe ne peut guère être contesté.

Réfugié à Berlin, Archinov et ses camarades éditent Anarkhist Vietsnik (Le Messager Anarchiste), en russe, dont les sept numéros paraissent entre 1923 et 1924. Makhno et Archinov décident de s’installer à Paris où ils fondent le magazine Dielo Trouda (Cause Ouvrière). En 1926, ils publient un projet de plate-forme organisationnelle pour une Union générale des anarchistes, connue sous le nom de Plateforme d’Archinov, mais qui est l’œuvre d’un collectif de militant.es. Toute la production du groupe à l’époque va consister à faire l’analyse critique de l’intervention des anarchistes pendant la Révolution et à proposer des solutions, valables selon eux et elles non seulement pour la Russie mais aussi pour le mouvement international. La principale raison de l’échec du mouvement anarchiste résiderait dans « l’absence de principes fermes et d’une pratique organisationnelle conséquente ». C’est pourquoi il est indispensable que soit élaboré un programme homogène et cohérent.

La Plateforme se subdivise en trois parties : une partie générale établissant les principes fondamentaux du communisme libertaire ; une partie constructive concernant les problèmes de la production, de la consommation, de la défense de la révolution ; une partie consacrée aux principes généraux de l’organisation anarchiste, la nécessité de la cohérence idéologique, tactique, la responsabilité collective, le fédéralisme, etc. Ce sont essentiellement les principes organisationnels de la plateforme, pourtant très vaguement exposés, qui choquèrent les porte-paroles du mouvement anarchiste européen. Archinov déclara en effet qu’il « ne peut y avoir de droits sans obligation, comme il ne peut y avoir de décisions sans leur exécution » ce qui, de toute évidence, choqua une bonne partie du mouvement anarchiste de l’époque qui accusèrent les plateformistes de copier le bolchévisme.

Le fait qu’une décision doive être appliquée une fois qu’elle a été collectivement décidée semble avoir été compris comme une atteinte à la liberté et à l’indépendance individuelles. Le principe de la responsabilité collective est vivement contesté par le mouvement anarchiste de l’époque, c’est-à-dire l’idée que chaque militant.e de l’organisation représente cette organisation dans ses actes et est responsable devant elle, de même que l’organisation est l’expression collective des militant.es individuel.les. Est considérée comme une autre preuve d’autoritarisme inacceptable dans la Plateforme le fait qu’il y ait un comité  exécutif chargé de « l’exécution des décisions prises par l’Union, dont celle-ci l’aura chargé », de « l’orientation théorique et organisationnelle de l’activité des organisations isolées, conformément aux options théoriques et à la ligne tactique générale de l’Union », de la « mise en lumière de l’état général du mouvement » et du « maintien des liens de travail et organisationnels entre toutes les organisations de l’Union, ainsi qu’avec d’autres organisations ». Ce « comité exécutif » va faire couler beaucoup d’encre… noire.

Une relecture attentive de la Plateforme ne révèle rien que de très banal pour quiconque est adhérent d’une banale association, rien qui prête à la diabolisation. Même dans une association de football il y a un « comité exécutif » élu chargé de l’exécution des décisions prises. L’insistance d’Archinov sur le fait que la Plateforme était un projet négociable dont certains aspects pouvaient être adaptés aurait pu rassurer les anarchistes de l’époque. L’historien.ne qui s’interrogera sur le rejet de cette plateforme par le mouvement anarchiste des années 1920 devra sans doute examiner de près quelle était la composition sociologique du mouvement à l’époque, à quel genre d’activité il se consacrait et dans quels moyens. Le ou la militant.e qui a relu ce document aujourd’hui se plaît à se demander pourquoi Archinov et Makhno se sont exilés en France plutôt qu’en Espagne7

Dans le numéro 23-24 de la revue Dielo Trouda, Archinov écrit que « les auteurs de la plateforme partaient du constat de la multiplicité des tendances contradictoires dans l’anarchisme, non pas pour se donner la tâche de les unir en un tout, ce qui est absolument impossible, mais d’effectuer une sélection idéologique et politique des forces homogènes de l’anarchisme et en même temps de se différencier des éléments chaotiques, petits-bourgeois (libéraux) et sans racines de l’anarchisme ». Le propos peut paraître dur mais il faut comprendre que les militants comme Makhno et Archinov, une fois qu’ils eurent fait le constat de l’état du mouvement anarchiste de l’époque, conclurent assez rapidement au caractère petit-bourgeois d’une partie de celui-ci.

De manière générale, quelles sont les principales caractéristiques du modèle de synthèse proposé par Sébastien Faure ?

Sébastien Faure rédigea un document dans lequel il défendait l’idée de « synthèse » des trois courants du mouvement anarchiste8 mais en se méprenant sur la notion de synthèse : « Selon les événements, les milieux, les sources multiples d’où jaillissent les courants qui composent l’anarchisme, le dosage des trois éléments est appelé à varier. À l’analyse, l’expérimentation révèle le dosage ; à la synthèse, le corps composé se reforme et si, ici, tel élément l’emporte, il se peut que, là, ce soit tel ou tel autre. » C’est là un point de vue qui pouvait se révéler séduisant sur le papier, mais qui dans la pratique se révéla inopérant. En effet, Sébastien Faure en vint à se demander comment la réunion de ces trois éléments, « loin d’avoir fortifié le mouvement libertaire, ait eu pour résultat de l’affaiblir ». C’est, dit-il, « uniquement la position qu’ils ont prise les uns par rapport aux autres : position de guerre ouverte, acharnée, implacable » ; ainsi, le mouvement s’est vidé du meilleur de son contenu « au lieu de s’unir dans la bataille à livrer contre l’ennemi commun : le principe d’autorité. » On constatera que Sébastien Faure définit l’anarchisme moins par la lutte contre le capitalisme que par la lutte contre l’autorité.

Le premier commentaire qu’on pourrait faire est que l’approche de Faure ressemble fort à de l’éclectisme, c’est-à-dire cette démarche qui consiste à prendre dans diverses doctrines ce qu’elles sont censées avoir de meilleur en laissant le reste et à en faire un « cocktail ». Cette démarche, que Bakounine attaque férocement, est qualifiée par lui de « plat métaphysique » et de « vinaigrette philosophique ». Ensuite, une synthèse n’est pas une fusion. Faire la synthèse de plusieurs idées consiste à envisager ce qu’elles ont de commun, d’opposé, et ensuite de dépasser ces concordances et oppositions. Une synthèse, c’est quelque chose d’autre, différent en nature, des éléments qui la composent. Si une synthèse des éléments qui composent l’anarchisme était envisageable, on n’aurait pas une adjonction de ces éléments cohabitant grâce à la « tolérance » qu’ils auraient l’un pour l’autre, mais quelque chose d’essentiellement différent.

La démarche de Voline était quelque chose de dynamique qui ne figeait pas les éléments dont elle était constituée : elle peut être effectivement considérée comme une réelle tentative de synthèse. On ne peut pas en dire autant pour la tentative de Sébastien Faure. L’organisation qu’il envisage n’est qu’un lieu où cohabitent des courants du mouvement libertaire, plus ou moins pacifiquement.

Je ne peux pas me prononcer sur le fonctionnement des organisations « synthésistes » hors de France, mais pour ce qui concerne la Fédération Anarchiste, si on examine attentivement d’une part le texte de Sébastien Faure, d’autre part les « principes de base » de la FA, et enfin sa pratique, on s’aperçoit qu’il y a un réel décalage. Ce constat est selon moi expressif du fait que la Fédération Anarchiste est une structure vivante capable d’évoluer : c’est une banalité que de dire qu’un groupe humain ne peut fonctionner que s’il n’applique pas strictement les principes sur lesquels il est fondé.

La Fédération Anarchiste (française) est-elle réellement synthésiste ?

En fait pas du tout. D’abord ses Principes de base – son document fondateur, en quelque sorte – ne mentionnent nulle part la « synthèse ».  Ensuite, alors que la synthèse de Sébastien Faure évoque la cohabitation de trois courants : anarchiste-communiste, syndicaliste et individualiste, les principes de base de la FA ne font aucune référence à l’individualisme ! En revanche, ils évoquent « la possibilité et la nécessité de l’existence de toutes les tendances libertaires au sein de l’organisation ». Si la FA avait été synthésiste, il ne fait pas de doute que les Principes de base auraient mentionné l’individualisme. En somme la Fédération Anarchiste est tout simplement une organisation libertaire dans laquelle existe le droit de tendances.

Le Monde Libertaire, organe de la Fédération Anarchiste, no.142, mai 1968.

Que pensez-vous des débats actuels sur ces expériences historiques ?

Les débats sur la synthèse de Voline n’ont pas pris une ampleur importante. Ceux sur la Plateforme, commencés à la publication du texte, cessèrent assez rapidement, pour être rapidement oubliés pendant 50 ans. Il y eut en France quelques tentatives de créer des groupes plateformistes, mais ils ne connurent pas un développement important. Dans certains pays, comme en Espagne, la question de la Plateforme ne se posa pas car cette dernière n’apportait pas grand-chose de plus que ce que le mouvement libertaire pratiquait déjà. La question du plateformisme réapparut après Mai 68 quand une partie du mouvement libertaire crut y trouver la solution à son incapacité à intervenir réellement dans les événements. La Plateforme semble avoir ensuite migré vers la Grande-Bretagne, puis vers l’Amérique du Nord et du Sud.

La Plateforme d’Archinov avait le projet de réformer le mouvement anarchiste dans son ensemble, mais on ne peut pas nier qu’elle soit apparue dans un contexte historique précis, celui du mouvement anarchiste français des années 1920, qui n’avait pas beaucoup changé depuis les années 1890. Pour comprendre le rejet dont la Plateforme a fait l’objet, il me semble moins important de nous attarder au contenu lui-même de la plateforme qu’à l’état du mouvement anarchiste français (et italien, peut-être) de l’époque. Il faut prendre en considération l’invraisemblable diversité des sensibilités qui existaient alors dans le mouvement libertaire et de la prégnance de la pensée individualiste, même chez ceux qui se réclamaient du communisme libertaire : c’était l’époque où un dénommé Lorulot faisait des conférences sur « Notre ennemie, la femme », lors desquelles il affirmait que les femmes étaient frivoles et empêchaient leurs hommes de militer9. Il y avait également dans le mouvement anarchiste des gens qui s’opposaient à la réduction du temps de travail parce que cela aurait détourné les ouvriers de la révolution… Jean Grave avait publié en 1911 dans Les Temps Nouveaux un état des lieux accablant du mouvement anarchiste de cette période10, que tout militant anarchiste d’aujourd’hui devrait lire11. J’insiste sur le fait que pour comprendre la Plateforme d’Archinov, il faut comprendre quel était l’état du mouvement anarchiste français de l’époque ; il faut également savoir qu’en Russie même le mouvement anarchiste avant et pendant la Révolution ressemblait beaucoup à son homologue français.

Quel est l’état du débat aujourd’hui ?

Un auteur qui a longtemps été un militant de la FA écrit que : « en dépit des attentes de leurs promoteurs, non seulement le débat plateforme / synthèse ne contribua pas à la réalisation de l’unité du mouvement, mais il va accroître davantage le confusionnisme dans les rangs des libertaires et donc en définitive, gêner le travail de révision nécessaire des positions anarchistes traditionnelles que pourtant la situation imposait12 ». L’auteur ajoute que parce qu’on avait oublié que ce qui était en jeu n’était que deux options parmi d’autres, le débat s’était figé, provoquant une cassure dans le mouvement anarchiste français, une « crise qui n’a jamais été véritablement surmontée encore aujourd’hui et dont le confusionnisme organisationnel et idéologique de la Fédération Anarchiste actuelle, sorte de monstre hybride mi-plateformiste, mi-synthésiste, en est l’exemple le plus frappant ». Manfredonia se trompe sur ce dernier point : je ne pense pas que la Fédération Anarchiste soit « à demi plateformiste » : mais je pense également qu’elle n’est pas non plus synthésiste, ni à demi, ni même complètement. Aujourd’hui, les organisations communistes libertaires qui s’étaient constituées à l’origine en France sur les bases du plateformisme ne s’y réfèrent plus vraiment ; elles le considèrent comme dépassé, comme en témoigne le propos d’un militant connu d’Alternative Libertaire, une organisation habituellement considérée comme plateformiste :

« En France le débat ne s’est apaisé que dans les années 1990. René Berthier13 ou Gaetano Manfredonia ont proposé des approches dépassionnées de la question. La très synthésiste Fédération Anarchiste (FA) s’est en réalité éloignée du catéchisme de Sébastien Faure. L’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), constituée en 1976, avait pour sa part rapidement évoluée vers un dépassement de la Plateforme dont elle retenait davantage l’esprit que la lettre – Alternative Libertaire se situe dans cette continuité.14 »

En France, des groupes locaux synthésistes et plateformistes travaillent ensemble sur des questions pratiques. Si toutefois une certaine distance est maintenue, ce n’est pas sur des désaccords théoriques mais sur des questions de comportement. Un groupe anarchiste américain exprime son point de vue sur le plateformisme avec un sens typiquement anglo-saxon du sous-entendu : « Tandis que leur sérieux organisationnel et leur engagement dans les luttes de masse sont exemplaires, l’influence de certaines formes et pratiques […] rappelant les groupes trotskistes est évident. » (Our Anarchism, First of May Anarchist Alliance). Ces militants états-uniens ont parfaitement compris que le problème n’était pas le plateformisme lui-même mais les « formes et pratiques » des organisations plateformistes – certaines d’entre elles en tout cas. En France, la plupart des jeunes militant.es de la Fédération Anarchiste se désintéressent totalement, je pense, du débat « synthèse / plateforme ».

Quelques numéros de la revue Volonté Anarchiste (1977-1997) publiée par le groupe Fresnes-Antony, affilié à la Fédération Anarchiste.

Quelle est l’opinion des plateformistes sur le synthésisme aujourd’hui ?

Il est intéressant de voir ce que les plateformistes pensent des synthésistes. Sur un site web aujourd’hui disparu, Anarchistblackcat, on trouvait l’opinion d’un jeune militant sans doute hispanophone – C. – répondant à un vieux militant anarcho-syndicaliste après la publication d’un article extrêmement modéré, très argumenté mais sans concession qui avait été publié sur Georges Fontenis15. Selon ce jeune camarade, tandis que Fontenis luttait pour donner consistance au mouvement révolutionnaire, luttant contre le nazisme, le franquisme et l’impérialisme français, ses opposants  (les synthésistes, par conséquent) « préféraient éditer des journaux culturels, faire de la propagande qu’eux seuls lisaient, parlant et parlant de choses sans signification. Ils sont très contents : ils ne “trahiront” jamais. Oui, ils ne réaliseront jamais aucun changement social. Mais cela n’a pas d’importance, bien sûr. » D’une manière rudimentaire, ce propos reflète assez bien, encore aujourd’hui, l’opinion plateformiste sur la Fédération Anarchiste et, on peut le supposer, l’opinion générale des plateformistes sur le synthésisme. Le « vieux » militant anarcho-syndicaliste conclut son propos en rappelant que « ces anarchistes vaporeux qui sont opposés à l’organisation ont réalisé un certain nombre de choses » telles qu’un journal hebdomadaire, une radio, une librairie à Paris et dans d’autres grandes villes du pays, une structure d’édition, etc. « Aussi j’aimerais que C. m’explique comment des gens aussi inconsistants ont pu faire tout cela, sans même parler de l’organisation d’une rencontre internationale en 2012. » !

Il y a un autre document relativement récent rédigé du point de vue d’un plateformiste nommé Scott Nappalos, dans lequel les mérites respectifs des deux courants sont évoqués16. Nappalos affirme la nécessité d’un regroupement du mouvement libertaire et estime que nous assistons à une « large convergence des pratiques et des concepts auprès de différentes organisations qui commencèrent à des points de départ différents et avec différentes traditions », mais il observe « de fortes différences au sein des organisations, et sur le plan interne la plupart des organisations ont des gens qui bougent dans différentes directions ». La solution serait dans une « transformation substantielle des orientations et forces existantes ». Nappalos ajoute : « Inévitablement, cela requiert des conflits, des scissions, et la rupture d’organisations existantes en tendances différentes qui pour l’instant se combattent de manière interne. Cela doit être vu favorablement, car cela clarifierait nos orientations, et soulagerait quelques-unes de nos paralysies internes. » (je souligne). Et Nappalos ajoute : « c’est un risque, mais un risque nécessaire ». Tout cela naturellement est envisagé du point de vue du prolétariat : « En une telle période, les loyautés organisationnelles et idéologiques doivent être reconsidérées en faveur des intérêts du prolétariat et du mouvement dans son ensemble ».

Au nom de la rigueur, de la cohésion, de l’unité de pensée, l’auteur favorise donc les conflits, les scissions et les ruptures. Pendant longtemps, c’est de cette manière que le plateformisme fut considéré en France. Le point de vue de Nappalos est l’illustration de la tentation permanente des militant.es qui « surinterprètent » le plateformisme et le transforment en caricature. Il y a quelque chose de pathétique dans le fait de favoriser des ruptures lorsqu’on appartient à une organisation finalement microscopique.

Nappalos nous donne dans son texte un échantillon significatif de la manière dont les plateformistes perçoivent le synthésisme. Cependant, sur un point, il a raison : le synthésisme n’est pas une théorie. Mais il a tort lorsqu’il écrit que personne ne se réfère explicitement au synthésisme. Les organisations adhérentes à l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA) se réfèrent au synthésisme et les personnes qui adhèrent aux organisations membres de l’IFA le font sur ces bases.

« Le synthésisme regroupe des gens qui n’ont pas un niveau basique d’unité sur la stratégie et souvent sur la théorie. L’exemple classique sont les “fédérations anarchistes” (en particulier en Europe, bien que dans l’histoire US récente il y a eu la Fédération anarchiste sociale révolutionnaire qui permettait à différentes tendances contradictoires d’exister dans la même organisation sans aucune unité fondamentale). Un exemple actuel serait les fédérations anarchistes française et italienne dans l’Internationale des fédérations anarchistes, qui sont lourdement inspirées par la synthèse, et qui rassemblent des gens sur la base d’un anarchisme largement conçu, incluant même des individualistes. »

Mais quelle que soit la vérité contenue dans ce que dit Nappalos, l’erreur majeure qu’il fait est de donner trop de crédit aux discours sans observer les faits. Dans la FA, il y a des différences d’opinions, mais elles ne sont pratiquement jamais la conséquence de ce que les uns sont anarcho-communistes et les autres anarcho-syndicalistes, ou que sais-je. Les congrès de la FA ne sont pas des endroits où on voit des affrontements permanents entre anarchistes-tout-court, anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes, voire individualistes, conduisant à la paralysie ; ce sont des lieux où les militant.es peuvent avoir des divergences assez polies au sujet de questions pratiques, parfois aussi des oppositions très vigoureuses. Mais ces divergences d’opinions ne se fondent pas sur le fait que les un.es et les autres se réfèrent à des courants différents, prétendument « contradictoires » de l’anarchisme : ces divergences existent parce que les gens ne sont tout simplement pas toujours d’accord les un.es avec les autres.

Manifestement, Nappalos voit la Fédération Anarchiste française comme une organisation permettant « à des tendances contradictoires variées d’exister toutes dans la même organisation sans aucune unité fondamentale ». Le problème est que je n’ai jamais constaté dans la FA de courant « individualiste » (ou alors il est très discret) ; je n’ai découvert que très récemment qu’un camarade que je connais depuis des années se dit anarchiste « individualiste » – ce que j’ignorais totalement. Tout cela nous intéressait si peu, lui et moi, que nous n’avions jamais abordé la question.

À la FA, j’ai l’impression qu’il y a surtout des anarchistes-tout-court, des anarchistes-communistes et des anarcho-syndicalistes, ou des militant.es qui ne sont ni l’un ni l’autre, ou les deux, autrement dit des anarchistes sans trait d’union. En tout cas, lorsque j’observe les faits, je constate que ces tendances existant dans la FA ne sont pas contradictoires : au contraire, elles pratiquent une COLLABORATION plutôt efficace, dont la démonstration se trouve dans le constat des projets qu’elle réalise.

Il y a quelque chose d’insupportablement paternaliste dans l’attitude de Nappalos. Selon lui, le synthésisme ne concerne que des anarchistes de seconde zone, qui développent le « patriotisme d’organisation » (il est bien connu que les organisations plateformistes ne développent jamais de « patriotisme d’organisation »…). Nappalos a recours à l’expression « lower case “a” anarchists ». Je n’ai pas réussi à trouver une traduction satisfaisante de cette expression. Je serais tenté de dire « anarchistes bas-de-casse », mais ce ne serait pas compris par les personnes ne connaissant pas le jargon de l’imprimerie. Du temps de l’imprimerie au plomb, la « casse » était une boîte en bois dans laquelle étaient rangés les caractères d’imprimerie, chaque lettre ou signe était placé dans une case. La casse était divisée en deux, horizontalement. En haut se trouvaient les majuscules, leur zone était donc le « haut-de-casse ». Les minuscules étaient rangées dans la subdivision du bas, autrement dit le « bas-de-casse ».  Parler d’« anarchistes bas-de-casse » est une façon de dire « anarchistes de seconde  zone ».

Selon Nappalos, les organisations synthésistes limitent leur activité à des questions non essentielles telles que la « sous-culture » (sub-culture), les « réseaux militants », « la politique de protestation », « l’anti-mondialisation et les mouvements anti-guerre » où ils ont un « rôle productif à jouer ». Nappalos conclut son propos en disant, en résumé, que le synthésisme a produit sa propre critique : « des groupes qui ont émergé de ces milieux ont développé leurs critiques de la paralysie des organisations synthésistes, de l’absence d’éducation et d’engagement de leurs membres, de leur attitude anti-stratégique et de son incapacité à s’adapter aux conditions changeantes ». Évoquant le contexte nord-américain, Nappalos affirme que cette situation a conduit des gens à se tourner vers des idéologies du passé pour chercher la voie au-delà du synthésisme, que ce soit sous la forme du léninisme, du maoïsme, du plateformisme, du especifismo ou de la cadre-organization17.

Les réflexions de Nappalos sont d’un réel intérêt, il soulève de vraies questions mais malheureusement il se laisse piéger par une vision du synthésisme quelque peu archaïque. Il semble convaincu que les organisations synthétistes d’aujourd’hui n’ont pas évolué depuis 1928, que la réalité n’a pas eu d’effet sur elles, que les pratiques de ces organisations s’en tiennent strictement à ses représentations vieilles de 90 ans. J’ai plutôt l’impression que Nappalos a du synthésisme une vision qui n’a pas évolué depuis 90 ans.

Peut-on être synthésiste aujourd’hui ?

Je conçois que la FA ne soit pas pour Nappalos la principale de ses préoccupations, mais dans la mesure où elle apparaît, qu’on le veuille ou non, comme une des références du synthésisme, il faut bien réagir à ses propos stéréotypés. Rappelons que dans une organisation synthésiste trois courants sont supposés cohabiter dans une ambiance de tolérance mutuelle. Or en 1928, ces trois courants s’affrontaient vigoureusement, en France comme en Russie d’où venaient les rédacteurs de la Plateforme : c’est d’ailleurs du constat des divisions du mouvement anarchiste qu’est né le projet de la Plateforme. Les individualistes s’opposaient à l’idée d’organisation ; de nombreux anarchistes-communistes étaient antisyndicalistes et de nombreux syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes ne comprenaient pas la nécessité d’une organisation anarchiste. Or Sébastien Faure lui-même fit un état des lieux du mouvement si sombre qu’on imagine difficilement qu’il ait pu penser que la situation ait pu s’améliorer, puisqu’il nous dit que les différents courants qui le composaient étaient « en position de guerre ouverte, acharnée, implacable » ! Le fondateur lui-même du synthésisme en fit la première critique impitoyable !

De la même manière que dans les pays industriels développés le plateformisme s’est en quelque sorte dissous de lui-même, l’idée de synthèse dans le sens où l’entendait Sébastien Faure a perdu sa raison d’être. En cherchant bien, on trouvera sans doute à la Fédération Anarchiste une ou deux personnes se déclarant individualistes, mais leur comportement militant ne se distingue en rien de celui de leurs camarades anarchistes « sociaux », et en tout cas il n’y a pas de tendance ou de courant individualiste dans l’organisation. Quant aux courants anarchiste-communiste et anarcho-syndicaliste, leurs pratiques ont en quelque sorte fusionné et il n’est pas facile de distinguer les uns des autres. En somme, on a affaire à des anarchistes sans adjectif. Cette évolution ne résulte pas d’un choix délibéré mais de la force des choses. On ne trouve pas dans les congrès de la Fédération Anarchiste des courants (anarchiste-communiste, anarcho-syndicaliste ou individualiste) qui s’affrontent mais des groupes ayant des visions différentes en fonction de leurs pratiques et qui discutent parfois avec vigueur, la plupart du temps calmement, sur les orientations à prendre et qui collaborent ensemble pour réaliser des objectifs.

Une certaine division du travail s’est instaurée, non pas sur des bases théoriques ou idéologiques mais tout simplement pratiques, dans ce sens que les salarié.es ont plutôt tendance à participer à la commission syndicaliste de la FA (mais pas seulement) et que les autres se livrent à des activités plus spécifiques ou participent à des combats que Nappalos qualifie avec dédain de mineurs mais qui sont essentiels, dans le domaine de l’écologie, de l’opposition aux guerres, de la lutte contre le patriarcat, du féminisme, etc. Par exemple assurer une émission hebdomadaire sur Radio Libertaire représente un travail très important. Considérer cela comme de la « sous-culture » est absurde car une émission de radio écoutée par des centaines de milliers de personnes participe pleinement à la lutte des classes et au combat libertaire.

La Fédération Anarchiste n’est pas une organisation dans laquelle les courants anarchiste-communiste, anarcho-syndicaliste et individualiste campent sur leurs positions bien tranchées, provoquant l’immobilisme : c’est une organisation dans laquelle la différence entre ces trois options apparaît dépassée, où personne n’est indifférent à la question de la liberté et de l’émancipation de l’individu parce que c’est un élément constituant de l’anarchisme tout court, où différentes approches de la lutte se côtoient et s’expriment lors les congrès, et il n’est pas question que cela change. La Fédération Anarchiste a traversé de nombreuses crises depuis 1945 et c’est sa capacité d’adaptation qui a permis de les surmonter, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup d’autres groupes anarchistes. Elle a su réaliser, grâce à la collaboration de tou.tes, un ensemble de choses qui la placent plutôt bien sur le terrain de l’efficacité.

Des miliciennes durant la guerre civile espagnole, vers 1936. Les débats théoriques anarchistes de l’époque ont peu touché l’Espagne, puisque celle-ci comportait déjà des groupes aux pratiques fortes et déterminées.

Refonder l’anarchisme ? Comment résoudre cette apparente contradiction entre synthésisme et plateformisme ?

Peut-être en revenant à Bakounine. À partir de son adhésion à l’Internationale, l’activité du révolutionnaire russe consista à encourager le développement de l’organisation de masse des travailleur.euses, c’est-à-dire l’organisation de type syndical. On peut dire, avec Gaston Leval, qu’il fut un précurseur du syndicalisme révolutionnaire18. La Première internationale, telle que l’entendait le courant fédéraliste proche de Bakounine, considérait que l’activité syndicale ne devait pas se limiter à l’action revendicatrice dans l’entreprise mais qu’elle devait également s’étendre à l’activité en dehors de celle-ci, sous de multiples formes, par la création de caisses de secours, de coopératives, de bibliothèques, d’athénées, etc., autrement dit toute structure d’entraide ou culturelle imaginable susceptible non seulement d’améliorer le sort des travailleur.euses mais aussi de leur rendre la vie plus agréable et de les cultiver. L’activité révolutionnaire ne devait pas se limiter à la lutte directe contre le Capital et l’État, elle devait aussi organiser l’entraide sous toutes ses formes, organiser les loisirs et encourager l’activité culturelle. Toutes choses qui sont reprises par de nombreux groupes anarchistes aujourd’hui qui sont pourtant considérés avec dédain par certain.es plateformistes rigides parce qu’elles ne seraient pas des activités directement liées à la lutte des classes. Ces militant.es oublient simplement que la lutte des classes est partout, y compris dans la volonté des classes dominantes de maintenir le peuple dans l’inaction et l’ignorance.

De l’expérience de deux séjours d’un mois que j’ai fait au Brésil, je constate que ce sont surtout les groupes libertaires non-plateformistes (qu’ils se déclarent ou non synthésistes), qui sont à l’origine d’initiatives (auxquelles les groupes plateformistes participent volontiers, d’ailleurs) telles que les Feiras Anarquistas, etc. Sans doute ces initiatives sont-elles considérées comme relevant du « lifestyle anarchism » tant critiqué par les plateformistes. Il semble pourtant évident que l’offensive du capitalisme contre le peuple travailleur dépasse elle aussi largement le cadre de l’entreprise pour s’étendre à tous les aspects de la vie. Le mouvement anarchiste qualifié de synthésiste est très actif dans ces différentes sphères d’activité parce que ce sont des lieux où se déroulent un combat contre le système dominant.

Que la synthèse soit une référence concrète correspondant à une pratique effective, ou simplement une référence historique dépassée, les organisations synthésistes pratiquent une sorte de « diversification du travail » tout à fait conforme aux préconisations de l’AIT anti-autoritaire, en ce sens que leurs membres s’investissent dans des sphères d’activité différentes en fonction de leurs choix ou de leurs conditions effectives d’existence. On peut supposer qu’un.e militant.e travaillant dans une usine ou dans un hôpital n’aura pas la même activité, en tant qu’anarchiste, qu’un.e étudiant.e, ce qui n’empêchera pas une certaine forme d’interpénétration, d’ailleurs. Les organisations plateformistes de leur côté devraient se rappeler que les militant.es de l’AIT anti-autoritaire préconisaient la diversification de l’activité comme gage de l’efficacité révolutionnaire. Elles devraient également se rappeler que les auteur.es de la Plateforme appelaient le mouvement libertaire à discuter du contenu de celle-ci. Le mouvement anarchiste de l’époque a eu grandement tort de rejeter cette ouverture, mais cela ne justifie pas qu’aujourd’hui les plateformistes s’enferment dans un rejet hautain du dialogue.

Là peut-être se trouve la base d’une réelle refondation du mouvement anarchiste, qui ne devra jamais oublier que celui-ci ne fut puissant que par l’existence d’une organisation de masse.

En conclusion…

Les aspects négatifs du mouvement anarchiste des années 1920 ont dû choquer Archinov et Makhno lorsqu’ils sont arrivés en France mais il faut insister sur le fait que le mouvement anarchiste français ne pouvait en aucun cas être réduit à ça… En effet, il y avait un courant révolutionnaire constitué dans la CGT-SR, animé par des anarcho-syndicalistes : cette organisation se constitua l’année même de la publication de la Plateforme d’Archinov, 1926, et regroupa des milliers d’adhérent.es. Malheureusement, Makhno et Archinov semblent avoir ignoré cette organisation.

Avec du recul – et au bout de 90 ans on peut prendre du recul – ce qui a tout d’abord motivé Makhno et Archinov, c’est le constat de l’incapacité du mouvement libertaire français à prendre des décisions. Je précise que ce n’était pas du tout le cas en Espagne. Ce n’est donc pas une affaire congénitale à l’anarchisme. La CNT espagnole avait un million d’adhérent.es en 1930 et pour en arriver là il avait bien fallu qu’existe dans l’organisation des instances dans lesquelles les orientations étaient discutées et votées. Ces instances n’existaient pas dans le mouvement anarchiste français (et italien, je pense : Malatesta disait qu’un congrès n’était qu’une réunion sans pouvoir décisionnel où étaient exposés les différents points de vue19).

Mais ces instances existaient en Italie dans l’Union Syndicale Italienne, une organisation anarcho-syndicaliste active qui a été écrasée par Mussolini : ces militant.es-là étaient parfaitement capables de prendre des décisions, comme par exemple leur refus d’adhérer à l’Internationale syndicale rouge. Donc, si la Plateforme d’Archinov apporte quelque chose de nouveau par rapport au mouvement anarchiste français (et italien), elle n’apporte absolument rien de nouveau par rapport au mouvement anarcho-syndicaliste espagnol – et au mouvement anarcho-syndicaliste en général, y compris français. Car si on lit les statuts de la CGT-SR, une organisation anarcho-syndicaliste française constituée en 1926, la même année que la Plateforme d’Archinov, on y trouve l’exposé d’un ensemble de structures fédéralistes dans lesquelles les adhérent.es discutent des orientations et votent des décisions. Les statuts de la CGT-SR sont au moins aussi « autoritaires », sinon plus, que le contenu de la Plateforme d’Archinov. Il est significatif que la Plateforme d’Archinov ait créé dans le mouvement anarchiste français un tel émoi, alors que les statuts de la CGT-SR, plus « autoritaires » à mon avis, n’ont pas suscité de réactions.

On peut dire, en résumé, que le diagnostic fait par Makhno et Archinov était juste. Mais la Plateforme d’Archinov n’apportait rien de nouveau par rapport à ce qui existait déjà à l’époque.  Si   personne   ne   songeait   alors   à condamner l’« autoritarisme » des statuts de la CGT-SR, mais le faisait pour la Plateforme d’Archinov c’est, à mon avis, simplement parce que la Plateforme d’Archinov s’adressait (naïvement, je dirais) aux anarchistes, tandis que les statuts de la CGT-SR regardaient le mouvement ouvrier révolutionnaire, les anarcho-syndicalistes.

En France dans les années 1920, le mouvement anarchiste ouvrier et révolutionnaire ne se trouvait pratiquement plus dans les groupes anarchistes mais dans le mouvement syndical, dans le mouvement anarcho-syndicaliste. Makhno et Archinov ne l’ont malheureusement pas compris : dans la Plateforme, ils interprètent le syndicalisme révolutionnaire comme un simple mouvement professionnel sans théorie politique et sociale : ils passent ainsi à côté de l’essence même du syndicalisme révolutionnaire, dont on peut dire ce qu’on veut, mais pas qu’il n’avait pas de théorie sociale et politique20.

Il est clair que, en France, le débat pour ou contre la Plateforme n’est qu’un débat historique. Il faut, je pense, rappeler que la Plateforme d’Archinov date de 1926 et que la théorie de l’anarchisme synthésiste date de 1928, en réaction à la Plateforme. Je pense que ni d’un côté, ni de l’autre, on ne peut se référer à des idées, à des formes d’organisation datant de 90 ans sans envisager de sérieuses adaptations.

René Berthier et Christiane (Fédération Anarchiste).

[1] La promotion de l’initiative individuelle apparaît souvent dans les textes des militant.es anarchistes communistes de l’époque. C’est une préoccupation légitime, mais il est difficile d’imaginer la mise en œuvre de l’initiative individuelle lorsqu’il s’agit de produire et de distribuer de l’électricité à des dizaines, voire des centaines de millions de personnes. Ou pour réglementer le transport ferroviaire (il est vrai qu’il y en a très peu au Brésil) ou par avion. Je pense qu’une telle insistance sur l’initiative individuelle est compréhensible lorsque la perspective reste locale. Ces militant.es ont sans doute eu du mal à se projeter dans une perspective nationale, peut-être continentale.

[2] « La centralisation économique, condition essentielle de la civilisation, crée la liberté ; mais la centralisation politique la tue, détruisant la vie et l’action spontanée des populations au profit des dirigeants et des classes dirigeantes. » Voir BAKOUNINE, Mikhaïl. « Au sujet de la poursuite de Netchaïev » in Œuvres complètes, tome V, Paris, Champ libre, 1977, page 61. C’est un aspect peu connu de la pensée politique de Bakounine. Par centralisation économique, nous comprenons la tendance de la société industrielle moderne à organiser les activités productives à une échelle plus grande et plus complexe. L’anarchisme est donc aux antipodes d’une conception basée sur la petite production artisanale et décentralisée, « petite-bourgeoise » comme disent les marxistes.

[3] VOLINE. « De la synthèse » in La Revue Anarchiste, mars-mai 1924.

[4] Je conseille vivement aux camarades de lire l’article de MANFREDONIA, Gaetano. « Le débat plateforme ou synthèse » in Voline, itinéraire : une vie, une pensée, n° 13, 1996.

[5] ARCHINOV, Piotr. « Les deux Octobres » in Dielo Trouda, no.29, octobre 1927, pages 1-4. Traduction en ligne.

[6] ARCHINOV, Piotr. « Les problèmes constructifs de la révolution sociale » in Anarkhist Vietsnik, no.2 et nos.3-4, août et septembre-octobre 1923. Traduit du russe par Alexandre Skirda.

[7] Des anarchistes espagnols contactèrent Makhno en 1931 pour qu’il prenne la direction d’une guérilla en Espagne du Nord. Il écrivit en 1932 dans un journal anarchiste russe des États-Unis : « À mon avis, la FAI et la CNT doivent disposer […] de groupes d’initiative dans chaque village et chaque ville, et ils ne doivent pas craindre de prendre en main la direction révolutionnaire stratégique, organisationnelle et théorique du mouvement des travailleurs. Il est évident qu’ils devront éviter à cette occasion de s’unir avec des partis politiques en général, et avec les bolchéviks-communistes en particulier, car je suppose que leurs commensaux espagnols seront les dignes émules de leurs maîtres. » Cité par SKIRDA, Alexandre. Les cosaques de la liberté : Nestor Makhno, le Cosaque de l’anarchie, et la guerre civile russe, 1917-1921, Paris, JC Lattès, 1985, page 330.

[8] « La synthèse anarchiste de Sébastien Faure » in Volonté anarchiste, no.12, éditions du groupe Fresnes-Antony, 1980.

[9] BERTHIER, René. « « Notre ennemie, la femme » – À propos d’une conférence d’André Lorulot (1921). — Suivi de la conférence de Lorulot », Monde Nouveau. Disponible en ligne.

[10] GRAVE, Jean. « Diagnostic de l’état du mouvement anarchiste en 1911. Extrait de la brochure de Jean Grave : L’Entente pour l’action » in Les Temps Nouveaux, décembre 1911, pages 4-13. Disponible en ligne.

[11] Amédée Dunois fit également un état des lieux impitoyable du mouvement anarchiste français en 1908, au lendemain du congrès anarchiste international d’Amsterdam. Il expose ainsi les différentes tendances du mouvement : « 1) Des anarchistes qui créent des groupes, mais qui manquent d’influence, de culture et – très souvent aussi – de sérieux ; 2) Des anarchistes influents, instruits, honorables, qui ne veulent pas entendre parler d’organisation ; 3) Des anarchistes syndicalistes pour qui le groupement idéologique est devenu une superfétation vaine ; 4) Des anarchistes affiliés au Parti socialiste et néanmoins demeurés fidèles à l’esprit, sinon aux formules, de l’anarchisme. Avec de pareils éléments, on ne fait pas une organisation anarchiste. » Voir Bulletin de l’internationale anarchiste, no.8, décembre 1908.

[12] MANFREDONIA, Gaetano. « Le débat plateforme ou synthèse » in Voline, itinéraire : une vie, une pensée, n° 13, 1996.

[13] BERTHIER, René. « À propos du 80e anniversaire de la révolution russe » in Le Monde Libertaire, 18 décembre 1997. BERRY, David. Une histoire du mouvement anarchiste français, 1917-1945, Paris, éditions libertaires, 2014.

[14] DAVRANCHE, Guillaume. « 1927 : Avec la Plateforme, l’anarchisme tente de se renouveler » in Alternative Libertaire, no.168, décembre 2007. Disponible en ligne.

[15] VILAIN, Eric. « Georges Fontenis : parcours d’un aventuriste du mouvement libertaire » in Le Monde Libertaire, no.1605, 23-29 septembre 2010. Version anglaise disponible en ligne.

[16] NAPPALOS, Scott. « Towards Theory of Political Organization for Our Time. Part I: trajectories of struggle, the intermediate level, and political rapprochement » in Miami Autonomy & Solidarity, 2011. Disponible en ligne.

[17] « Cadre organization » peut signifier « organisation de cadres ». Sans erreur de ma part, cela devrait signifier des organisations dominées par des élites politiques de militant.es. Une « organisation de cadres » n’est pas nécessairement, comme le disait Joel Olson, « une organisation d’avant-garde, comme le pensent à tort certains anarchistes. C’est simplement un groupe d’intellectuels révolutionnaires engagés, actifs, qui partagent une politique commune et qui se réunissent pour développer la pensée et la pratique révolutionnaires et qui les vérifient dans la lutte. Par « actif », je veux dire quelqu’un qui est impliqué dans la lutte politique, pas seulement un lecteur de livres. Par « intellectuel », je n’entends pas une personne diplômée, mais une personne qui fait un effort sérieux et continu pour comprendre le monde afin de mieux le combattre. » Voir OLSON, Joel. « Movement, cadre, and dual power », disponible en ligne. La description que fait J. Olson, qui continue sur plusieurs lignes, rapproche de manière étonnante la « cadre organization » de ce que devait être l’Alliance bakouninienne.

[18] LEVAL, Gaston. « Bakounine, fondateur du syndicalisme révolutionnaire » in Cahiers de l’humanisme libertaire, no.171 et suivants, octobre 1970-avril 1971.

[19] MALATESTA, Errico, « Un projet d’organisation anarchiste » in Il Risveglio anarchico, 1er au 15 octobre 1927.

[20] Voir le texte de la Plateforme : « Considérant le syndicalisme révolutionnaire uniquement comme un mouvement professionnel de travailleurs n’ayant pas une théorie sociale et politique déterminée et, par conséquent, étant impuissant à résoudre par lui-même la question sociale, nous estimons que la tâche des anarchistes dans les rangs de ce mouvement consiste à y développer les idées libertaires, à le diriger dans un sens libertaire, afin de la transformer en une armée active de la révolution sociale ».

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