Films

Cette section est dédiée aux films documentaires et de fiction politiques. Notre sélection se base sur l’intérêt historique, esthétique et politique des films, que nous croyons à même de renforcer les imaginaires de lutte actuels. La catégorisation des films suit celle des archives numérisées. Au sein des catégories, les films sont classés par ordre alphabétique de réalisateurs et réalisatrices. Le cinéma autochtone possède sa propre section, car les réalités qu’il présente et les identités mises en jeu dans ces films transcendent les frontières coloniales. La liste ci-dessous rassemble uniquement des films disponibles en libre-accès avec l’accord, au meilleur de notre connaissance, des réalisatrices et réalisateurs. On trouvera pour finir une section de ressources (coopératives d’artistes, banques de films engagés, etc.).

FILM « CANADIENS » ET INTERNATIONAUX

EISENSTEÏN, Sergueï – La grève (1924)

La grève est le premier long-métrage du grand réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein (1898-1948). Poussés à bout par des conditions de travail éreintantes, les ouvrier.ères d’une usine se préparent à faire la grève ; celle-ci sera réprimée dans le sang. Appliquant des principes socialistes au cinéma, le film prend pour protagoniste la collectivité des travailleurs et rejette la scénarisation hollywoodienne. Cette métaphore politique présente l’oppression subie par les ouvrier.ères, mais aussi (et surtout) leur pouvoir de transformer leur vie et le monde.


EISENSTEÏN, Sergueï – Le cuirassé Potemkine (1925)

Deuxième long-métrage de Sergueï Eisenstein (1898-1948), Le cuirassé Potemkine raconte la mutinerie du cuirassé Potemkine dans le port d’Odessa en 1905, ainsi que l’insurrection et la répression qui s’ensuivirent dans la ville. Considéré comme l’un des plus grands films de propagande de tous les temps, cette oeuvre participe à la réinvention des codes cinématographiques d’un point de vue socialiste. Le film sera interdit de diffusion ou censuré dans plusieurs pays d’Europe lors de sa sortie.


EISENSTEÏN, Sergueï – Octobre (1927)

Réalisé par Sergueï Eisenstein (1898-1948), Octobre retrace avec un souci d’authenticité inouï la Révolution russe de 1917. Ce film, dernière oeuvre de la « trilogie » révolutionnaire (avec La grève, 1924 et Le cuirassé Potemkine, 1925) est truffé de symboles et de métaphores politiques. La majorité des rôles sont tenus par des non-professionnel.es, dans un souci d’effacement entre art et réalité. Le film poursuit donc la réflexion sur le langage et la pratique cinématographique entamée par le réalisateur en 1924.


GODARD, Jean-Luc — La Chinoise (1967)

Une cellule maoïste de cinq membres passe des vacances d’été dans un appartement parisien pour discuter de la révolution culturelle chinoise et préparer un assassinat. Jean-Luc Godard (né en 1930), réalisateur socialiste et représentant important de la Nouvelle Vague, nous présente une fiction politique qui porte un regard critique mais camarade sur la mouvance maoïste en France au tournant de 1968.


MARKER, Chris — La sixième face du Pentagone (1967)

Chris Marker (1921-2012) produit en 1967 ce remarquable film présentant la marche sur le Pentagone, qui rassemble plus de cent mille personnes. Organisée en octobre de la même année par la jeunesse américaine opposée à la guerre du Vietnam, cet événement constitue un des points tournants des luttes sociales aux États-Unis.


MARKER, Chris — Le fond de l’air est rouge (1977)

À l’aide de documents d’archives et de commentaires en voix hors-champ, Chris Marker (1921-2012) retrace dix ans de militantisme révolutionnaire, de 1967 à 1977. Le film présente des images, certaines devenues cultes, de la guerre du Viêt-Nam, des discours de Fidel Castro, de la mort de Che Guevara ou encore du printemps de Prague.

Partie I — Les mains fragiles
1-1 ] [ 1-2 ]
Partie II — Les mains coupées
[ 2-1 ] [ 2-2 ]


PONTECORVO, Gillo La bataille d’Alger (1966)

Réalisé par Gillo Pontecorvo (1919-2006), La bataille d’Alger reconstitue les événements survenus dans la capitale algérienne – alors colonisée par la France – entre novembre 1954 et décembre 1957, durant la première phase de la guerre d’indépendance. Le film retrace le parcours d’Ali la Pointe, l’un des chefs militaires du Front de Libération Nationale (FLN), de son passé de délinquant jusqu’à son assassinat par les forces armées françaises. S’il narre une défaite, le film reste pourtant un vibrant hommage aux martyr.es de la Révolution algérienne.


REGGIO, Godfrey — Koyaanisqatsi (1982)

Le cinéaste américain Godfrey Reggio (né en 1940) produit ce manifeste expérimental en 1982. Koyaanisqatsi (« vie déséquilibrée ») présente un collage d’images et de plans dénonçant radicalement la destruction écologique et la destruction psychologique des humain.es que cause la société technique du capitalisme avancé.


VERTOV, Dziga — L’Homme à la caméra (1929)

Dziga Vertov (1896-1954), cinéaste russe d’avant-garde, tourne L’Homme à la caméra en 1929. Le film, qui repose sur le quotidien des citoyen.nes de l’état soviétique naissant (leur travail, leurs loisirs, la ville qu’il.les habitent) cherche à créer un langage cinématographique original. Vertov veut ainsi aider le développement du monde nouveau, qui a besoin d’un nouveau langage pour se concevoir et s’exprimer. Le film est un des chefs-d’œuvre du cinéma expérimental.


FILMS « QUÉBÉCOIS »

ARCAND, Denys — On est au coton (1970)

Denys Arcand (né en 1941) tourne ce documentaire sur les conditions de travail dans l’industrie du textile au Québec en 1970. D’abord interdit, le film est diffusé dans une version censurée en 1976. Il faut attendre 2004 pour voir enfin la version complète. Le film met en lumière la vie quotidienne des ouvrier.ères et leurs pénibles conditions de travail, mais aussi les grèves, l’organisation syndicale et les luttes qu’il.les mènent pour améliorer leurs conditions.


BROUILLETTE, Richard — L’Encerclement (2008)

Richard Brouillette (né en 1970) est un réalisateur montréalais critique du capitalisme. À travers les réflexions et les analyses de plusieurs intellectuels de renom, il trace, dans ce documentaire, un portrait de l’histoire et de l’idéologie néolibérale, examinant les différents mécanismes mis à l’œuvre pour en imposer mondialement les diktats. La dénonciation de ce système est crue et sans appel.


BULBULIAN, Maurice — La P’tite Bourgogne (1968)

Maurice Bulbulian (né en 1938) documente la lutte des résident.es de la Petite-Bourgogne, à Montréal, contre la destruction de leur quartier. Évincé.es de leurs logements en 1967 pour laisser la place aux grands projets de « modernisation » de la ville, les familles de la Petite-Bourgogne s’organisent pour faire respecter leurs droits, notamment dans le cadre du comité des îlots Saint-Martin. Un film toujours d’actualité.


GROULX, Gilles — 24 heures ou plus (1977)

Gilles Groulx (1931-1994) tourne ce documentaire politique radical sur la société québécoise en 1971 et le complète à la mi-janvier 1973. Censuré par l’ONF, le film ne sortira qu’en 1977. Tourné un an seulement après les événements d’octobre 1970, alors que le Québec est encore en ébullition, le film dénonce l’aliénation des masses et constitue un réel manifeste pour la révolution.


FILMS AUTOCHTONES

DEFALCO, Martin et DUNN, Willie — La face cachée des transactions (1972)

La face cachée des transactions est un docu-manifeste critique produit à l’occasion du 300e anniversaire de la fondation de la Compagnie de la Baie d’Hudson (aujourd’hui La Baie). Narré par le célèbre militant George Manuel, alors chef de la Fraternité des Indiens du Canada, le film expose avec force l’essence coloniale du Canada ainsi que des compagnies telle que La Baie.


MITCHELL, Michael Kanentakeron — You Are on Indian Land (1969)

Lorsque les autorités canadiennes décident d’imposer aux Kanien’kéhaka (Mohawks) d’Akwesasne des taxes sur leurs achats effectués aux États-Unis – contrairement à ce qui avait été établi par le Jay Treaty de 1794 –, ceux-ci décident de bloquer le pont international entre l’Ontario et l’État de New York. Michael Kanentakeron Mitchell relate cette lutte dans le documentaire You are on Indian Land.


OBOMSAWIN, Alanis — Les événements de Restigouche (1984)

Alanis Obomsawin (née en 1932) présente, dans son film Les évènements de Restigouche, la lutte des Mi’kmaq pour la reconnaissance de leurs droits de pêche ancestraux ainsi que l’assaut de plus de 400 policiers de la Sûreté du Québec sur la réserve de Listuguj, en réponse à leurs demandes. Cette attaque, commandée par le Parti Québécois de René Lévesque, témoigne de la violence de son gouvernement à l’encontre des peuples autochtones et de leurs revendications légitimes.


OBOMSAWIN, Alanis — Kanehsatake, 270 ans de résistance (1993)

Alanis Obomsawin nous fait voir, dans ce documentaire, les 78 jours de la « Crise d’Oka ». Le film expose tour à tour l’histoire du vol des territoires mohawks par les colonisateurs, les résistances autochtones au colonialisme, la « Crise d’Oka » et ses suites immédiates, notamment politiques et juridiques.


RESSOURCES

Vidéographe

Vidéographe est un centre d’artistes fondé en 1971. Il se consacre à la recherche et à la diffusion de documents visuels (films, vidéos, projets expérimentaux, etc.). Vidéographe est le plus ancien centre d’artistes en vidéo au Québec et participe encore à ce jour à la production ainsi qu’à la diffusion de documents audiovisuels de qualité. Le cente s’intéresse explicitement à la portée politique de l’image. Les productions, disponibles en ligne, sont le plus souvent payantes.

Groupe Intervention Vidéo (GIV)

« Fondé en 1975 à Montréal, le Groupe Intervention Vidéo (GIV) fait partie des rares centres qui, de par le monde, se consacrent à la mise en valeur d’œuvres réalisées par des femmes (dans sa définition la plus inclusive) en les distribuant et les diffusant tout en en soutenant activement la production. Son catalogue de distribution comprend actuellement 1600 œuvres regroupant le travail de 370 artistes. »

Cinéma Libre

Le collectif Cinéma Libre est fondé en 1977 par des cinéastes engagé.es qui souhaitent promouvoir les productions cinématographiques québécoises. Au cours de son histoire, Cinéma Libre produit de nombreux films sociaux et politiques, par exemple L’eau chaude, l’eau frette (André Forcier, 1976) et Le grand remue-ménage (Sylvie Groulx et Francine Allaire, 1978). Bien que le collectif n’existe plus depuis le milieu des années 2000, on peut consulter une sélection de son ancien catalogue ici. Une partie des films de ce catalogue a été repris par les Films du 3 Mars, qui les distribue dorénavant. On lira enfin avec plaisir cette entrevue réalisée en 1986 avec certains membres de Cinéma Libre.