DÉMANARCHIE – 1994/1997

Démanarchie est un journal anarchiste basé à Montréal, mais ayant de forts liens à Québec. Il est actif de 1994 à 1997. Il se situe, idéologiquement et esthétiquement, dans la mouvance anarcho-punk, telle qu’ont pu la théoriser et la vivre les anarchistes britanniques de Crass ou de Subhumans. Le journal a pris plusieurs formes au fil des années, parfois sous forme de revue, parfois sous forme de feuillets… Le point de départ de son analyse est que le gouvernement, le patronat, le patriarcat et globalement le capitalisme sont des fieffés bandits qui volent et violentent le peuple. « Le gouvernement, c’est une claque dans la face du monde, pire que ça, c’est un ostie de coup de pied dans le cul. » Contre cette violence institutionnelle, une des rédactrices du journal précise la position de Démanarchie : « On va pas être doux, on va continuer à être violent. »

« On envoie chier les oppresseurs parce que c’est ça qu’ils méritent et on crache notre colère parce que c’est ça qu’on vit. C’est clair, sans détour, radical et violent parce que l’oppression est claire, sans détour radicale et violente. »

Vol. 3, no 5, juillet 1997

Le journal est le principal organe de diffusion des idées radicales (libertaires et anarchistes) au Québec au milieu des années 1990. C’est par lui que les militants se parlent et s’informent, alors que le milieu anarchiste recoupe en partie les scènes punks de la province. Le journal adopte volontairement un ton violent et provocateur, sarcastique et intransigeant. Le monde pourri dans lequel nous vivons impose une telle attitude. Le journal préconise aussi un ton populiste, afin de rejoindre son lectorat ouvrier, punk ou lumpen, mais aussi afin de s’adresser plus largement aux gens écœurés par le système, un public réceptif à leur ton. Vers la fin de son existence, le journal précise ses positions dans la « Plate-forme de Démanarchie » :

AR.20 Plate-forme

Si on peut dire que le journal est marginal jusqu’en 1996, il devient autrement célèbre après les émeutes de la Saint-Jean-Baptiste de 1996. En effet, après les émeutes du 23-24 juin 1996 dans la ville de Québec, où les émeutier-es survolté-es pillent allègrement les boutiques et s’en prennent audacieusement au Parlement de Québec, les flics ont besoin de trouver des coupables. C’est alors que Démanarchie sert de bouc-émissaire. Si le journal est ouvertement anti-flic, anti-capitaliste et anarchiste, il n’a bien sûr pas pu produire les émeutes de Québec (en général, les émeutes sont produites par la colère légitime du peuple). Dans tout les cas, c’est Démanarchie qui est visé, alors que le vol. 2, no 4 (juin / juillet 1996) de Démanarchie est exhibé à la télévision par un policier, preuve selon lui que les émeutes sont dues à l’équipe du journal. La couverture annonçait : Le climat social annonce un été chaud, titre appuyé par une voiture de flic en feu. Analyse sociale ou provocation ? Enfin, il semble que l’été fut effectivement chaud. Au final, la police ne pourra rien prouver, même si elle arrête trois personnes qu’elle croit liées à Démanarchie et en condamne une pour… possession de marijuana.

Démanarchie - Climat social

Démanarchie s’inscrit dans la mouvance anarchiste « par en-bas ». Ses membres sont militant-es avant tout, écrivain-es ensuite. Le journal est donc un relai des pratiques réelles et non une plateforme théorique a priori. La preuve en est la circulation de membres de Démanarchie vers d’autres publications (Démanarchie partage son casier postal de Québec avec la revue Hé… basta ! ; certains de ses membres collaborent à la revue Rebelles). Surtout, Démanarchie met quelques mots et des images sur ce qui se passe dans la vie quotidienne. On y traite des émeutes de l’année, du problème fasciste, des luttes des travailleur-euses, de la violence masculine et des luttes des femmes, etc. Pas de grandes théories, mais des analyses concrètes : une mise en forme informative et virulente qui accompagne les mouvements séditieux de la province. Le journal met aussi en relation francophones et anglophones des milieux libertaires grâce à des publications bilingues.

Le journal arrête sa publication à la fin de l’année 1997 (vol. 3, no. 7). Il tirait alors à 3000 exemplaires. De nombreux membres de Démanarchie passent à la rédaction du journal anarchiste Le Trouble au début des années 2000.

Nous rendrons bientôt disponible sur notre site, la (presque) totalité des numéros de Démanarchie numérisés, que vous pourrez trouver dans notre section Documents numérisés. Que le camarade qui nous a généreusement fourni les copies originales du journal en soit ici remercié ! En attendant, nous présentons ci-dessous quelques images significatives du journal.

 

 

Démanarchie - Smash-the-shit

Démanarchie - Agitateur

Finalement, sur six des principales publications anarchistes québécoises (dont Démanarchie) du dernier quart du XXe siècle, on consultera avec profit le bouquin de Marc-André Cyr, La presse anarchiste au Québec (1976-2001).

On écoutera de plus avec plaisir cette entrevue réalisée avec deux membres de Démanarchie, enregistrée au Backstreet Underground, samedi le 15 novembre 1997 :

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