La Plateforme d’Archinov, ou comment organiser la révolution (préface)

Nos camarades de M Éditeur ont eu l’heureuse idée de republier la Plateforme d’organisation des communistes libertaires. À la suite de l’expérience anarchiste en Ukraine concomitante à la Révolution russe, ce document se veut une réponse pratique à l’organisation révolutionnaire dans une perspective libertaire. Texte canonique du début du XXe siècle, il cherche à ouvrir une voie mitoyenne entre les bolcheviks et les anarchistes synthésistes, refusant l’autoritarisme des uns, et le manque d’unité et de coordination des autres. Avec l’autorisation de M Éditeur, Archives Révolutionnaires a le plaisir de republier la préface originale de l’ouvrage, rédigée par Alexis Lafleur-Paiement, membre de notre collectif.

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Le lancement de la Plateforme a eu lieu le 4 avril 2024 à la librairie n’était-ce pas l’été, Montréal.


La Plateforme d’Archinov, ou comment organiser la révolution

Par Alexis Lafleur-Paiement [1]

L’année 1917 voit s’abattre coup sur coup deux révolutions en Russie : celle de Février qui emporte la monarchie et celle d’Octobre qui permet aux bolcheviks de prendre le pouvoir[2]. À travers ces bouleversements, de larges espaces de liberté sont dégagés, favorisant l’apparition de différents projets émancipateurs, dont ceux des soviets urbains et des bolcheviks, mais aussi des « armées vertes » paysannes et de « l’Ukraine libertaire » à partir de la fin de l’année 1917. Cette dernière, constituée dans le sud-est du pays, s’organise autour de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne, plus connue sous le nom de Makhnovchtchina, en référence à son leader Nestor Makhno (1888-1934). Elle porte un projet de révolution sociale communiste libertaire en rupture avec les nationalistes ukrainiens ainsi qu’avec les bolcheviks. Sa farouche indépendance la pousse à lutter contre les autres forces en présence, réactionnaires ou révolutionnaires, étrangères ou locales. Ainsi, de 1918 à 1921, elle combat tour à tour les forces d’occupation austro-allemandes, l’armée du gouvernement ukrainien (répondant à la Rada centrale), les soldats blancs de Denikine et de Wrangel, puis l’Armée rouge. Vaincue par cette dernière en août 1921 et sans avoir réellement mené à terme son projet d’émancipation, la Makhnovchtchina est dissoute et ses dirigeants sont forcés à l’exil[3].

Si les alliances tactiques entre la Makhnovchtchina et les bolcheviks (printemps 1919, été et automne 1920) indiquent une certaine affinité politique, la rupture finale de 1921 se fonde sur des divergences bien réelles. D’abord, le mouvement ukrainien est plus foncièrement paysan – dans sa composition et dans le rôle qu’il attribue aux populations rurales – que celui des bolcheviks, impliquant un rapport différencié à la terre et à sa propriété. Ensuite, Makhno adopte une position véritablement libertaire : « l’organisation a pour seul but l’œuvre libertaire au sein des masses laborieuses, par la propagande anarchiste », « l’organisation des anarchistes n’assumera dans aucun cas le rôle des partis politiques », « elle s’abstient de participer à des actions visant la prise du pouvoir[4] ». Ces conceptions se cristalliseront au sein de la diaspora makhnoviste, alors que les réalités de la guerre (qui impliquent un certain dirigisme) deviennent plus lointaines. Cela dit, Makhno et ses camarades considèrent que l’organisation sur des bases claires est essentielle ; seulement, cette organisation doit être horizontale et viser l’abolition du pouvoir d’État au profit du pouvoir des comités ouvriers et paysans.

« Des agitateurs éparpillent des tracts à la Maison des Soviets » (Vyazma, 1917).

La Plateforme (1926) et le débat avec le synthésisme

Après une période d’errements marqués par des emprisonnements politiques en Roumanie, en Pologne et en Allemagne, Nestor Makhno réussit à rejoindre Paris en 1925. Il y retrouve un milieu acquis à l’anarchisme, ainsi que plusieurs anciens compagnons d’armes, dont Piotr Archinov et Voline. Dès lors, un groupe d’exilé·es ukrainien·nes et russes fondent le journal Diélo Trouda (La Cause du travail) qui devient un pôle important de l’anarchisme social, en opposition aux courants plus individualistes. Dans ces pages, Makhno revient sur plusieurs problèmes politiques, dont l’organisation (no 4, septembre 1925), la question de l’égalité (no 9, février 1926), l’insurrection de Kronstadt (no 10, mars 1926), la lutte contre l’État (no 17, octobre 1926), la question nationale ukrainienne (no 19, décembre 1926), la paysannerie (no 33-34, février-mars 1928) et le mouvement makhnoviste (no 44-45, janvier-février 1929)[5]. Mais c’est surtout la publication de la Plateforme d’organisation de l’Union générale des anarchistes à partir du no 13-14 (juin-juillet 1926) qui retient l’attention des militant·es.

Ce texte-manifeste signé par le Groupe des anarchistes russes à l’étranger (plus précisément Piotr Archinov, Linsky, Nestor Makhno, Ida Mett et Jean Walecki) va inaugurer un débat majeur sur l’organisation dans les cercles anarchistes. Cinq ans après la défaite de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne, la Plateforme reprend et systématise les principales thèses sociales et organisationnelles des makhnovistes. Bien qu’elle ait été rédigée principalement par Archinov (1887-1938), camarade et ami de Makhno depuis 1911, elle reflète les idées du groupe. Le texte circule d’abord dans les milieux des exilé·es d’Europe de l’Est (polonais, russes, ukrainiens), mais sa traduction rapide par le militant anarchiste Voline (1882-1945) permet aux groupes francophones de prendre part à la polémique qui grandit. Les milieux libertaires parisiens puis français, ainsi que ceux de plusieurs pays européens, prennent position en faveur ou en opposition au texte[6].

Le document, aussi connu sous les noms de Plateforme d’organisation des communistes libertaires ou de Plateforme d’Archinov, poursuit un débat qui traverse le mouvement anarchiste depuis ses débuts, et qui a pris une tournure particulière à la suite de la prise du pouvoir par les bolcheviks : comment organiser les anarchistes tout en préservant l’autonomie individuelle au cœur du projet libertaire ? Pour les plateformistes, il faut se doter d’un plan d’action commun qui rend compte des objectifs libertaires et qui canalise les forces dispersées. Cette organisation doit se faire sur une base d’adhésion volontaire et arrimer ses moyens à ses fins, soit l’instauration d’une société sans État ni propriété, composée d’individus autonomes et contractant librement leurs relations. Autrement dit, il faut une organisation commune, avec une doctrine et des moyens d’action, le tout dans une perspective libertaire[7]. Qu’est-ce qui fait débat alors ? Pour plusieurs militant·es, cette approche est déjà trop centralisatrice et s’éloigne de l’anarchisme véritable, censé respecter la diversité des idées, des modes d’organisation et des choix d’action. Pour celles et ceux qu’on appellera les synthésistes, la seule alliance acceptable entre les anarchistes est la libre association des multiples tendances et individus qui respecte entièrement les divergences des uns et des autres, sans obligation d’adhérer à une organisation ou à une stratégie unique, et sans redevabilité mutuelle.

Le débat porte prioritairement sur l’enjeu « d’une orientation idéologique et tactique homogènes[8] » qui réponde à la contradiction fondamentale de la lutte des classes afin d’assurer le développement du mouvement communiste libertaire. L’argument principal de Makhno et de son groupe est simple : l’histoire récente prouve que seule une pratique unifiée et claire permet des gains objectifs au niveau politique. L’organisation qu’il·les prônent est donc une condition sine qua non à la relance du mouvement libertaire, puis à l’obtention de victoires significatives et pérennes[9]. La réplique vient d’abord de Maria Korn, militante kropotkiniste de longue date, à qui répondent les plateformistes dès novembre 1926, ainsi que de Jean Grave, célèbre militant français, qui se voit aussi réfuté par Archinov en avril-mai 1927[10]. Par la suite, les attaques de Voline – le traducteur de la Plateforme – et de son ami l’anarchiste français Sébastien Faure (1858-1942), qui voient dans le document organisationnel une déviation bolchevique, sont plus soutenues, tout en offrant une solution de rechange, le synthésisme[11].

Voline exprime longuement ses récriminations dans la Réponse de quelques anarchistes russes à la Plateforme[12]. Il souligne que la faiblesse de l’anarchisme ne découle pas de son manque d’organisation, mais plutôt du manque de clarté de certaines de ses idées de base, de problèmes de diffusion auprès des masses et de la répression étatique. Voline reproche aux plateformistes leur approche centrée sur la lutte des classes, alors que l’anarchisme est selon lui aussi humanitaire et individuel. L’idée d’une coordination centralisée est décriée, bien que cette pratique ait été au fondement des victoires militaires de la Makhnovchtchina et du sauvetage de l’autonomie acquise dans le sud-est de l’Ukraine en 1918-1920. La véhémence de Voline le pousse à des excès langagiers, voire à des calomnies, comme lorsqu’il affirme que les plateformistes désirent instaurer une police politique sur le modèle de la Tchéka. Dans ce texte, « tout y est inacceptable : ses principes de base, son essence et son esprit même[13] ». Le Groupe des anarchistes russes à l’étranger contre-attaque dans sa Réponse aux confusionnistes de l’anarchisme (août 1927), sans pour autant réussir à se défaire de l’épithète de « bolchevisme » qui demeurera associée à la Plateforme[14].

Par ailleurs, un nombre important d’anarchistes exilé·es ou français·es adhèrent aux principes de la Plateforme et proposent, en février 1927, de mettre sur pied une Internationale anarchiste. Celle-ci voit le jour en avril 1927 sous le nom de la Fédération communiste libertaire internationale, mais le projet capote rapidement faute d’avoir les moyens de ses ambitions. C’est plutôt au sein de l’Union anarchiste française (1920-1939) que l’impact de la Plateforme se fait sentir, à la suite de son adoption officielle à l’automne 1927. Malgré le départ de quelques irréductibles synthésistes, dont Sébastien Faure, l’anarchisme français se coalise autour de la Plateforme, dont les principes restent influents jusqu’à la Seconde Guerre mondiale[15]. L’anarchiste italien Errico Malatesta (1853-1932) se montre initialement réticent, avant de convenir de la proximité entre ses positions et celles de Makhno[16], à l’image de nombreux groupes libertaires à travers l’Europe au tournant des années 1920-1930. En définitive, il est vrai que le texte-manifeste reprend l’esprit de Bakounine concernant la nécessité de s’organiser sur des bases claires et unitaires, afin de déployer une stratégie cohérente et efficace ; il est normal que l’anarchisme social européen lui soit favorable.

Dielo Trouda, nos. 13-14, 1926.

Thèses et lignes de force de la Plateforme

Au-delà du contexte historique, la Plateforme d’Archinov demeure un document important pour réfléchir à la question de l’organisation politique dans une perspective communiste libertaire. Le texte se divise en trois parties. La première, générale, traite de la lutte des classes, de la nécessité de la révolution et du communisme libertaire. La seconde, dite constructive, est une proposition sur la manière d’organiser une société révolutionnée. Enfin, la troisième partie aborde la question de l’organisation, soit de ce qu’il faut faire pour passer des principes à l’utopie réalisée. Elle se concentre sur les enjeux d’unité et de responsabilité collective. Aux yeux des auteur·rices, « il est temps pour l’anarchisme de sortir du marais de la désorganisation, de mettre fin aux vacillations interminables dans les questions théoriques et tactiques les plus importantes, de prendre résolument le chemin du but clairement conçu, d’une pratique collective organisée[17] ». La possibilité de la révolution sociale est à ce prix.

La Plateforme commence par rappeler que le monde est structuré par la lutte des classes, c’est-à-dire qu’il est composé de deux groupes antagoniques, la bourgeoisie et le prolétariat, qui s’affrontent[18]. Les bourgeois possèdent les moyens de production et le pouvoir, ce contre quoi les masses laborieuses doivent lutter afin d’instaurer une société égalitaire. Plus exactement, le prolétariat doit mener une révolution violente, à laquelle concourent les anarchistes organisé·es, afin d’instaurer le communisme libertaire, un monde sans propriété privée, sans État et sans domination. Cela permettra, suivant le mot de Karl Marx repris deux fois dans le texte, de transiter « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins[19] ».

La première tâche des révolutionnaires consiste à s’organiser et à développer un programme commun, puis à préparer les ouvrier·ères et les paysan·nes en vue de la révolution. Pour ce faire, les anarchistes doivent exacerber la lutte des classes sur les plans sociaux et économiques, ce qui inclut l’organisation des éléments les plus politisés et leur intégration au mouvement libertaire. En sus de la propagande, les anarchistes doivent prendre la direction théorique du mouvement révolutionnaire, sans pour autant adopter le dirigisme politique. Ils devront faire montre d’une activité incomparable afin de galvaniser le mouvement et de le maintenir dans une direction libertaire. Ainsi, pour les rédacteurs de la Plateforme, les anarchistes organisé·e·s inspirent et encadrent le mouvement révolutionnaire des masses, mais sans imposer leur autorité, un complexe travail d’équilibriste. À cette difficulté s’ajoute celle d’un passage quasi immédiat (sans période de transition) au communisme libertaire, peut-être souhaitable, mais passablement utopique[20].

La Plateforme poursuit en exposant la manière dont la nouvelle économie et les nouveaux rapports sociaux devront être établis après la révolution. L’ensemble des moyens de production seront collectivisés et les marchandises réparties également entre les travailleur·euses. L’économie sera gérée au niveau local par des comités ouvriers, fédérés entre eux au niveau national. La prompte réalisation de ces objectifs fortifiera la détermination des masses laborieuses qui seront alors en mesure de lutter efficacement contre la réaction ; l’unité d’action des travailleurs déterminera la rapidité de leur triomphe définitif. C’est pour faciliter l’atteinte de l’ensemble des objectifs nommés que la Plateforme est rédigée et qu’elle doit, selon ses auteur·rices, servir de base à une organisation – l’Union générale des anarchistes – dont la structure est décrite à la fin du texte. Elle devra posséder une unité idéologique et tactique, ainsi qu’adopter les principes de responsabilité collective et du fédéralisme. Partant, une telle organisation pourra clarifier les buts du communisme libertaire, afin de « remplir sa tâche, sa mission idéologique et historique dans la révolution sociale des travailleurs, et devenir l’avant-garde organisée de leur processus émancipateur[21] ».

* * *

Au final, il semble que la Plateforme d’organisation des communistes libertaires doive éveiller notre intérêt sur (au moins) trois plans interreliés. D’abord, elle nous offre un bilan de l’expérience de la Makhnovchtchina, dont elle tente de synthétiser les meilleures pratiques. Ensuite, elle résume les fondements du communisme libertaire avec limpidité[22]. Enfin, elle présente une manière d’envisager la politique qui demeure pertinente à ce jour. La Plateforme nous rappelle que nos sociétés sont traversées par une lutte entre les propriétaires et les producteur·rices, et que nous devons penser notre action à l’aune de cette réalité. Face à un adversaire aussi puissant que le capitalisme, les travailleuses et les travailleurs doivent s’organiser en acceptant une unité – idéologique et pratique – réelle, et le principe de la responsabilité collective. Nous devons assumer les décisions prises en commun au profit d’une plus grande efficacité. L’approche unitaire et solidaire des plateformistes leur a permis de triompher dans des circonstances extrêmes, et elle peut inspirer notre lutte contre le régime d’exploitation actuel[23]. Les dangers qui nous menacent – la violence capitaliste, l’impérialisme, la crise écologique, la montée du fascisme – imposent plus que jamais de prendre au sérieux l’organisation révolutionnaire, afin de les dépasser et d’instaurer un monde égalitaire.

Montréal, le 1er décembre 2023


[1] Doctorant en philosophie politique (codirection Université de Montréal / Université de Lille), chargé de cours en philosophie (Université de Montréal) et membre fondateur du collectif Archives Révolutionnaires. L’auteur tient à remercier David Mandel et Nicolas Phébus pour leurs commentaires, tout en assumant l’entièreté des erreurs qui pourraient subsister.

[2] Parmi une riche littérature, on consultera notamment RABINOWITCH, Alexander. Les bolcheviks prennent le pouvoir, Paris, La Fabrique, 2016.

[3] Pour une histoire synthétique et fiable de la Makhnovchtchina, voir AVRICH, Paul. Les anarchistes russes, Paris, Maspero, 1979, pages 233-266.

[4] Principes de base de l’organisation de l’Union des anarchistes de Gouliaï-Polié dans MAKHNO, Nestor. Mémoires et écrits (1917-1932), Paris, Ivrea, 2009, page 463. Le groupe de Gouliaï-Polié, auquel appartient Makhno, assume la direction politico-militaire de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne.

[5] Ces articles, ainsi que plusieurs autres, sont disponibles dans MAKHNO. Mémoires et écrits, 2009, pages 501-558.

[6] Sur l’attribution du texte et cette polémique, voir SKIRDA, Alexandre. Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes et l’organisation de Proudhon à nos jours, Paris, autoédité, 1987, pages 161-188 et 245-246.

[7] Dans un article préfigurant la Plateforme, Archinov précise que la seule solution est « l’organisation commune de nos forces sur la base de la responsabilité collective et de la méthode collective d’action », dans Diélo Trouda no 3 (août 1925), cité par SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, page 163.

[8] SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, page 165.

[9] Archinov s’exprime à plusieurs reprises durant l’été 1926 pour défendre cette position, arguant que « l’anarchisme est l’idéologie de la classe ouvrière et sa meilleure tactique, aussi il doit se présenter de manière unitaire tant théoriquement qu’organisationnellement », sinon « la révolution anéantira ceux qui ne se seront pas organisés à temps ». Voir SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, page 166.

[10] Korn et Grave interrogent notamment les rapports entre majorité et minorité au sein du mouvement anarchiste, ainsi que la tension entre organisation versus centralisation. Ces débats ont une importance modérée pour le mouvement anarchiste puisqu’elles traitent des modalités organisationnelles plutôt que du principe même d’une organisation commune.

[11] Le synthésisme cherche à unir les trois tendances que sont l’individualisme, l’anarcho-syndicalisme et le communisme libertaire, mais sans abolir leur distinction ni leur imposer une direction.

[12] Cette brochure, rédigée par Voline, est contresignée par sept autres camarades (Ervantian, Fléchine, Lia, Roman, Schwartz, Sobol et Mollie Steimer). Voir SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, page 174-177 pour l’analyse de ce texte.

[13] Cité par SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, page 175.

[14] Une association peu crédible en regard de l’histoire de la Makhnovchtchina, mais renforcée par le fait que Piotr Archinov soit rentré en URSS en 1933 avec l’accord du Parti bolchevique.

[15] L’Union anarchiste abandonne la Plateforme comme fondement organisationnel en 1930, mais le communisme libertaire et les idées plateformistes restent présentes chez les anarchistes français jusqu’à la guerre et même ensuite. Voir MAITRON, Jean. Le mouvement anarchiste en France (vol. 2), Paris, Maspero, 1975, pages 80-89.

[16] Cette proximité, réelle, n’implique pas une similitude de vue. En effet, Malatesta insiste particulièrement sur la libre association dans l’organisation, comme l’exprime cet extrait : « Les bases d’une organisation anarchiste doivent être les suivantes, à mon avis : pleine autonomie, pleine indépendance et donc, pleine responsabilité des individus et des groupes ; libre accord entre ceux qui croient utile de s’unir pour coopérer dans un but commun ; devoir moral de tenir les engagements pris et de ne rien faire qui contredise le programme accepté. » (Il Risveglio, 15 octobre 1927). Voir MALATESTA, Errico. Écrits choisis (vol. 2), Annecy, Groupe 1er Mai, page 42.

[17] ARCHINOV, Piotr et al. Plateforme d’organisation des communistes libertaires, Montréal, M Éditeur, 2024, page 4.

[18] Pour une étude approfondie de la notion de lutte des classes, on consultera LOSURDO, Domenico. La lutte des classes. Une histoire politique et philosophique, Paris, Delga, 2016.

[19] Critique du programme du Parti ouvrier allemand dans MARX, Karl. Œuvres. Économie I, Paris, Gallimard, 1965, page 1420 et ARCHINOV. Plateforme, 2024, pages 15 et 33.

[20] Ces éléments – le rôle de l’organisation, la transition, la question de l’État – sont au cœur des polémiques entre communistes libertaires et bolcheviks. À ce sujet, voir MAITRON. Le mouvement anarchiste (vol. 2), 1975, pages 139-173 et 185-206.

[21] ARCHINOV. Plateforme, 2024, page 53.

[22] Afin de pousser la réflexion, on consultera l’ouvrage de SKIRDA. Autonomie individuelle, 1987, qui offre de nombreux autres textes concernant le débat entre plateformisme et synthésisme, pages 247-341. Voir aussi le Supplément à la Plateforme organisationnelle (questions et réponses) dans ARCHINOV. Plateforme, 2024, pages 55-76.

[23] La Plateforme peut servir de référence, mais doit être complétée, notamment puisqu’elle fait l’impasse sur les questions féministes et l’impérialisme, des sujets importants et débattus depuis déjà longtemps en 1926.