Par Nathan Brullemans
Introduction
Le capitalisme est loin de se limiter à la caricature qu’on essaye souvent d’en faire : celui d’un système économique moderne, industriel et hautement productif, reposant sur l’exploitation d’une classe ouvrière salariée. Héritée de l’époque fordiste, ce type de description offre une vision au mieux partielle des classes sociales du capitalisme historique. En réalité, depuis le début de la révolution industrielle, le salariat a peiné à s’imposer comme la forme d’exploitation dominante[1]. À l’heure actuelle, l’Organisation internationale du travail (OIT) estime qu’à peine plus de la moitié de la force de travail est occupée à un travail salarié[2]. C’est que, pour fonctionner à une échelle élargie, l’accumulation capitaliste réelle se moque bien que le travail soit libre ou non libre, légal ou illégal, salarié ou pas. Le profit se multiplie ainsi massivement dans des circuits souterrains, à l’abri de l’œil indiscret du droit et de la loi. Le « fil invisible du capital » suit un parcours sinueux – parfois inconnu, toléré ou sciemment entretenu par le pouvoir de l’État[3].
En ce sens, l’exploitation du travail non salarié et non libre n’a rien d’anormal dans la société bourgeoise : on l’observe depuis l’origine du capitalisme, jusque dans ses phases contemporaines. Par exemple, les drogues illicites ont joué un rôle déterminant dans le développement du marché mondial. L’ouverture forcée de la Chine dans le contexte des Guerres de l’opium est sans doute l’un des exemples les plus connus de cette trinité sanglante entre le libéralisme économique, le négoce de stupéfiants et la violence politique[4]. Encore récemment, les Nations Unies avançaient que 1,5 % du PIB planétaire est occupé par le marché de la drogue et du crime organisé transnational, soit 870 milliards de dollars américains[5]. Dans ce contexte, les cartels – notamment mexicains – se sont métamorphosés en groupes économiques dont la puissance rivalise avec celle des grandes compagnies multinationales. Il n’existe pas de contradiction : on peut être à la fois criminel et capitaliste. La narco-bourgeoisie empoche des profits tout comme le bourgeois gentilhomme. Et, au bas de l’échelle, les classes subalternes qui s’occupent du travail manuel, de la production, n’en sont pas moins exploitées. Les cocaleros, ces ouvriers agricoles travaillant dans les champs de coca du Chocó en Colombie, sont un cas d’école de ces exploités « illégaux ». En somme, la distinction entre ce qui relève du légal ou de l’illégal n’a qu’une valeur juridique – et non pas économique.
Un autre exemple particulièrement révélateur de l’importance du travail non salarié dans le capitalisme, tant historique que contemporain, est celui de l’esclavage. Il faut rappeler, au-delà de la thèse marxiste bien connue sur la « soi-disant accumulation initiale », que la main-d’œuvre noire issue de la traite atlantique n’a pas été qu’une « condition » du développement du marché mondial. Cette dernière a directement profité aux capitalistes britanniques pendant de nombreuses décennies[6]. Les industriels de Manchester (à l’époque surnommée Cottonopolis) étaient aux mieux indifférents au fait que leur coton soit récolté sous l’autorité libérale de l’Habeas corpus, pour autant que leurs caisses soient remplies et que la machine tourne à plein régime. Le travail non libre n’est pourtant pas non plus qu’une relique du passé : son exploitation demeure encore un moteur de valorisation du capital. L’esclavage moderne en est une illustration frappante : en 2021, 27 millions de personnes étaient soumises au travail forcé à travers le monde. Parmi ces dernières, 17,3 millions étaient exploitées dans le secteur privé, 6,3 millions dans l’industrie du sexe, et 3,9 millions dans des travaux imposés par l’État[7].
En revanche, à l’ère du capitalisme néolibéral, l’axe principal vers lequel se recentrent les diverses formes d’exploitation et de travail non réglementés n’est pas l’esclavage ou le narco-capitalisme, mais bien l’économie informelle. Le secteur informel est un témoignage poignant de la nouvelle odyssée des classes sociales sous le néolibéralisme ; il se mesure par la prolifération des vendeurs de rue, des recycleurs de déchets, des conducteurs de tuk-tuk ou encore des artisans de quartier : soudeurs, menuisiers, cordonniers, couturiers, etc. Autant d’activités généralement exercées dans la précarité, parfois à la limite de la survie, et qui composent une économie populaire dynamique. Le point commun de toutes ces « petites mains » est qu’elles travaillent au noir, sans contrat de travail et sans protection sociale, au service d’une économie parfois dite « souterraine » (bien qu’immensément visible dans toutes les villes du Sud global). Dans cette mosaïque d’emplois, le salariat subsiste, mais sans s’imposer comme dominant. Bref, c’est une large part des forces de travail global qui sont condamnées à une « vie sans salaire »[8].
Cette réalité pousse à faire un pas de côté face à la thèse développée par Karl Marx et Friedrich Engels dans le Manifeste communiste selon laquelle le déploiement des rapports de production modernes entrainerait une clarification de l’antagonisme entre la classe ouvrière industrielle et la bourgeoisie[9]. En fait, les dynamiques de prolétarisation ont pris des trajectoires plus complexes, spécialement dans le Sud global. Les théories classiques de la classe, centrées sur le salariat formel, échouent à penser cette évidence : nous vivons dans un monde où l’informalité n’est pas l’exception, mais bien la règle. Pour répondre à ce problème, ce texte introductif propose une série de thèses pour actualiser la théorie marxiste des classes dans le contexte du capitalisme périphérique.

Thèse #1 : L’informalité domine la structure de classe mondiale
Le régime d’accumulation néolibéral a été le théâtre d’une augmentation sans précédent de la population travailleuse. En plus d’un boom démographique inédit, la victoire du bloc de l’Ouest a permis l’intégration de la Chine, puis de la Russie au marché mondial – synonyme d’abondance de capitaux, mais aussi de forces de travail à bon marché[10]. L’incorporation de ce nouveau bassin de travailleuses et de travailleurs a fait passer la population active de 1,9 à 3,59 milliards entre 1980 et 2022, et dont plus de 75 % vit dans un pays du Sud[11]. Plusieurs spécialistes ont tôt fait d’analyser ce phénomène comme une augmentation considérable de la classe ouvrière à l’époque néolibérale[12]. Toutefois, cette inflation générale du réservoir de main-d’œuvre ne doit pas obscurcir une réalité plus profonde : l’explosion inouïe du secteur informel, phénomène qui détonne avec la conception traditionnelle de la classe ouvrière[13].
Le secteur informel – compris comme l’ensemble des types de travail non reconnus par l’État[14] – est aujourd’hui le poids lourd de la structure de classe mondiale. D’après l’OIT, c’est autour de six travailleurs et travailleuses sur dix qui opèrent dans ce secteur connu pour son intégration incertaine, son « déficit de travail décent » et l’absence de protection sociale[15]. En raison de la hiérarchie imposée par la division internationale du travail, la répartition de l’informalité à travers les quatre coins du globe rencontre une forte disparité géographique. En effet, les pays que l’on appelait le Tiers monde à la suite de la Conférence de Bandung de 1955 absorbent près de 90 % du bassin de travailleurs informels à l’international[16]. L’impérialisme du XXIe siècle rejoue ainsi les bonnes vieilles inégalités centre/périphérie, et engendre une nouvelle grande classe de subalternes.
Plus encore, l’économie informelle n’est pas qu’une simple activité de reproduction familiale. Elle attise aussi la curiosité des entrepreneurs. Dans la période 2011-2018, même les économistes conventionnels avançaient que l’économie informelle représentait en moyenne 35 % du PIB mondial[17]. À elle seule, cette dernière statistique montre le nœud qui se tisse entre l’économie informelle et le capitalisme, et partant, le rôle structurel qui se joue entre informalité et accumulation de capital. Au nombre des stratégies qui permettent de dégager un surprofit, on peut compter la sous-traitance et le salariat déguisé, l’absence de régulations et de responsabilité sociale, le recours à une main-d’œuvre flexible et précaire, en plus d’abuser de l’absence d’organisations syndicales.
Thèse #2 : Un monde d’exclus – l’informalité est le nouveau visage des travailleurs et des travailleuses pauvres
Il existe un consensus académique pour définir le travail informel comme une activité qui n’est pas réglementée, là où d’autres activités économiques similaires le sont[18]. Autrement dit, c’est l’encadrement par le contrat de travail qui sert de critère déterminant pour repérer une situation d’informalité. De ce point de vue, l’informalité se distingue du narcotrafic, de l’esclavage ou des actes criminels qui sont en soi illégaux – du moins, en théorie. Mais, au-delà de ce critère d’ordre juridique (l’encadrement par un Code du travail), le secteur informel est un lieu de haute convergence des masses précaires et pauvres. Les statistiques recueillies par les grandes agences internationales – autant progressistes que conservatrices – constatent unanimement que le secteur informel est dominé par le travail manuel, pénible et précaire. Les journées sont longues, les revenus bas. C’est pourquoi le sociologue Jan Breman propose cette formule selon laquelle le secteur informel s’impose comme « le fléau des travailleurs pauvres dans le capitalisme globalisé[19] ».
Toutefois, il existe une complexité interne à l’économie informelle qui empêche de considérer pleinement ce secteur comme unifié. Bien souvent, la littérature s’accorde à désigner par le terme « informels » les travailleurs et travailleuses qui correspondent à l’une des quatre catégories suivantes :
- les micro-employeurs ;
- les salariés informels ;
- les travailleurs indépendants ;
- les employées domestiques.
Concept un peu fourre-tout, l’économie informelle rassemble ainsi une grappe des formes non réglementées de travail. Il s’y côtoie différents rapports de propriété et des modes d’exploitation diverses[20].
D’abord, d’après les différentes agences qui recensent et mesurent l’économie informelle, les micro-employeurs dirigent de petites entreprises allant jusqu’à cinq employés. Ils contrôlent des organisations dont les opérations se font à l’ombre de l’impôt et des normes du travail. Produisant avec des instruments rudimentaires, ces petits entrepreneurs informels peuvent espérer une certaine prospérité, moyennant l’embauche de salariés informels, doublement exploités.
La seconde catégorie concerne justement ces salariés informels. Ces derniers sont employés par les micro-entrepreneurs ou encore par des compagnies formelles qui, par voie de sous-traitance, veulent contourner le droit du travail. Ils reçoivent les commandes d’un patron de la même manière que les salariés « réguliers », outre le fait que le chèque de paye est nettement inférieur.
Ensuite, les travailleurs indépendants, troisième catégorie d’emploi informel, incarnent la figure la plus nombreuse et visible de l’économie « souterraine ». Cela concerne le commerce de rue et ses airs de bazar à ciel ouvert, où s’entremêlent les marchands ambulants et revendeurs en tout genre, les kiosques de soupe phô ou les taquerias, etc. Les travailleurs indépendants œuvrent la plupart du temps à leur compte, en possédant des moyens de production (la plupart du temps de très faible valeur).
Et enfin, les employées domestiques – massivement des femmes – cherchent à rémunérer le travail de reproduction socialechez des particuliers des classes plus aisées[21]. À l’exception des micro-employeurs (voir la Thèse #3), l’économie informelle est le carrefour de différents rapports de production, où s’enchevêtre le travail de reproduction social des femmes, l’auto-exploitation familiale et le salariat classique. Dans tous les cas, ce carrousel de l’exploitation est marqué au fer rouge de la précarité matérielle.

Thèse #3 : Mirage de la petite bourgeoisie informelle
En raison de la présence d’une petite élite d’informels propriétaires, on doit insister sur l’hétérogénéité constitutive du secteur informel. En effet, les micro-employeurs forment une « petite bourgeoisie informelle », selon l’expression consacrée, qui exploite des salariés informels en dessous des standards nationaux[22]. En prenant en compte ces entreprises proto-capitalistes, le secteur informel ne peut pas être strictement réduit à la pauvreté.
Il n’en demeure pas moins que cette petite bourgeoisie informelle incarne une minorité sur tous les continents, en comparaison de la lourde présence des formes subalternes d’activités informelles (voir le Tableau 1). Par exemple, à l’échelle mondiale, le travail indépendant représente 64 % de l’emploi informel et le travail domestique près de 25 % de toute la force de travail globale[23]. De plus, en dépit de la petite bourgeoisie informelle et des relations complexes qui se tissent dans le secteur informel, il n’en demeure pas moins qu’il est beaucoup plus probable qu’un travailleur informel soit aussi un travailleur pauvre. Les écarts de revenu entre le secteur formel et informel sont en effet très importants : l’informel étant moins de deux fois moins rémunéré que son homologue du secteur formel[24].
Tableau 1 : Répartition des différentes catégories du travail informel
| Types de situation informelle | Amérique latine et Caraïbes | Asie et Pacifique | Afrique |
| Employeurs informels | 4 % | 2,3 % | 2,7 % |
| Employés informels | 44,8 % | 34,4 % | 29,7 % |
| Travail indépendant | 43,3 % | 45,5 % | 50,1 % |
| Travail domestique | 7,8 % | 17,8 % | 17,5 % |
Source : ILO 2018, 27-42.
S’il est donc juste d’avancer, comme le font certains, que « le secteur informel comprend sa propre structure de classe[25] », il serait tout aussi erroné d’associer toute forme de travail indépendant à une forme de « petite bourgeoisie » au sens classique, voire à une « classe moyenne » dans le vocabulaire d’une certaine théorie néo-marxiste. Si les travailleurs indépendants possèdent effectivement leurs moyens de production, c’est au sens faible du terme ; leurs conditions matérielles se rapprochent plus de celles du prolétariat, conçu comme classe de sans réserve.
Comme le suggère Henry Bernstein, les travailleurs indépendants : « ne sont sans doute pas totalement dépossédés de tous leurs moyens de se reproduire, ce qui rappelle l’avertissement de Lénine contre une « compréhension trop stéréotypée de la théorie selon laquelle le capitalisme nécessite le travailleur libre et sans terre ». Mais la plupart d’entre eux ne disposent pas non plus de moyens suffisants pour assurer leur propre reproduction, ce qui souligne les limites de leur viabilité en tant que petits producteurs de marchandises.[26]»
On peut donc conclure qu’une forte majorité des emplois informels sont créés par contraintes et non par choix, que c’est l’exclusion prolongée du salariat conventionnel qui pousse les individus vers le travail indépendant ou à accepter une rémunération moindre dans le salariat informel. Et puisque l’intégration au salariat formel représente maintenant le statut d’un mince segment privilégié du prolétariat, le concept d’informalité permet d’insister sur la réalité précaire des masses travailleuses[27].
Thèse #4 : Le travail informel n’est pas une anomalie historique, mais une question de surpopulation du capitalisme
Observant les paysans sans terre venir gonfler les rangs des travailleurs informels dans les capitales du Sud global au tournant de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs analystes ont tôt fait de décrire l’informalité comme un retard ou une anomalie face au développement « normal» du capitalisme[28]. Toutefois, la permanence de ce phénomène – voire sa croissance – pousse à réévaluer le lien étroit qui unit informalité et capitalisme.
Suivant une perspective marxiste, il faut comprendre le secteur informel comme l’incapacité à imposer durablement le régime salarial. Différents régimes de travail et d’exploitation naissent ainsi dans le ventre des surpopulations capitalistes – ce que Engels, avant Marx, appelait l’armée industrielle de réserve. Empruntant l’expression à un militant chartiste du Northern Star, Engels développe dans son livre La situation de la classe laborieuse en Angleterre en 1844 l’idée selon laquelle l’industrie capitaliste est indissociable de la formation d’une masse de sans-emplois[29]. Engels décrit avec un regard attentif cette « foule énorme de gens » qui s’accumule dans les taudis de Manchester. D’abord causé par la dépossession de la paysannerie, ce phénomène s’aggrave ensuite de manière cyclique lors des périodes de récession, voire de crises[30]. Selon l’enquête sociologique d’Engels, le prolétariat anglais, après avoir traversé une longue phase de chômage, se tourne vers le travail indépendant et d’autres besognes improvisées assurant sa survie. Il désigne ces petits boulots sous le terme de « colportage », des pratiques que de nombreux analystes contemporains associeraient volontiers à ce que l’on appelle aujourd’hui « le travail indépendant ». De nos jours, les colporteurs d’Engels sont légion dans les mégapoles du Tiers monde.
De son côté, le mérite de Marx est d’avoir théorisé avec le plus de profondeur la « production progressive d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve[31] ». Selon ce dernier, les surpopulations capitalistes seraient à la fois la condition et le résultat de l’accumulation du capital. L’armée de réserve (par opposition à l’armée « active ») est une condition du capitalisme, car elle permet de juguler les salaires en injectant de la compétition sur le marché de l’emploi, mais aussi son résultat, dans la mesure où un cycle industriel fonctionnel rejetterait toujours une population de surnuméraires. Cette masse est dite excédentaire proportionnellement au besoin des impératifs économiques d’une société donnée – d’où le concept de surpopulation relative[32]. Et puisque dans le capitalisme, c’est le profit qui forme le but de la production, la population est excédentaire relativement aux exigences du marché du travail.
Marx concluait ainsi que l’armée de réserve est une partie intégrante de la loi générale de l’accumulation capitaliste et que, ce faisant « l’accumulation du capital est donc en même temps augmentation du prolétariat[33] ». Néanmoins, le système capitaliste demeurait selon lui instable dans sa capacité à reproduire constamment une surpopulation. Comme le précise l’économiste allemand, si la loi sacrée de l’offre et de la demande venait à s’effondrer, à priver le bourgeois d’un personnel bon marché, la violence d’État est essentielle pour « lui donner un petit coup de main[34] ». À l’aide de moyens contraignants, il s’agit de prolétariser – par le pouvoir de l’épée ou de la loi – des populations qui ne l’avaient pas encore été (femmes, enfants, artisans, paysans, etc.).
Néanmoins, les surpopulations capitalistes prennent des formes historiques distinctes selon les formations sociales et les régimes d’accumulation dans lesquelles elles s’inscrivent. Marx employait carrément le langage populaire pour dépeindre les différents visages de la surpopulation : le lumpenprolétariat, la bohème, il lazzaroni ou même les poor whites – du Second Empire bonapartiste à l’Italie du Risorgimento, en passant par les États esclavagistes sudistes[35]. La pauvreté urbaine prend aujourd’hui de nouveaux visages : celui des ambulantes d’Amérique latine, du daily labourer indien ou du débrouillard sénégalais. Cette foule de sans réserve, en chair et en os, personnifie la logique des surpopulations capitalistes contemporaines. Dès lors, du point de vue de sa fonction dans le procès global d’accumulation, l’armée industrielle de réserve est amenée à changer de rôle dans le néolibéralisme. Sa grande fonction de « réservoir » de travail deviendra caduque, en plus d’abolir la séparation entre l’armée active et l’armée de réserve. Autrement dit, la condition de surnuméraire devient permanente[36].

Thèse #5 : Les travailleurs et travailleuses informels forment un semi-prolétariat urbain
Les grandes transitions démographiques urbaines dont l’Europe fut le siège au XIXe siècle ne se sont pas reproduites dans la périphérie du capitalisme. Comme le rappelle le recensement anglais de 1893, 74 % de la population d’Angleterre et du Pays de Galle était concentrée dans les villes, et comprenait environ 80 % de salariés (même dans le monde agricole). Dans ce contexte, le prolétariat en son sens classique de « classe ouvrière salariée formelle » occupait quelque 70 % de la population active. Inversement, un siècle plus tard dans la périphérie, la situation était tout autre. Au début des années 1980, 65,4 % en moyenne de la population active des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine était concentrée dans le secteur agraire, comparé à seulement 12,7 % dans les pays capitalistes avancés au même moment[37].
Loin d’un processus de prolétarisation tout tracé menant à la naissance d’un prolétariat industriel urbain, la périphérie est plutôt marquée par un processus lent d’absorption des structures précapitalistes[38]. Le trait distinctif du capitalisme périphérique est d’être indexé au besoin économique des centres, ce qui s’est très souvent fait aux dépens du développement d’une base industrielle nationale. Au XXe siècle, dans la plupart des pays du Sud, les masses travailleuses se sont ainsi « semi prolétarisées », prenant la figure mixte du paysan-ouvrier. En gardant un pied à la campagne, la classe ouvrière rurale retourne au bercail à la saison morte, permettant ainsi au capital de décharger une partie du coût de reproduction de la force de travail sur des structures non capitaliste[39].
Toujours est-il que de grands bassins de populations rurales migreront vers les villes à partir des années 1950-1960. C’est dans les veines de ces mouvements démographiques que naîtront les premiers bastions de l’économie informelle – l’industrie des économies périphériques ne représentant pas une branche capable de les intégrer[40]. C’est ainsi que verra le jour une nouvelle génération de semi-prolétaires, non plus semi-paysan, mais semi-informel, espérant trouver un travail salarié lorsque le marché le permet. Dans les années 1980-1990, l’intégration brutale de la paysannerie au marché mondial par les accords de libre-échange viendra aggraver cette réalité, particulièrement en Amérique latine[41].

Thèse #6 : La dernière poussée de l’économie informelle est une créature néolibérale
Pour John Smith, auteur du livre Imperialism in the Twenty-First Century, l’irruption de l’économie informelle n’a rien d’accidentel. Ce phénomène aurait, au contraire, été méticuleusement planifié par les grandes institutions internationales dans l’objectif d’avoir accès à une main-d’œuvre bon marché, en cassant les reins des syndicats et les acquis des luttes ouvrières des dernières décennies[42]. La bourgeoisie et ses représentants du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale devaient tenter l’inédit : informaliser l’économie-monde.
Observateur des mutations de la ville néolibérale, le géographe Mike Davis diagnostiquait une percée fulgurante de l’économie informelle après l’imposition des thérapies de choc néolibérales succédant au double choc pétrolier de 1973 et de 1978. À l’opposé des promesses de développement et de modernisation économiques des technocrates FMI, les restructurations brutales de la dette et de l’État ont enfanté un capitalisme zombie, plus rentier et extractif que productif en essence. Au rythme de l’éclosion rapide des bidonvilles à travers le monde, Davis avançait dans son livre Planet of Slums que « la classe ouvrière informelle globale – qui recoupe en partie, sans s’y réduire, la population des bidonvilles – est forte d’un milliard de personnes, ce qui en fait la classe sociale à la croissance la plus rapide et la plus inédite au monde[43] ». En Amérique du Sud, les programmes d’ajustements structurels du FMI ont eu des effets si dévastateurs que l’expression de « décennie perdue » (década perdida) s’est imposée pour décrire le cercle vicieux de récession économique et d’inflation. Pour prendre l’exemple de l’Argentine, entre 1980 et 2003, les taux de chômage et d’informalité passent respectivement de 2,6 à 15,1 % et de 23 à 41,8 %[44].
Dans le contexte du foisonnement de cette « planète bidonville » – avant-goût urbain du pire des mondes possibles – Davis émettait une mise en garde. Il ne faudrait pas comprendre, dit-il, le prolétariat informel sous le modèle de l’armée de réserve du capitalisme victorien : « Dans l’ensemble, la classe ouvrière informelle urbaine ne constitue pas une armée industrielle de réserve au sens du XIXe siècle : une réserve de briseurs de grève mobilisée en période de croissance, expulsée lors des récessions, puis réabsorbée lors de la reprise suivante. Au contraire, il s’agit d’une masse humaine rendue structurellement et biologiquement superflue par rapport à l’accumulation globale et à la matrice du profit.[45] » Le (semi-)prolétariat de la périphérie est ainsi devenu plus improductif que jamais aux yeux de l’accumulation. Occupé par l’exportation de matière première non transformée, le capital zombie de la périphérie ne repose plus seulement sur la mise au travail d’une masse corvéable, mais aussi sur la formation d’un gigantesque prolétariat paria, d’une masse marginale, durablement exclue des bancs de l’exploitation et de sa fonction « productive ».
Thèse #7 : Les deux facettes du prolétariat informel, exploité et marginalisé
Nous avons déjà vu que le secteur informel est fortement bigarré dans la composition de ses agents (Thèse #3). En raison de l’éclectisme inhérent à ce concept, la première génération de chercheurs et chercheuses marxistes sur le sujet – à commencer par Caroline Moser et Chris Gerry – ont tôt fait de rejeter la notion de secteur informel pour se concentrer sur une description en termes de rapports de production[46]. On rendrait mieux compte du soi-disant « secteur informel » en se concentrant sur le travail indépendant, que les marxistes des années 1970 ont baptisé la petite production marchande (PPM). Sa production est dite « petite », car les producteurs et productrices directs ne dégagent pas de surplus significatifs, et elle est dite « marchande » dans la mesure où la loi de la valeur s’applique à ses transactions économiques. On peut ici penser à des vendeurs ambulants qui possèdent les marchandises qu’ils écoulent.
Selon Moser, Gerry et d’autres, la PPM formerait une classe à part, car elle divergerait du modèle marxien du prolétariat « doublement libre » que l’on retrouve dans Le Capital. Par cette expression ironique, Marx entendait que la classe ouvrière devait être « libérée » de ses moyens de production traditionnels, en plus d’être juridiquement libre[47]. En outre de la condition de dépossédé, les différents contributeurs à la théorie marxiste des classes ont débattu sur la centralité des critères de l’exploitation économique et de la supervision de son travail[48]. En somme, d’un point de vue de définition, le prolétaire marxiste « idéal » serait un salarié sans réserve, exploité et encadré. Or, la fameuse PPM qui forme une majorité des classes populaires au Sud possède ses moyens de production, n’est pas surveillée par des cadres et n’est pas non plus exploitée – du moins, en apparence.
On peut en effet critiquer la distinction de classe de la PPM par rapport à la grande classe prolétarienne pour au moins quatre raisons. D’abord, parce que la PPM est, comme nous l’avons vu, le résultat de la formation d’une gigantesque surpopulation capitaliste dans la périphérie (Thèse #4). Deuxièmement, la possession des moyens de production est un critère hautement formel et n’est pas incompatible avec l’extraction d’un surtravail (comme le démontre d’ailleurs tout le modèle d’affaire d’Uber et de l’économie de plateforme). Troisièmement, du point de vue de l’expérience vécue – celui de la pénibilité du travail manuel –, le travail indépendant informel est analogue au travail ouvrier. Finalement, la PPM sert, dans bien des cas, d’une forme de salariat déguisé. Dans ce dernier scénario, le salariat déguisé consiste à sous-traiter des activités qui seraient, en théorie, exécutées par des salariés réguliers. Il a pris des proportions extraordinaires dans la chaîne de valeur néolibérale. Prenons deux exemples concrets.
Les mineurs artisanaux de la République démocratique du Congo extraient de manière indépendante le précieux cobalt que des multinationales achètent à la pièce. Plutôt que de salarier directement les mineurs, des compagnies comme Apple, Google et Microsoft préfèrent se décharger des responsabilités sociales et fiscales, tout en profitant d’un minerai bon marché. Tout est fait pour donner à ces salariés l’illusion du travail indépendant : hommes, femmes et enfants creusent dans des installations dangereuses et insalubres, avec leurs propres moyens, touchant quelques dizaines de dollars par semaine.
Autre exemple : celui de l’Inde. Avec une économie informelle fourmillante (près de 90 % de la force de travail), la sous-traitance du secteur industriel dans l’informalité est un modèle bien implanté. L’industrie embauche 42,2 % de travailleurs formellement indépendants – contre 41,4 % de salariés et 16,3 % de temporaires dont la majorité est informelle[49]. Nonobstant, ce n’est pas toutes les mêmes économies qui font état d’un même niveau d’intégration du secteur informel ; dépendamment des formations sociales, il existe un niveau inégal d’imbrication. Le cas du salariat déguisé relève donc qu’il existe deux fonctions principales à l’économie informelle : d’un côté, une forme d’exploitation accrue de la main-d’œuvre, de l’autre une surpopulation commode pour décharger le coût de reproduction de la force de travail.

Thèse #8 : L’informalité permet d’augmenter le taux d’exploitation
Suivant l’argument de Marx dans le Capital, il existe principalement deux mécanismes fondamentaux pour augmenter le taux d’exploitation : d’abord, la survaleur absolue, ensuite la survaleur relative. La première est fondée sur une augmentation de la journée de travail et la seconde sur une augmentation de la productivité. Le dépendantiste brésilien Ruy Mauro Marini et l’anthropologue français Claude Meillassoux ont quant à eux fait remarquer qu’il existait, dans le sous-texte du Capital, une troisième méthode : abaisser directement la valeur de la force de travail. Dit simplement, il est possible de faire travailler l’ouvrière plus longtemps, plus rapidement, et – quand cela ne suffit pas – la payer en dessous du minimum[50].
Ces trois dimensions de l’exploitation agissent toujours ensemble, mais le secteur informel fait principalement ressortir ses formes les plus brutales : la survaleur absolue et la surexploitation[51]. Cette distinction n’est pas sans rapport avec les deux fonctions principales du secteur informel que nous avons identifiées.
D’un côté, l’exemple du salariat déguisé et informel, sous-traité et délocalisé dans les pays du Sud, témoigne de l’augmentation de la survaleur absolue, avec une flexibilisation de l’emploi, une diminution des conditions de travail et du salaire, en plus de l’augmentation du nombre d’heures de travail. De l’autre côté, les marchés informels font indirectement pression sur les salaires de la classe ouvrière périphérique dans son ensemble. En offrant une variété de produits et de services à bon marché, l’économie informelle offre un mécanisme de reproduction sociale très accessible aux classes subalternes, basée sur le frein à la vie chère[52]. En retour, cette « cheapness of life » permet aux entrepreneurs du Sud d’offrir des salaires adaptés au coût de la vie et de produire une plus-value extraordinaire. En définitive, même l’économie familiale la plus improductive peut s’imbriquer structurellement avec les impératifs de production du capital.
Thèse #9 : Le travail informel augmente l’exploitation des femmes
Cet appétit capitaliste pour du travail bon marché vient cogner à la porte du foyer patriarcal. Les femmes sont un groupe social particulièrement utile pour venir supporter cet alourdissement du fardeau de l’exploitation. Cela s’exprime de plusieurs manières :
- Le secteur informel creuse l’écart salarial entre hommes et femmes, où les femmes sont encore moins bien rémunérées proportionnellement que dans le secteur formel. Elles forment le bastion principal de cheap labor à travers le monde. Une forte majorité de travailleurs informels sont en fait des travailleuses informelles[53].
- Le néolibéralisme forme une chaîne de valeur globale qui commence dans le foyer, en sous-traitant le procès de travail (comme le modèle du travail au foyer des sweatshops) dans une chaîne de commandement qui s’élève du chef de famille jusqu’au patron d’entreprise[54].
- L’articulation entre le capital et la petite production marchande vient renforcer la division sexuelle du travail (par exemple, pendant que les femmes vendent les tortillas dans la rue, les hommes sont des journaliers sur des chantiers de construction).
- Au sein de l’informalité, les femmes sont surreprésentées parmi les emplois précaires et les travaux domestiques non payés, alors que les hommes sont majoritaires dans l’accès à la propriété des micro-entreprises ou un emploi informel « stable »[55].
- Un des secrets de la surexploitation des femmes dans le secteur informel est l’alourdissement de la double journée de travail. En cherchant à diminuer les coûts du foyer (par exemple : les frais de garderie), il est commun que les femmes travaillent tout en s’occupant de leurs enfants.
De la sorte, on voit que l’économie informelle est un point de contact entre la reproduction sociale, le travail domestique et l’accumulation capitaliste. Dans l’économie informelle, les femmes font un travail qui reproduit « indirectement » le capital en déchargeant le coût de reproduction de la force de travail, et sont à la première ligne de la surexploitation « directe ». La chaîne de valeur forme un imbroglio qui peut être difficile à discerner analytiquement[56].
Thèse # 10 : Le secteur informel produit de nouvelles formes de luttes de classes
Les travailleuses et les travailleurs informels sont amenés à jouer un rôle déterminant dans le prochain cycle de luttes à venir. Cela avait déjà été le cas des Printemps arabes, déclenché par le suicide par immolation de Mohamed Boazizi, vendeur de fruits ambulant, qui a été le détonateur de la Révolution tunisienne. Plus récemment, les grandes explosions sociales qu’ont connues la Colombie, l’Équateur et le Chili ont aussi été massivement investies par les luttes des travailleurs informels. Cette réalité se poursuivra, considérant la tendance à la paupérisation qui sévit sous le néolibéralisme. Chaque jour, plus nombreux sont ceux et celles qui rejoignent les bidonvilles du Sud où les déplacements de population sont aggravés par la destruction des économies paysannes et le réchauffement climatique. La crise écologique parachève le mouvement de dépossession entamé par la révolution industrielle et les enclosures. La périphérie urbaine est une bombe à retardement ; elle compresse ceux et celles qui n’ont rien à perdre… si ce n’est que leurs chaînes. En ce sens, les prolétaires informels ont le potentiel d’incarner une force vive révolutionnaire.
Il n’en demeure pas moins qu’il ne faut pas tomber dans une romantisation excessive des luttes des travailleurs informels. Certes, la spontanéité et les pratiques émeutières qu’on a identifiées aux luttes informelles traduisent une énergie abondante, et une remise en cause de la bonne vieille négociation du contrat de travail dont l’arrière-garde syndicale exerce le monopole[57]. Les luttes sauvages ne font pas dans la dentelle et elles échappent au contrôle du corporatisme syndical. En revanche, les défis d’organisation des prolétaires informels sont nombreux et ne doivent pas être minimisés. Forces de travail clairsemées, éparpillées, les travailleuses et travailleurs informels ne bénéficient pas de point de rassemblement, comme c’est le cas des ouvriers de la grande usine. En fait, le « despotisme de l’usine » n’a pas que des désavantages. Sans ces lieux précis où la politisation et l’éducation populaire peuvent élever la conscience de classe, l’idéologie de l’individualisme prolifère, tout comme la croyance populaire selon laquelle tous les travailleurs indépendants ne seraient en fait que des « auto-entrepreneurs »[58]. S’ils ne sont pas séduits par l’idéologie dominante, c’est aussi celle du clientélisme ou du crime qui peut les conquérir. Le narcotrafic ou le banditisme sont des leviers d’ascension sociale importants dans les périphéries urbaines. Ou encore, la récupération par les droites fascisantes et son éloge de l’idéologie du petit propriétaire peut aussi constituer un de ces obstacles à la formation d’un bloc populaire[59].
L’usine offre aussi des points de perturbation importants ; le salariat formel a un potentiel de subversion massif, notamment par la grève[60]. Cela étant, il ne faudrait pas non plus sous-estimer le potentiel transformateur des blocages, des paros nacionales et autres activités de suspension des flux de marchandise. Les travailleurs informels ont la force du nombre. C’est ce qui compte, en dernière instance.
[1] L’historien Vries Peer avance qu’à la fin du XVIIIe siècle, seulement 4 % des travailleurs et travailleuses formaient une force de travail salariée « libre » et que le travail non libre a sans doute augmenté avec le développement du marché mondial. Pris dans : Vries Peer, cité dans Lindner, K. (2017). Théorie postcoloniale et le spectre de Marx : à propos du marxisme de Vivek Chibber. Actuel Marx, 62(2), 7.
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[4] Dans un article du New York Daily Tribune, Marx déclarait que : « La première guerre de l’opium avait stimulé le commerce de cette drogue aux dépens du commerce normal et légalement reconnu. On peut s’attendre à ce que la seconde guerre de l’opium ait les mêmes conséquences, à moins que l’Angleterre, sous la pression générale du monde civilisé, ne soit contrainte à abandonner la culture du pavot qu’elle impose à l’Inde ainsi que sa propagation en Chine par la violence. » Marx, K. et Engels, F. (1973). La Chine. 10/18.
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[50] Il existe un débat sur la validité théorique et l’opérationnalisation du concept de surexploitation. Certains avancent qu’il s’agit en effet d’une contradiction dans les termes, car Marx postule toujours que le salaire représente la valeur de la force de travail. Aller « en dessous » de la valeur de la force de travail voudrait simplement dire diminuer la quantité moyenne du panier de subsistance. Voir à ce sujet : Katz, C. (2017). Aciertos y problemas de la superexplotación. Rebelion.org. https://rebelion.org/aciertos-y-problemas-de-la-superexplotacion/
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