ISRAËL – Les raisons de l’état d’exception permanent

Par Yves Rochon, militant de la cause palestinienne et membre du collectif Archives Révolutionnaires

« On s’habitue à tout
Sauf à ces oiseaux de plomb
Sauf à leur haine de ce qui brille
Sauf à leur céder la place »

Paul Éluard, 1936


Alors que la guerre fait rage à Gaza, pas facile de s’y retrouver en regardant les nouvelles à la télé et en lisant les journaux. Encore moins de savoir quoi faire pour contribuer à ce que pareille folie prenne fin. Le texte qui suit ne prétend pas résoudre ces problèmes à lui seul. Il vise simplement à faire connaître un certain nombre d’événements passés et leurs soubassements économiques, trop souvent négligés à mon avis, y compris par les mouvements de solidarité avec la cause palestinienne. Évidemment, l’analyse des facteurs économiques ne saurait, à elle seule, épuiser la complexité du fait colonial israélien, mais l’ignorer nous éloignerait considérablement de certains intérêts fondamentaux qui ont créé la situation actuelle. Les principales lectures ayant alimenté ma réflexion sont mentionnées à la fin du texte.

Israël, une exception ?

Bien sûr, chaque situation sociale a ses particularités. Mais admettons qu’il n’est pas besoin d’être un expert en relations internationales pour constater qu’Israël est dans une classe à part, en particulier quant aux faveurs que lui apportent les gouvernements et les grands médias occidentaux. Donnons quelques exemples de gestes posés par les dirigeants de ce pays et pour lesquels n’importe quel autre gouvernement dans le monde aurait été condamné depuis longtemps par la supposée communauté internationale.

Des soldats sont mandatés officiellement par le gouvernement israélien pour protéger des gens qui démolissent des maisons et volent des terres appartenant à d’autres personnes, au seul motif que ces dernières ne sont pas juives. Ce même gouvernement ne donne la citoyenneté sur son territoire qu’à des personnes prouvant qu’elles sont d’ascendance juive. Il construit un mur de 600 km pour contrôler les allées et venues d’autres personnes, au seul motif (là encore) qu’elles ne sont pas juives, ou pas israéliennes, ce qui revient un peu au même dans ce cas-ci. Ou pas exactement : toute personne non palestinienne, de quelque culture soit-elle, peut aller et venir à sa guise sur le territoire d’Israël, mais pas les Palestiniens, peu importe l’endroit où ils sont nés. Toutes ces mesures de contrôle s’appliquent même si aucune frontière légale n’existe à cet endroit entre deux pays officiels, comme c’est le cas ailleurs dans le monde. C’est parce qu’il s’agit d’une occupation illégale de territoires, selon les critères établis par l’ONU et respectés partout ailleurs sur la planète.

Je ne mentionnerai pas les nombreux gestes immoraux et illégaux ayant cours à Gaza depuis l’automne 2023, puisqu’ils sont plus frais à notre mémoire. Ce genre de choses est dénoncé par la plupart des gouvernements du monde, sauf par ceux d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest. Ceux-ci, quelle que soit la tendance politique de leur gouvernement, sont des défenseurs inconditionnels d’Israël, et ce, depuis des décennies. Entre Obama, Trump et Biden, il y a bien une distinction de vocabulaire, mais le même support concret se perpétue, militaire en particulier. Idem de Mulroney à Trudeau, dans le cas du Canada, et de Mitterrand à Macron dans le cas de la France. Un pareil support est visible également dans tous les grands médias, avec plus ou moins de subtilité. Pas étonnant, dans ces circonstances, qu’une grande partie de la population des pays occidentaux accorde le bénéfice du doute aux discours et aux gestes d’Israël, dans ce qu’ils perçoivent comme une « chicane de religions » ou un conflit entre deux visions du monde antagoniques.

Les lignes qui suivent tentent de montrer que ce n’est pas le cas. La religion n’est pas la cause première du conflit, et l’exception israélienne n’est pas récente du tout. Cette dernière fonde la stratégie économique et politique occidentale dans la région depuis un siècle.

Source : Monde diplomatique

De l’Empire ottoman au mandat britannique

Entre les XVIe et XXe siècles, la Palestine était une des nombreuses régions faisant partie de l’Empire ottoman. Une grande portion de sa population avait certaines caractéristiques culturelles communes avec les autres groupes intégrés à cet empire. Parmi ces caractéristiques communes se trouvaient la langue arabe et la religion musulmane. Mais d’autres segments des populations de ce territoire avaient des antécédents culturels différents, au point d’y avoir parfois fondé des villes et des villages distincts, incluant des lieux spécifiques de rassemblement et de culte pour leurs membres. C’était le cas de certaines communautés de tradition chrétienne ainsi que d’autres, de tradition juive.

Plusieurs récits historiques existent au sujet de la genèse de cette communauté juive. Mais si l’on met de côté les récits ayant une justification strictement religieuse, puis ceux que le mouvement sioniste créera plus tard pour des raisons dont nous reparlerons, l’histoire de cette communauté n’avait jusque-là rien d’exceptionnel : de tout temps et sur tous les continents, il avait existé et il existait encore à cette période des centaines de petites communautés ayant une langue et des rites différents de ceux des communautés voisines. Sur tous les continents, à ce que nous en disent les anthropologues, il s’était produit des exodes de plusieurs de ces communautés, provoqués soit par des causes économiques (pénuries alimentaires, catastrophes naturelles ou autres), soit par des expulsions dues à des voisins mieux armés, soit pour fuir des guerres qui ne les concernaient pas directement.

Dans le cas de la communauté juive, de tels facteurs ont contribué à provoquer des épisodes de départs collectifs de plusieurs de ses membres vers divers endroits, d’abord dans l’ancien Empire romain, puis dans les royaumes médiévaux de l’Afrique du Nord ou de l’Europe de l’Ouest et, plus tard, vers l’Europe de l’Est où existaient alors les empires austro-hongrois et tsariste. Au Moyen Âge, la diaspora juive se heurtait à de très fortes discriminations dans les royaumes chrétiens. L’antisémitisme trouvait ses racines profondes dans l’antijudaïsme véhiculé par le christianisme qui, parmi un certain nombre d’arguments scolastiques, accusait les membres de la communauté juive d’être responsables de la crucifixion du Messie. En raison de ce dogme religieux, les juifs étaient, en Europe chrétienne, exclus de la plupart des activités économiques : on leur interdisait de constituer des guildes et des corporations de métier, et des décrets – comme les Conciles de Latran (1123 et 1215) en France – leur restreignaient l’accès à la propriété de la terre. Alors que la papauté condamnait la pratique de l’usure pour les chrétiens, les juifs n’étaient, en revanche, pas soumis à cette contrainte. Les activités commerciales et bancaires sont donc rapidement apparues comme les seuls secteurs économiques viables pouvant être exercés par les juifs européens. L’antijudaïsme chrétien, au-delà de l’exclusion structurelle des juifs, s’exprimait aussi sous des formes de persécution directe. L’inquisition espagnole, par les voies de la menace, de la torture et des pogroms, a forcé la conversion des juifs au christianisme, avant d’ordonner leur expulsion du territoire quelques années plus tard avec le décret de l’Alhambra de 1492. L’inquisition a marqué un tournant décisif : la conversion des juifs est dès lors considérée impossible en raison d’une supposée « impureté » de leur sang. Cette caractéristique raciale a été renforcée par l’idéologie du racisme scientifique du XIXe siècle, émergeant dans un monde colonial en quête de légitimation dans le domaine de la science. L’antisémitisme a progressivement convergé avec une vision pseudoscientifique, permettant l’identification des juifs, non plus simplement comme un peuple pratiquant une « religion impie », mais aussi comme d’une « race inférieure ». Et cela, bien avant que le nazisme allemand n’en fasse un de ses canalisateurs de foules… Des gouvernements de pays qui se targuent aujourd’hui de pourfendre l’antisémitisme, tels que ceux de France et d’Angleterre, ont alors encouragé presque officiellement les comportements antisémites de leurs citoyens et ont, durant la même période, refusé d’accueillir les Juifs qui fuyaient l’Europe de l’Est, là où cet antisémitisme était encore plus généralisé et cruel.

Cartes de la Palestine entre 1920 et 2000

Source : Monde diplomatique

Capitalisme britannique et pétrole moyen-oriental (années 1920-1950)

Dans les années 1920-1930, plusieurs nations commencent à obtenir le statut d’État indépendant, alors que plusieurs autres demeurent des colonies (surtout en Asie et en Afrique). La Palestine se retrouve dans cette deuxième catégorie. La grogne se répand dans les pays du Sud et le risque que l’exemple du bolchévisme russe s’y propage devient trop important aux yeux des élites économiques européennes. Le nouveau défi des capitalistes est donc le suivant : comment contrôler l’extraction des ressources premières dont ils ont besoin, mais sans que cela ne paraisse trop ouvertement ? Plusieurs formules sont expérimentées, dont certaines existent encore aujourd’hui : corruption, dictatures, manipulation d’élections… Mais, dans un premier temps, cela allait passer par la répartition des zones d’influence et par la création de pays officiellement indépendants les uns des autres, ainsi que de leurs anciens conquérants, du moins en apparence. De nouvelles frontières sont dessinées, y compris dans la région située à l’est de la Méditerranée, qui prendra l’appellation de Moyen-Orient. La plupart de ces nouveaux territoires sont placés sous mandat européen, sans consulter les populations locales. L’avis du peuple n’était pas non plus demandé ailleurs sur la planète lorsque pareilles subdivisions apparaissaient, mais ce sera encore moins le cas pour les populations jusque-là chapeautées par l’Empire ottoman. En effet, ce dernier avait commis l’erreur de choisir l’Allemagne comme allié durant la Première Guerre mondiale et se retrouvait donc parmi les perdants. Les nouvelles frontières à l’intérieur de cet ancien empire, de même que le nouveau mode de gouvernance qui y prévaudra, puis le choix des nouveaux dirigeants en remplacement des anciens « gouverneurs de Sa Majesté », tout cela est décidé lors de réunions entre le premier ministre anglais et le président français, vainqueurs de la guerre, ou entre banquiers lors de parties de poker[1]. Le cycle de décolonisation qui s’ouvre lors de la période suivante modifiera les relations impériales qui unissent l’Europe au Moyen-Orient, où les déclarations d’indépendance se multiplient (Arabie Saoudite, 1932 ; Liban, 1943 ; Syrie, 1946 ; Jordanie, 1946 ; Irak, 1958).  

Contrairement à ce que de nombreux acteurs sociaux et politiques de la région s’attendaient, le territoire désigné traditionnellement du nom de Palestine ne devient pas un pays à ce moment-là. Ce territoire reste dans les limbes du concert des Nations. Il restera dans ce flou de 1922 jusqu’à la création de l’État israélien en 1948, en étant désigné comme territoire « sous mandat britannique supervisé par la Société des Nations » (ancêtre de l’ONU). Pourquoi en a-t-il été ainsi ? Le pétrole devient alors le nouveau moteur du capitalisme. Les industriels en ont besoin pour produire davantage de marchandises, pour les faire circuler et pour les faire consommer. Ils envoient leurs prospecteurs partout où la rumeur court qu’il se trouve du pétrole, ainsi que cela s’était fait pour l’or quelques siècles auparavant. Les agents commerciaux leur apprennent que le sous-sol du Moyen-Orient recèle beaucoup de ce pétrole, de bonne qualité et pas trop compliqué à extraire. Se constituent alors en Angleterre et aux Pays-Bas les premières compagnies spécialisées dans l’extraction et le raffinage du pétrole. Elles seront rejointes, quelques décennies plus tard, par des compagnies allemandes, françaises et américaines.

Or, s’il ne se trouve pas de pétrole dans le sous-sol du territoire de la Palestine comme tel, (du moins pas en quantité suffisamment importante selon l’avis des prospecteurs) les capitalistes et les politiciens anglais ne prennent pas beaucoup de temps pour réaliser que cet endroit est névralgique afin d’assurer son acheminement une fois qu’il est extrait des puits situés à l’est. Une compagnie comme la British Petroleum (BP), par exemple, veut s’assurer que le canal de Suez, qu’elle a fait creuser quelques années auparavant dans le cadre d’un partenariat anglo-français, sera bien protégé. C’est en effet le chemin le plus direct, donc le moins coûteux, pour transporter « son » pétrole vers l’Europe et l’Amérique du Nord. La British Petroleum, mais également les compagnies qui lui sont à la fois concurrentes et alliées, telles la Standard Oil et Shell, veulent s’assurer que ce canal ne servira jamais d’objet de chantage de la part de mouvements d’autonomie locaux, qu’ils soient panarabes, communistes ou autres. Le dilemme de ces compagnies est de trouver un moyen de protéger leur pétrole tout au long du trajet qu’il parcoure sur mer, mais également sur terre (par des oléoducs, des trains ou d’autres moyens). Elles cherchent à faire cela sans revenir au « protectorat », une formule alors en voie d’être dépassée sur le plan diplomatique et social.

Pendant que les dirigeants de ces compagnies de pétrole, ainsi que leurs fidèles serviteurs au sein du gouvernement britannique, cherchent ardemment comment gérer ce dilemme, une occasion se présente à eux : le mouvement sioniste. D’où est venu ce mouvement, pourquoi est-il resté si peu influent, y compris parmi les juifs européens eux-mêmes, durant ses premières années de formation, à la fin du XIXe siècle, et pourquoi l’est-il devenu tout à coup quelques années plus tard, à compter de la décennie 1920 ? Réponse : parce que les propriétaires des compagnies de pétrole et leurs politiciens de service ont choisi de cautionner ce projet politiquement et diplomatiquement risqué, qui était celui de créer de toutes pièces un « foyer national juif » sur un territoire où des gens vivaient déjà, situé au cœur d’une région dont les populations, à majorité musulmane, étaient fragilisées par les perturbations récentes qu’elles venaient de subir suite à la dissolution de l’Empire ottoman[2]. Ce projet était également jugé risqué par le modèle qu’il prônait : donner en exclusivité un territoire à une communauté au seul motif qu’il s’agissait de ses terres ancestrales. En effet, le pari des nations occidentales d’appuyer le mouvement sioniste impliquait le risque de voir d’autres mouvements de réclamation territoriale s’affirmer.

Malgré de nombreuses hésitations, les politiciens et les capitalistes britanniques vont finalement de l’avant, car ils ont besoin d’un allié fidèle (Israël) au Moyen-Orient. Ils font un accord avec le mouvement sioniste de l’ordre suivant : « Vous allez nous aider à faire de l’argent avec le pétrole des régions qui entourent la Palestine et nous allons vous aider à faire de l’argent avec le territoire de la Palestine lui-même. À y faire de l’argent en volant les terres des gens qui y habitent, ainsi qu’en finançant les voyages de Juifs d’Europe jusqu’à ces terres pour leur donner. Et même en créant officiellement un nouveau pays, pourquoi pas ! Un pays dont vous ferez bien ce que vous voulez à l’interne, pourvu que ce soit nous autres, depuis nos bureaux de Londres et de New York, qui aient le dernier mot sur ce que vous faites à l’extérieur. Cela nous permettra de garder un pied solide dans la région sans pour autant nous faire accuser de colonialisme – comme c’est le cas de la Palestine mandataire jusqu’en 1948 –, puisque ce projet de nouveau pays ne sera pas sous l’égide d’une puissance impériale, ni impérialiste (ce terme qui commence alors à se propager dangereusement…), mais plutôt sous l’égide d’une minorité ayant elle-même été victime d’oppression dans le passé. Nous dirons donc que nous supportons votre projet au nom d’une décolonisation, en quelque sorte. » C’était les grandes lignes de l’idée.

Ce projet du mouvement sioniste tombait également au bon moment pour une autre raison. Il permettait aux capitalistes et aux politiciens des pays d’Europe d’espérer résoudre du même coup un autre « problème », soit ce qu’on désignait comme la « question juive ». En effet, autant les gouvernements occidentaux que leur société civile ont fait preuve d’un antisémitisme virulent, et ce même après la Shoah. Réalité trop peu connue, les pays occidentaux ont systématiquement refusé d’accueillir chez eux les victimes d’antisémitisme, alors qu’il s’agissait pourtant d’une demande claire portées par celles-ci. On peut facilement imaginer que ces Juifs et ces Juives auraient préféré continuer à vivre dans leurs villages et quartiers d’avant la Deuxième Guerre mondiale (dans la mesure où les gouvernements auraient garanti leur sécurité), plutôt que de déménager dans un endroit aussi éloigné de leurs repères sociaux que pouvait l’être la Palestine, où le seul avantage réel était qu’on leur garantissait des terres et des maisons, tout en leur faisant croire que personne ne s’y trouvait déjà. Voici donc quelques chiffres méconnus à ce sujet :

« … La démographie de la Palestine allait changer radicalement dans les années 1930. La montée au pouvoir des nazis en Allemagne a entraîné une augmentation spectaculaire du nombre de Juifs fuyant les persécutions. Malgré les appels à l’aide, pas un seul pays du monde occidental, grand ou petit, n’a montré le moindre enthousiasme à accueillir ces gens. La seule porte qui leur était offerte était bien souvent celle de se rendre en Palestine.

… Jusqu’en mars 1939, seuls 19 000 réfugiés juifs furent autorisés à entrer en Grande-Bretagne. Le bilan de certains des plus grands pays du monde était tout aussi mauvais : les États-Unis en 1935 ont accueilli 6 252 immigrants juifs, l’Argentine 3 159, le Brésil 1 758, l’Afrique du Sud 1 078 et le Canada 624 (!). La même année, le nombre d’immigrants juifs légaux en Palestine était de 61 854.

… Entre 1922 et 1931, les immigrants juifs sur le territoire palestinien ont augmenté de 110 pour cent.

… Pendant ce temps, le désir britannique de maintenir une position hégémonique sur le territoire de la Palestine restait plus déterminé que jamais. Le souci d’assurer un passage sécuritaire de leurs navires vers l’Inde, ajouté à la découverte récente de pétrole en Irak et ailleurs dans la région, avait convaincu des capitalistes britanniques et le gouvernement Whitehall de cette période de considérer ce territoire comme étant d’une importance majeure dans ses plans impériaux ».[3]

Les antisémites occidentaux semblent ainsi partager le même constat que les sionistes : la cohabitation entre la communauté juive et chrétienne serait supposément « impossible » en Europe, d’où l’importance d’un État juif séparé.

Source : Statista

Du pétrole à la militarisation (années 1950-2000)

La période qui suit est marquée, dans la région, par le même enjeu économique central que la précédente : celui du pétrole. Mais, progressivement, il s’en ajoute un nouveau, celui du marché des armes. Dans ces deux secteurs industriels cruciaux, comme en de nombreux autres, on constate une montée en flèche de compagnies basées aux États-Unis plutôt qu’en Europe, comme c’était le cas auparavant. Sur le plan démographique, la période est marquée par l’arrivée massive d’immigrants juifs européens en terre palestinienne. Sur le plan politique, elle l’est par la création d’un nouvel État, celui d’Israël. Enfin, sur le plan social, ce sont les répercussions de ces deux derniers événements sur les Palestiniens et les Palestiniennes qui frappent le plus. Commençons par l’aspect économique, puisque c’est l’objet principal de notre papier et parce qu’il s’agit de celui qui est le plus caché dans les récits historiques sur la Palestine et sur Israël, centrés principalement sur ses aspects moraux.

Premier fait marquant : la part des États-Unis dans la production de pétrole au Moyen-Orient passe de 14 % en 1938 à un peu plus de 55 % en 1948. Cette proportion ira en augmentant sans cesse jusqu’à ce qu’on appelle le « choc pétrolier » de 1973. En quoi le comportement des capitalistes américains renforce-t-il le caractère exceptionnel d’Israël ?En quoi en fait-il un cas de plus en plus particulier sur l’échiquier mondial ? Contrairement à l’attitude de « flexibilité pragmatique » adoptée ailleurs dans le monde, dans le cas de l’enjeu Israël-Palestine, les compagnies américaines (et leur gouvernement) ne dérogent jamais de leur objectif prioritaire initial, quels que soient les risques de perturbation dans la région. Cela est aussi vrai, peu importe qui sont les politiciens en place à Washington et à Tel-Aviv, copié par les gouvernements au Canada, dans les pays européens et en Océanie. L’objectif demeure le même que celui des Britanniques au début du siècle : assurer le transport du pétrole vers la Méditerranée en toutes circonstances.

Un mot sur la nouvelle répartition des tâches qui s’instaure entre les compagnies étrangères et la nouvelle bourgeoisie arabe des pays riches en pétrole, ainsi qu’avec la bourgeoisie qui s’installe graduellement en Israël. Cette division des tâches pourrait se résumer ainsi : les élites arabes assurent l’extraction du pétrole et elles font ce qu’elles veulent avec l’argent tiré de sa revente aux compagnies. Ces dernières, en revanche, contrôlent les décisions et les profits relatifs au transport, au raffinage et à la distribution du pétrole en produits finis (essence pour véhicules routiers, combustion servant à alimenter des usines en chauffage et machineries, ou autres). Quant à la bourgeoisie israélienne, son mandat est en quelque sorte d’être le douanier de ce transport : s’assurer que rien n’empêche les oléoducs et les trains d’acheminer le pétrole jusqu’aux côtes de la Méditerranée et via le canal de Suez. Pour ce faire, la bourgeoisie israélienne a besoin de latitude, y compris celle de provoquer régulièrement des conflits armés. Cela se traduit par de nombreuses guerres, certaines à l’occasion de tentatives par des pays arabes de poursuivre leur décolonisation, d’autres lors de tentatives des Palestiniens de résister à l’occupation israélienne. D’autres encore sont déclenchées à l’initiative d’Israël lui-même, par exemple avec la décision arbitraire de répartir la population palestinienne en deux territoires, la Cisjordanie et Gaza, avec une bande de terre israélienne entre les deux. Sans compter l’appui économique et militaire accordé aux colons israéliens pour démolir des maisons palestiniennes et accaparer leurs terres, y compris sur des territoires prévus pour constituer un État palestinien dans la résolution de l’ONU de 1947. Nous ne décrirons pas ici tous ces épisodes de violence, ce serait trop long. Nous allons seulement en énumérer quelques-uns pour en donner un aperçu :

  • 1937-1939 : Un soulèvement populaire de cultivateurs palestiniens qui s’opposent au pillage de leurs terres est réprimé à la fois par des milices sionistes et par l’armée britannique, laquelle essaie de retarder son départ du territoire devant l’impatience des colons juifs récemment débarqués d’Europe, mais sans risquer une quelconque emprise arabe sur le trafic pétrolier dans la région. Il y aura au moins 20 000 morts palestiniens.
  • 1946 : Des milices sionistes s’impatientent et, pour accélérer la prise de possession des terres palestiniennes, s’en prennent aux militaires britanniques qui sont encore en place. En conséquence, le Royaume-Uni rapatrie ses dernières troupes, s’étant vu retirer par l’ONU (et donc par le gouvernement américain qui en a pris le contrôle) le mandat qu’il s’était vu confier dans les années 1930 pour essayer de trouver une sortie honorable à ce fouillis, qu’il avait lui-même initié en cautionnant le mouvement sioniste par sa célèbre Déclaration Balfour.
  • 1947 : Suite aux pressions de la part des États-Unis, en particulier à l’égard des pays du Sud qui y ont droit de vote, l’Assemblée générale de l’ONU adopte une proposition de partage du territoire palestinien entre deux nouveaux États. Israël doit en prendre possession à 56 %, dont les terres les plus fertiles, pendant qu’un État palestinien aurait à gérer les populations arabes majoritaires sur l’autre 44 % du territoire. Les représentants politiques palestiniens, ainsi que les pays arabes avoisinants refusent cette option. Des Palestiniens expriment leur refus dans les rues avec le peu d’armes dont ils disposent. Ils ne font pas le poids face aux anciennes milices sionistes, devenues une armée structurée et bien équipée. Pas plus que ne font le poids les pays arabes qui ont osé voter contre cette résolution à l’ONU. Le résultat de cette courte guerre est qu’Israël promulgue une répartition encore plus inéquitable que celle suggérée par l’ONU : 78 % du territoire relèvera de lui, au lieu du 55 % prévu. Il ne reste aux Palestiniens que la Cisjordanie et Gaza. Après la guerre, Israël mène une (autre) opération militaire, qu’on désigne depuis du nom de « Nakba ». Selon les estimations de la nouvelle génération d’historiens ayant fouillé le sujet depuis vingt ans, plus de 800 000 membres de familles palestiniennes sont expulsés de leurs maisons et de leurs villages, pour se retrouver ensuite dans des camps de réfugiés, soit dans les pays avoisinants, soit en Cisjordanie ou à Gaza[4].

Les autres épisodes guerriers les plus spectaculaires ont été les suivants :

  • 1956 : La guerre dite du « canal de Suez ». Cet épisode maintient la nationalisation de ce canal promulguée par le gouvernement Nasser en Égypte, mais n’entraîne aucun recul israélien sur l’enjeu de la Palestine. La même année, la France vend un réacteur nucléaire à Israël…
  • 1967 : La guerre dite « des Six jours ». Bombardements massifs de l’armée israélienne sur des villes égyptiennes et syriennes. Ces bombardements sont dits préventifs en raison de la montée du nationalisme panarabe au Moyen-Orient et de ses implications éventuelles sur l’avenir de la Palestine. Conséquences pratiques de cette démonstration de forces israéliennes : deux régions supplémentaires sont annexées par Israël, soit le Golan et la péninsule du Sinaï, malgré le fait qu’elles appartenaient jusque-là à deux États souverains et membres de l’ONU, en l’occurrence la Syrie et l’Égypte. Tout l’Occident applaudit que son batailleur sportif préféré ait donné un aussi bon spectacle…
  • 1978 : Première invasion du Liban, au motif d’y « démanteler l’infrastructure des terroristes qui s’y seraient cachés » (cela vous rappelle-t-il une ligne des articles de journaux québécois actuels ?). Des milliers de civils libanais et palestiniens sont tués, notamment dans les camps de réfugiés supervisés par l’ONU.
  • 1982 : Deuxième invasion du Liban, encore plus sanglante et plus étendue que la première.

Depuis ce temps, l’action militaire d’Israël se déploie avec moins d’ampleur dans les pays environnants, ceux-ci ne se hasardant pas à des gestes militaires d’envergure, sachant très bien qu’ils ne sont « pas de taille » en la matière. Certains cherchent à l’occasion une manière d’aider les Palestiniens sans provoquer un désastre au sein de leur propre population, comme au Liban. Ainsi, l’action militaire israélienne a surtout suivi deux modes d’emploi depuis ce temps : provoquer régulièrement et par toutes sortes de moyens des confrontations violentes avec les Palestiniens qui habitent encore le territoire (en l’occurrence à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem) et devenir une plaque tournante du marché mondial des armes, notamment en testant ses innovations technologiques sur la population palestinienne. À ce sujet, il faut mentionner l’évolution de l’approvisionnement de l’armée israélienne, des années 1940 aux années 1980. D’abord, cet approvisionnement n’a cessé de croître durant cette séquence. Ensuite, il a changé de fournisseur principal : les compagnies américaines ont pris la relève des marchands d’armes britanniques (sans compter la vente discrète par la France de réacteurs nucléaires). Aussi, bien qu’il s’agisse a priori de deux domaines économiques distincts, le marché du pétrole et celui des armes ont un certain nombre d’objectifs communs, dont celui de faire « rouler l’économie ». Sans compter que pour garantir l’acheminement du pétrole, vaut mieux avoir un allié surarmé dans la région. Il est donc normal qu’il se soit développé des atomes crochus entre ces deux secteurs, y compris dans la composition des conseils d’administration de leurs compagnies.

Rappelons que, durant la période d’expansion du mouvement sioniste et de la consolidation d’Israël, il y a eu des résistances de la population palestinienne. Celle-ci a pris plusieurs formes, aussi bien politiques que diplomatiques et militaires, collectives (telles les intifada) ou individuelles (comme les attentats suicides). Les appels au soutien étranger ont pris la forme de tentatives de négociation diplomatique avec l’aide de tiers (accords d’Oslo et autres), la voie juridique (résolutions de l’ONU, tribunal international et autres), ou l’appel au boycottage international des produits israéliens, inspiré du modèle ayant porté fruit auparavant contre l’Afrique du Sud ségrégationniste. Bref, s’il y a eu de nombreuses exceptions historiques dans le conflit Israël / Palestine, celle du manque de résistance et d’imagination de la part des opprimés n’en est pas une. Non plus d’ailleurs que les nombreux gestes de solidarité posés par des milliers de gens à travers le monde. Cependant, tout cela n’a jusqu’à présent rien changé à la situation de fond, il faut bien le reconnaître en cet été 2024.

Un champ d’oliviers rasé par Israël

Le XXIe siècle, la fuite vers l’avant meurtrière

Ce que nous désignons comme la troisième période de l’évolution du projet israélien, qui va grosso modo de la décennie 2000 à aujourd’hui, est caractérisée par deux nouvelles exceptions (ou plutôt par l’intensification spectaculaire de ces exceptions qui avaient germé durant les périodes précédentes). Il s’agit d’abord de la complaisance absolue des gouvernements d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord envers celui d’Israël. Il s’agit ensuite du rôle majeur joué par les entreprises et gouvernements israéliens dans le cycle de fabrication et de distribution de matériel militaire à travers le monde. Sur ce dernier volet, citons une des rares études qui s’y attarde. Cela aide à comprendre comment et pourquoi l’armée d’un petit pays comme Israël arrive à disposer de suffisamment de matériel militaire pour détruire Gaza au complet en six mois.

« L’économie israélienne a connu deux vagues de restructuration durant son intégration graduelle au capitalisme mondial. La première, dans les années 1980 et 1990, a vu la transition d’une économie agricole et industrielle traditionnelle vers une économie basée sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) : télécommunications de pointe, technologie du web et autres. Tel-Aviv et Haïfa sont devenus les « avant-postes moyen-orientaux » de la Silicon Valley. En 2000, 15 % du PIB israélien et la moitié de ses exportations provenaient du secteur de la haute technologie. Puis, à partir de 2001, et plus particulièrement à la suite de l’effondrement de la bulle Internet et de la récession mondiale de 2000, suivis des événements du 11 septembre 2001 et de la militarisation rapide de la politique mondiale, Israël a connu une nouvelle évolution vers un complexe mondial de technologies militaires, de sécurité, de renseignement, de surveillance et de « lutte contre le terrorisme ». Les entreprises technologiques israéliennes ont été les pionnières de l’industrie dite de la sécurité intérieure. En effet, Israël s’est mondialisé spécifiquement par la militarisation high-tech de son économie. Les instituts d’exportation israéliens estiment qu’en 2007, quelque 350 sociétés transnationales israéliennes se consacraient aux systèmes de sécurité, de renseignement et de contrôle social, lesquelles sont encore aujourd’hui au centre de l’économie israélienne, et de sa politique il va sans dire.

Dans le domaine de la défense, les exportations du pays ont atteint un niveau record de 3,4 milliards de dollars en 2006 (comparativement à 1,6 milliard en 1992). Israël est donc le quatrième marchand d’armes en importance au monde. À ce chapitre, le pays dépasse même le Royaume-Uni. Israël a plus de titres technologiques cotés au NASDAQ que tout autre pays étranger, une grande partie de ces titres étant rattachés au domaine de la sécurité. Il détient davantage de brevets technologiques inscrits aux États-Unis que la Chine et l’Inde réunies. Son secteur de la technologie, axée en grande partie sur la sécurité, compte aujourd’hui pour 60 % de ses exportations.

En d’autres termes, l’économie israélienne en est venue à se nourrir de la violence, des conflits et des inégalités aux niveaux local, régional et mondial. Ses plus grandes entreprises sont devenues dépendantes de la guerre et des conflits en Palestine, au Moyen-Orient et dans le monde. Elles les initient et soufflent sur ces conflits par leur influence sur le système politique et sur l’État israélien.[5] 

Voilà qui devrait être suffisant, me semble-t-il, pour inciter nos faiseurs d’opinions, au Québec comme ailleurs, à fouiller cette piste d’explication sur ce qui se passe actuellement à Gaza, plutôt que celle d’un complot international sous la gouverne de quelques fanatiques de Mahomet. Ce marché des armes, tout comme celui de tous les autres secteurs économiques à travers le monde, est de plus en plus centralisé entre les mains d’un très petit nombre de corporations gigantesques, dont l’organigramme est tellement complexe qu’il devient impossible de savoir qui y prend les décisions sur tel ou tel aspect. Chose certaine, nous n’en sommes plus à l’époque où c’est un monsieur qui inventait ce matériel dans son garage ou dans son sous-sol ! Les noms de ces compagnies de mort sont connus. Il faut cependant prendre avec un grain de sel les drapeaux qui accompagnent ces noms : une compagnie comme Lockheed, la première en haut de la liste, inclut deux citoyens britanniques sur son conseil d’administration, un milliardaire mexicain, un Canadien et six Américains, sans compter que ses investisseurs principaux sont une banque chinoise, une pétrolière nationalisée du Qatar et un fonds de pension québécois… Mais cela serait le sujet d’un autre dossier, que nous laissons à d’autres la tâche de fouiller.

Principaux pays exportateurs d’armes majeures de 2017 à 2021

Pays% des exportations mondiales
États-Unis39
Russie19
France11
Chine4,6
Allemagne4,5
Italie3,1
Royaume-Uni2,9
Corée du Sud2,8
Espagne2,5
Israël2,4
Source : Stockholm International Peace Research Institute, p. 13.

Quel est donc le rôle spécifique de l’État et de l’armée israélienne dans ce processus, dans les gestes quotidiens posés par ces compagnies ? L’hypothèse la plus plausible est la suivante : celui de servir de sous-traitant pour tester l’armement, en l’occurrence sur la population palestinienne, mais également pour servir de distributeurs en gros de ce matériel militaire vers d’autres armées dans le monde. Bref, Israël est devenu, ces dernières décennies, une sorte d’entrepôt Amazon pour les compagnies transnationales d’armes. D’où la consigne qui est aujourd’hui donnée, pour ne pas dire imposée, aux gouvernements des pays où habitent la majorité des actionnaires de ces compagnies (dont nous, petits Québécois) : n’empêchez pas Israël, sous aucun prétexte, de réaliser son mandat crucial et particulier à l’intérieur de cette chaîne de montage et de profits que constitue le marché contemporain des armes. Vous pouvez chicaner Israël de temps à autre, oui, mais ne l’empêchez jamais d’agir dans le cadre de cette mission, laquelle se situe bien au-delà de la « défense de la démocratie et de celle de population d’Israël ». Ceci dit, une grande partie de la population israélienne profite de ce deal, tout comme les partisans du mouvement sioniste l’ont fait au XXe siècle[6].

Quant à l’enjeu du pétrole, il continue d’être déterminant pour tout ce qui se passe dans cette région. Malgré les appels lancés pour stopper la consommation de ce produit (pourtant l’une des sources les plus importantes de la crise écologique, comme tout le monde sait), sa production mondiale massive se poursuit et près du tiers de cette production provient toujours du Moyen-Orient[7]. Du pétrole aux armes pour défendre le pétrole à la guerre permanente pour vendre des armes, l’économie de mort a toujours de beaux jours devant elle en Israël.

Source : Monde Diplomatique

Pour (ne pas) conclure

Ce qui se passe actuellement en Palestine occupée a peu à voir avec la religion, une dette morale datant de millénaires ou des camps de concentration nazis, une chicane de clôture entre voisins ou d’une divergence philosophique du genre « ma civilisation est meilleure que la tienne ». L’explication est plutôt à chercher du côté de l’argent qu’il y avait et qu’il y a toujours à faire, dans cette région du monde, pour les compagnies pétrolières et pour celles qui fabriquent des armes. Ceux qui entretiennent la catastrophe sont les richissimes de la planète, mais également une partie d’entre nous qui habitons dans les pays européens et d’Amérique du Nord, notamment via nos fonds de pension et de placements, aussi involontaire cette complicité soit-elle. Si c’est le cas, il reste à trouver comment nous pouvons concourir à ce que cela cesse au plus sacrant. Que faire pour mettre fin à la machine de guerre israélienne, pour contribuer à la libération du peuple palestinien ? Ce sera l’objet d’autres échanges. Pour l’instant, je me contente de lancer les pistes suivantes :

  1. Chercher à priver Israël de matériel militaire futur, et ce le plus rapidement possible, pour contribuer à égaliser le rapport de forces. Cette égalisation du rapport de forces est la condition première pour que Palestiniens et Israéliens trouvent un terrain d’entente. L’option d’augmenter la capacité militaire des Palestiniens étant exclue pour toutes sortes de raisons, morales mais également pratiques, il ne reste que celle de faire diminuer le matériel de mort dont dispose Israël. De lui retirer ce privilège majeur, exceptionnel, que les bourgeoisies occidentales lui ont accordé avec le temps.
  2. Ici, au Québec, en 2024, notre plus importante, quoique modeste contribution à ce mouvement, serait à mon avis de faire en sorte que nos fonds de pension, qui financent cette production d’armes israéliennes, arrêtent cette complicité dès maintenant.

Repères statistiques

  • Population palestinienne estimée, en 2023 : Cisjordanie, 2,8 millions ; Gaza, 2,2 millions ; en territoire israélien, 1,7 million ; dans des camps de réfugiés de pays avoisinants ou dispersés ailleurs dans le monde, contre leur gré ; 7,2 millions.
  • Population juive israélienne : 7,1 millions. Population juive ailleurs dans le monde, mais ayant le droit de devenir citoyen israélien sans autre condition qu’une preuve d’ancêtres juifs : 7 millions.
  • Revenu moyen des citoyens israéliens d’origine juive : 54 111 $
  • Revenu moyen des Palestiniens vivant en Cisjordanie, à Gaza ou en Israël : 3 514 $
  • Nombre de colons israéliens vivant actuellement dans ce qui est considéré, même par l’ONU, comme des terrains appartenant légalement à des Palestiniens : 700 000[8]

Références

BENSOUSSAN, Georges. Les origines du conflit israélo-arabe (1870-1950), Paris, Presses universitaires de France, 2023.

BOUCHÉ, Jean-Pierre. Palestine, plus d’un siècle de dépossession, Hœnheim, Scribest, 2017.

CHOMSKY, Noam et Ilan PAPPÉ. Palestine, Montréal, Écosociété, 2014.

DUPREY, Élie. « Judéité, sionisme, colonialisme : sur une cécité », 22 décembre 2023, sur Contretemps (en ligne) : https://www.contretemps.eu/judeite-sionisme-colonialisme-cecite/

PAPPÉ, Ilan. Une terre pour deux peuples, Paris, Fafard, 2014.

PAPPÉ, Ilan. « Il fait sombre avant l’aube, mais le colonialisme israélien touche à sa fin », 27 février 2024, sur Contretemps (en ligne) : https://www.contretemps.eu/colonialisme-israel-sionisme-palestine-pappe/

REGAN, Bernard. The Balfour Declaration: Empire, the Mandate and Resistance in Palestine, New York, Verso, 2018.

ROBINSON, William. « La structure économique d’Israël derrière sa politique de colonisation », 31 octobre 2023, sur Presse-toi à gauche (en ligne) : https://www.pressegauche.org/La-structure-economique-d-Israel-derriere-sa-politique-de-colonisation

TONOLLI, Frédéric. L’inavouable histoire du pétrole, Paris, Éditions de la Martinière, 2012.


Notes

[1] Voir à ce sujet le premier chapitre de l’excellent livre de Bernard Regan, mentionné à la fin de ce texte.

[2] Sur les hésitations occidentales à endosser le projet sioniste, voir les documents d’archives cités dans le livre de Bernard Regan, plus particulièrement dans les chapitres 5 et 6.

[3] Il s’agit d’extraits du livre de Regan, The Balfour Declaration, qui se trouvent à la page 188 (ma traduction).

[4] Voir en particulier le livre d’Ilan Pappé, Une histoire pour deux peuples, mentionné en référence.

[5] Extraits du texte de William Robinson mentionné dans les références.

[6] Les chiffres sur les revenus mentionnés dans la section « repères démographiques » indiquent clairement cela.

[7] Voir notamment le site Internet suivant : https://www.hgsempai.fr/atelier/?p=4696

[8] Ces données sont celles publiées par la revue française Manière de Voir, dans le numéro de février 2024.