La conquête de la Palestine (extrait) – Rachad Antonius

Archives Révolutionnaires : Nous avons le plaisir de reproduire ici la conclusion de l’ouvrage La conquête de la Palestine du sociologue Rachad Antonius venant de paraître chez Écosociété (2024). Sous-titré De Balfour à Gaza, une guerre de cent ans, le livre remonte à l’origine de la fondation de l’État hébreu – né d’une « triple illégalité » – et revient sur la centralité du rapport colonial dans la compréhension du conflit qui sévit en Palestine. Par ce regard historique sobre et informé, Antonius donne l’heure juste en repartant des racines du génocide en cours. Sa raison profonde est l’appropriation territoriale de la Palestine.


CONCLUSION
Une des dernières guerres coloniales

Extraits de La Conquête de la Palestine. De Balfour à Gaza, une guerre de cent ans. Écosociété, 2024

– Rachad Antonius

Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons raconté l’histoire de la conquête de la Palestine, qui a commencé comme un projet de « foyer national » pour les Juifs sur la terre de Palestine. Le sentiment de constituer un peuple reste la prérogative des premiers concernés. C’est le fait de vouloir réaliser les ambitions nationales de ce peuple sur une terre déjà habitée par un autre peuple qui est à la racine du conflit actuel.

Dans une première phase, les conditions concrètes préparant la création du futur État israélien ont été patiemment mises en place avec le parrainage de la Grande-Bretagne, face à une société palestinienne incapable de s’y opposer de façon efficace. Dans une deuxième phase, le projet a été poursuivi par la guerre et l’occupation, entraînant ce qui était inévitable : l’épuration ethnique de la Palestine, pour faire place aux nouveaux venus qui ne voulaient pas s’intégrer à la société existante, mais souhaitaient créer leur propre État et leur propre identité nationale. La troisième phase a été celle de la consolidation d’un système de dépossession des habitants autochtones et de l’intensification de la conquête de la Palestine sous couvert de processus de paix.  

Devant la Cour internationale de justice, la juriste de renommée mondiale Me Monique Chemillier-Gendreau a souligné en ces termes la triple illégalité du contrôle israélien sur le territoire palestinien :

Il résulte de ces constats, comme votre Cour ne manquera pas de le confirmer, que l’occupation par Israël du territoire palestinien est frappée d’une triple illégalité. Elle est illégale à sa source pour être en infraction à l’interdiction de l’emploi de la force. Elle est illégale par les moyens déployés, lesquels sont constitutifs de violations systématiques du droit humanitaire et des droits de l’Homme. Elle est illégale par son objectif, celui-ci étant de procéder à l’annexion des territoires palestiniens, privant ainsi le peuple de Palestine de son droit fondamental à disposer de lui-même[1].

La troisième phase de la stratégie israélienne, celle du processus diplomatique d’Oslo, a été absolument cruciale pour la légitimation de cette entreprise de conquête sous couvert de processus de paix. C’est ce qui a permis aux puissances occidentales d’appuyer l’occupation par tous les moyens possibles (économiques, diplomatiques, militaires), tout en prétendant mettre en place un processus dit « de paix » dans lequel il n’a jamais été question d’appliquer intégralement la Résolution 242 adoptée en 1967. Rappelons que celle-ci exigeait d’Israël un retrait complet de ce qui restait de la Palestine, soit 22 % seulement du territoire sous Mandat britannique.

Se déroulant hors du cadre de l’ONU, le processus d’Oslo a autorisé Israël à violer encore plus ouvertement la Résolution 242, tout en la reconnaissant sur papier. Cela a permis à l’État hébreu de consolider sa présence dans les territoires occupés et d’en faire un atout dans les rondes successives de négociations. Le mécanisme pour le faire a été de fragmenter le territoire de la Cisjordanie en trois zones (A, B et C), Israël ayant les mains libres dans la zone C qui comprend 60 % de la Cisjordanie.

Pour les Palestiniens, l’acceptation de la Résolution 242 était déjà le résultat d’un énorme compromis. Car si elle demandait le retrait d’Israël des territoires occupés depuis 1967, elle supposait du même coup la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens sur les 78 % du territoire dont ceux-ci avaient été chassés. Les Israéliens et les Américains ont donc fait comme si les 78 % appartenaient d’office à Israël et qu’on commençait une toute nouvelle négociation dont l’objet était les 22 % restants, sur lesquels les Palestiniens se devaient d’être « raisonnables » et de faire de nouveaux compromis – comme si les compromis déjà consentis n’existaient pas. Les pressions sur la partie la plus faible sont plus faciles à exercer dans le cadre de négociations bilatérales que dans le cadre d’une conférence internationale sous l’égide de l’ONU, dans laquelle le droit international reste la référence ultime pour contrer les effets du rapport de force brut.

Sur le terrain, l’interpénétration des zones occupées par les colons juifs et de celles habitées par les Palestiniens était désormais telle qu’il aurait été difficile de séparer géographiquement les deux communautés. À défaut de pouvoir expulser encore plus de Palestiniens, la solution d’Israël a été de permettre aux Palestiniens de vivre dans un territoire sous contrôle israélien et d’y maintenir un système d’apartheid en bonne et due forme, afin de ne pas altérer le caractère juif de l’État par l’inclusion de trop de non-Juifs comme citoyens ayant des droits égaux.

Pour établir un minimum de justice, l’alternative à ce système d’apartheid aurait consisté à envisager la création d’un seul État démocratique, au grand dam des forces israéliennes pro-occupation. Une variante de l’État unique et démocratique aurait pu être une confédération binationale comprenant deux composantes, l’une juive et l’autre arabe non juive. Cette dernière option reçoit cependant encore trop peu d’appuis pour être considérée sérieusement dans les tractations diplomatiques internationales, même si elle est discutée dans plusieurs milieux associatifs[2].

On peut considérer l’occupation des territoires occupés (Gaza et la Cisjordanie, incluant Jérusalem-Est) comme une des dernières guerres coloniales. Israël continue de construire des logements destinés exclusivement aux Juifs en plein cœur de la Cisjordanie occupée et des centaines de colonies juives de peuplement, reliées entre elles par un circuit de routes interdites aux Palestiniens, sont installées illégalement sur les terres qui leur ont été confisquées. Même l’ancien président américain Jimmy Carter avait fini par voir qu’il s’agissait d’une forme d’apartheid, intitulant son dernier livre Palestine : la paix, pas l’apartheid[3]. Il faut croire que les élites politiques en poste dans les pays occidentaux ne sont pas encore arrivées à ce degré de discernement.

Revenir à l’histoire

Ce voyage que nous avons fait dans l’histoire nous a permis d’en faire un autre, cette fois dans le dédale des arguments et contre-arguments autour la question palestinienne. Car c’est l’ensemble des événements survenus depuis le début du XXe siècle qui permet de donner du sens au comportement actuel des acteurs politiques, à la stratégie de la puissance occupante et aux moyens de résistance des victimes. La prise en compte de ce contexte historique, trop souvent oublié ou alors déformé, permet d’interpréter les événements actuels autrement que dans le cadre du discours dominant et d’attribuer une autre signification aux catastrophes politiques et humanitaires qui se déroulent sous nos yeux. Cela entraîne généralement un positionnement différent de celui des gouvernements occidentaux.

Revenir à l’histoire, donc. Mais on pourrait arguer que, tant qu’à revenir à l’histoire, pourquoi ne pas prendre le temps long comme référence ? Qu’en est-il du sentiment des Juifs que cette terre leur appartient, puisqu’ils estiment que c’était celle de leurs ancêtres il y a deux mille ans ? Ce sentiment d’une majorité de Juifs n’est dénué de fondement. Mais quel est son statut dans l’approche historique du conflit et dans le positionnement que des tierces parties peuvent adopter face aux enjeux politiques et éthiques qui en découlent ? Constitue-t-il une justification pour que les habitants contemporains de la Palestine soient expulsés de leurs maisons au profit d’immigrants européens ? Nous croyons que non. L’histoire ancienne peut servir de facteur explicatif. Mais s’y replonger nous permet de voir comment celle-ci a été manipulée pour mobiliser des volontés politiques.   

L’historien israélien Shlomo Sand a montré, à l’aide d’un vaste répertoire de méthodes de recherches historiques, qu’il était impossible que la majorité des Juifs contemporains soient les descendants des Juifs qui vivaient en Palestine il y a vingt siècles. Que des conversions au judaïsme de groupes entiers ont eu lieu à divers moments de l’histoire, qui font que l’argument de l’héritage historique de la terre ne tient plus. Et même si c’était vrai, on pourrait néanmoins reconnaître aux humains vivant aujourd’hui des droits qui ne peuvent être supprimés au nom de la distribution géographique des groupes ethnoculturels d’il y a deux mille ans. On peut montrer qu’il n’y a aucune continuité entre les forces politiques qui étaient existantes alors et celles qui existent aujourd’hui.

Par contre, la continuité entre ce qui s’est passé au début du XXe siècle et ce qui se passe maintenant est facilement vérifiable. Ce sont les mêmes regroupements humains, les mêmes institutions, les mêmes stratégies à long terme qui sont opérantes. Les vainqueurs d’aujourd’hui sont les descendants directs de ceux qui se sont alliés à la Grande-Bretagne autour de la Première Guerre mondiale et qui ont graduellement pris le contrôle de la Palestine. Et les victimes d’aujourd’hui sont les descendants directs des groupes exclus par le Mandat britannique, puis expulsés de leurs foyers en 1948.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et pour éviter que le jeu des rapports de pouvoir bruts n’entraîne des violences et des destructions encore plus graves que celles qui avaient résulté des deux grandes guerres mondiales, les grandes puissances ont établi les principes devant servir de garde-fous dans les relations internationales. Le droit international a déterminé ce qu’il est permis de faire et ce qui est interdit dans les conflits politiques. Même si cela n’a pas empêché des guerres sauvages et des génocides de se produire, ces principes de droit international ont eu un effet modérateur sur les violences permises, tant de façon dissuasive que de façon punitive.

Mais pas en ce qui concerne Israël. Nous avons montré que non seulement ses politiques dans les territoires occupés violent les principes du droit international, mais qu’elles ont aussi été directement appuyées par les grandes puissances par divers moyens diplomatiques, politiques et économiques. Depuis les accords d’Oslo de 1993, les politiques de prise de contrôle du territoire de la Palestine se poursuivent sous couvert d’un processus de paix interminable qui tourne à vide. Comme si la poursuite du processus était une fin en soi, sans égard à ses résultats.

Trahir ses propres principes

La relation étroite qui s’est établie et consolidée au fil des ans entre le projet sioniste et la politique occidentale est complexe, mais on peut voir aujourd’hui certaines de ses conséquences. Qui a instrumentalisé l’autre ? Est-ce les puissances coloniales, avec la Grande-Bretagne en première ligne, qui ont poussé les sionistes à occuper la Palestine au début du XXe siècle pour servir leurs intérêts stratégiques et pour tenter, du même coup, de se débarasser des Juifs européens ? Ou bien est-ce les sionistes qui ont poussé la Grande-Bretagne à les appuyer, contre le courant britannique qui préférait maintenir de bons liens avec les Arabes ? Et dans les cinquante dernières années, est-ce les AIPAC (American Israeli Public Affairs Committees) qui ont réussi à influencer les élites américaines, vulnérables à leurs pressions, pour qu’elles appuient les politiques israéliennes ? Ou au contraire, est-ce que ces élites américaines utilisent Israël pour réaliser leur stratégie au Moyen-Orient, en comptant sur un agent local sur qui on pourrait rejeter la responsabilité en cas d’excès ou de dérapages ?

Quoi qu’il en soit, on peut dire que le mouvement sioniste n’a pu préparer la conquête de la Palestine que grâce à la collaboration étroite de la Grande-Bretagne et de la Ligue des Nations ; qu’Israël n’a pu être établi que grâce à l’appui indéfectible des puissances occidentales durant la période 1947-1949 ; que la mainmise d’Israël sur la Cisjordanie n’a pu se renforcer que grâce au jeu cynique auquel se sont prêtées les puissances occidentales, en faisant passer le processus diplomatique des accords d’Oslo pour un processus « de paix ». Et finalement, que le massacre commencé en octobre 2023 à la suite de l’attaque du Hamas n’a pu se poursuivre pendant des mois qu’à cause de deux mensonges répétés ad nauseam par les élites occidentales, à savoir qu’Israël est en situation de légitime défense et que s’il y a tant de civils qui meurent, c’est la faute du Hamas qui les utilise comme boucliers humains, et non pas la faute de ceux qui larguent les bombes.

Pour qu’une telle situation soit possible, il a fallu que ces puissances occidentales, essentiellement le noyau dur de l’OTAN, trahissent leurs propres principes et que leurs médias contribuent activement à construire des représentations falsifiées de ce qui se passe sur le terrain. Ainsi, l’objectif de défendre les actions de l’occupant israélien à tout prix ont entraîné la violation de principes éthiques fondamentaux et l’anéantissement de la capacité des grands médias à jouer un rôle d’information et de critique du discours officiel.

Un monstre à l’image du passé colonial de l’Occident

Ces événements vont à contre-courant d’une tendance historique lourde, celle de la décolonisation. Il ne s’agit pas de nier le passé colonial de nombreuses sociétés occidentales, mais de prendre acte des changements en cours. Alors que la tendance est à la remise en question des rapports coloniaux, à la reconnaissance des torts passés, à la réparation et à la réconciliation, la politique des pays occidentaux envers le Moyen-Orient, et en particulier envers la Palestine, est carrément une politique coloniale.

La violence coloniale que nous observons en ce XXIe siècle est digne des politiques mises en œuvre au XIXe. Les discours des membres les plus puissants du gouvernement israélien expriment une haine décomplexée de l’« Arabe » ou du « Palestinien », accompagnée d’un discours qui réduit ces derniers à des non-humains et qui cherche à justifier leur annihilation. Israël apparaît alors comme un monstre dont la défense nécessite que soient minées les valeurs autour desquelles un nouvel ordre mondial tente, plutôt mal d’ailleurs, de se recentrer. Le massacre opéré par Israël est justifié par des députés et des ministres canadiens qui s’identifient totalement au projet d’appropriation de la Palestine. Le conflit au Proche-Orient n’est plus une affaire étrangère pour les puissances occidentales : c’est devenu une affaire de politique intérieure.       

L’Occident a engendré un monstre à son image coloniale… mais avec 150 ans de retard. Les politiques qui avaient au cours au XIXe siècle dans les colonies, et qui ont comporté elles aussi des génocides, ont été mises à l’ordre du jour en Palestine. Au sein des élites, le lobby pro-occupation israélienne a gangréné les systèmes politiques[4]. Ce monstre ronge l’Occident de l’intérieur car il l’oblige, pour l’appuyer, à tricher tant sur la vérité historique que sur les grands principes de droit qui guident supposément ses politiques.

Un double gouffre

Dans ce processus, un double gouffre s’est créé: entre les pays du Nord et ceux du Sud, d’abord, mais aussi entre les élites des pays occidentaux et les secteurs les plus engagés de leurs sociétés civiles.

C’est le diplomate français Dominique de Villepin qui a attiré l’attention sur le premier gouffre, dans ses nombreuses interventions médiatiques dès le début du conflit en octobre 2023[5]. Mais il n’est pas le seul à le voir. De nombreux commentateurs de ce Sud Global ont eux aussi vu ce gouffre s’approfondir entre les pays occidentaux et le reste du monde. La donne politique a changé: tant les gouvernements du Sud que les sociétés civiles constatent la politique du deux poids, deux mesures de l’Occident, et ils ne la tolèrent plus. C’est la crédibilité politique et morale de l’Occident tout entier qui a été remise en cause à mesure que les massacres se poursuivaient avec l’appui direct des États-Unis et de certains pays européens, et l’appui tacite des autres. Les gouvernements des pays occidentaux ne réalisent pas encore le prix qu’il y aura à payer pour leurs positions dans ce conflit.

L’autre gouffre a été rendu visible par les mobilisations sans précédent du mois d’avril 2024 sur les campus universitaires américains d’abord, puis ailleurs dans le monde. Dans des mouvements faisant penser aux protestations contre la guerre du Vietnam dans les années 1960, les sociétés civiles dans les pays occidentaux se mobilisent (timidement, pour le moment, mais cela pourrait changer) contre les politiques de leur gouvernement. La police a beau intervenir de façon musclée, les manifestants occupent ces campus universitaires et demandent la fin des collaborations scientifiques avec des institutions israéliennes, ainsi que la fin des investissements en Israël. Mais contrairement à la guerre du Vietnam, les journalistes n’ont pas encore déterré toutes les falsifications et tous les mensonges sur lesquels l’appui à Israël s’est construit au fil des ans.

Face aux impasses, quelles pistes de sortie ?

À l’heure d’écrire ces lignes, il n’est pas encore clair si le projet de provoquer une nouvelle Nakba, plus cruelle que la première, va réussir. Car l’horreur continue, et l’appui de l’Occident à Israël aussi. Le rapport de force n’est pas favorable à une solution juste. Va-t-il changer ?

Pour les Palestiniens de Gaza, il n’y a aucune solution à court terme en vue. Leur détermination à rester sur la terre, à tenir bon, se heurte à l’urgence de survivre physiquement. Ceux et celles qui peuvent partir partiront. Déjà, le nord de Gaza a été vidé, et les Israéliens et certains de leurs alliés américains font déjà des plans d’aménagement de ce territoire vidé de ses habitants[6]. S’ils obtiennent d’Israël un cessez-le-feu qui permettra aux habitants de Gaza de survivre, les gouvernements occidentaux claironneront qu’ils ont évité une catastrophe humanitaire et demanderont aux Gazaouis qui veulent retrouver leurs foyers de ne pas exagérer et d’accepter leur exil en disant merci. Comme ils l’ont fait en 1949, après le cessez-le-feu et les divers accords d’armistice. Et si les Palestiniens revendiquent le retour dans leurs foyers, on les accusera de ne pas reconnaître Israël et de vouloir le détruire…

En ignorant le droit international, Israël et ses alliés occidentaux envoient un message très fort aux Palestiniens : vous n’obtiendrez pas justice par les moyens pacifiques. Ne comptez pas sur nous pour vous aider. Toute tentative de résister militairement sera punie avec une sévérité maximale. Alors, écrasez-vous totalement si vous ne voulez pas mourir.

Il ne restera aux Palestiniens qu’à accepter leur défaite, à moins qu’ils ne finissent par réussir à changer le rapport de force de façon violente. Dans les deux cas, l’avenir ne serait pas très reluisant, car cela ferait traîner le conflit, avec ses violences et ses drames humanitaires, pour encore des décennies. Sauf si…

Sauf si les sociétés civiles dans le monde occidental arrivent à faire changer les politiques de leurs gouvernements et obtiennent de leur part un réel engagement à trouver une solution décente, c’est-à-dire une solution qui permette aux Palestiniens de vivre en paix dans un État qui a les attributs d’un État national, établi sur l’ensemble des territoires présentement occupés. Sauf si les peuples du Sud mettent tout leur poids dans la balance pour que la donne change de façon radicale. Sauf si les protestations contre Netanyahou en Israël s’étendent aux politiques d’occupation dans leur ensemble, afin d’établir une paix véritable avec les Palestiniens. Sauf si les mouvements juifs antisionistes à travers le monde parviennent à faire valoir l’éthique du judaïsme et à convaincre les communautés juives de la diaspora que la politique israélienne n’est pas dans leur intérêt. Seules ces conditions, peu probables dans l’immédiat, mais possibles à moyen terme, permettront d’en arriver à une solution décente et d’éviter des catastrophes encore plus coûteuses tant pour les Palestiniens que pour les Israéliens.


Notes

[1] La triple illégalité de l’occupation israélienne du territoire palestinien, plaidoirie de Monique Chemillier-Gendreau, Cour internationale de justice, La Haye, le 26 février 2024.

[2] Cette solution est examinée en détail par Ghada Karmi dans « Israël-Palestine, la solution: un État », Paris, La Fabrique, 2022. Elle est aussi activement étudiée par le biais de simulations impliquant des personnalités publiques israliennes et palestiniennes, effectuées par l’organisation Israeli Palestinian Confederation(<ipconfederation.org/>), fondée par Joseph Avesar.

[3] Jimmy Carter, Palestine : la paix, pas l’apartheid, Paris, Éditions de l’Archipel, 2007.

[4] Rappelons ici les analyses de Mearsheimer et Walt mentionnées précédemment.

[5] Voir par exemple son entrevue avec Apolline de Malherbe sur les ondes de BFMTV le 27 octobre 2023. dailymotion.com/video/x8p4tqk

[6] Patrick Wintour, « Jared Kushner says Gaza’s « waterfront property could be very valuable » », The Guardian, 19 mars 2024.