MARX ET L’ENQUÊTE OUVRIÈRE – Quaderni Rossi no. 5 (1965)

La revue des Quaderni Rossi (six numéros parus entre 1961 et 1966) forme la base théorique de l’autonomie ouvrière italienne et de l’opéraïsme. Renouvelant la théorie marxiste et l’actualisant, elle lui donne une nouvelle portée critique dans le cadre du capitalisme avancé et de la restructuration économique des usines durant les Trente glorieuses. L’opéraïsme reconnait le prolétariat comme le moteur productif du capitalisme. Pour détruire celui-ci, il cherche donc à détruire l’identité économique des travailleurs. Ce sabotage du rôle du prolétariat doit amener le dépérissement du capitalisme selon les opéraïstes. Le communisme qu’ils proposent est donc un communisme basé sur les valeurs culturelles et sociales du prolétariat, mais détruisant le rôle économique spécifique de celui-ci dans la société de classes. Les pratiques opéraïstes comprennent donc l’attaque contre les patrons, les usines, les infrastructures du capital, le sabotage des machines ou encore l’absentéisme au travail.

Dans le texte Marx et l’enquête ouvrière, paru dans le no. 5 des Quaderni Rossi (avril 1965), Dario Lanzardo présente la méthode d’enquête adoptée par Karl Marx lors de ses recherches sur la classe ouvrière. C’est à la fois une analyse historique et une proposition pratique de renouer avec l’enquête. Renouer avec l’enquête, cela veut dire renouer avec la connaissance des faits réels, la connaissance de la classe ouvrière dans ses différentes caractéristiques et la connaissance des spécificités de l’oppression vécue par le prolétariat. Ce type d’enquête doit permettre d’élaborer une théorie au plus proche des réalités ouvrières. Cette théorie doit à la fois articuler les réalités structurelles du capitalisme, les impacts de ses structures sur le vécu journalier des travailleurs et trouver des moyens effectifs de lutter dans la situation donnée. L’opéraïsme cherche à refonder une théorie marxiste non-spéculative, qui apporte des armes de lutte aux ouvriers, utilisables par eux immédiatement, dans leur situation vécue. De plus, l’enquête telle que pratiquée par Marx (et valorisée par les opéraïstes) est aussi une action de propagande. En effet, par les questions posées lors de l’enquête, les prolétaires doivent prendre conscience de leur oppression. Devant s’arrêter et  réfléchir à leur condition, les travailleurs peuvent constater leur état d’inféodation et les contractions structurant leur vie. Les enquêteurs peuvent aussi, en discutant avec les travailleurs, réfléchir avec eux les structures de domination et les moyens d’y mettre fin. L’opéraïsme théorise uniquement pour rendre possible, le plus vite possible, la Révolution.

On trouvera une sélection d’articles des QR (en français) dans Quaderni Rossi. Luttes ouvrières et capitalisme d’aujourd’hui, éditions François Maspero, Paris, 1968. Le livre est malheureusement assez difficile d’accès. Une version PDF serait très appréciée !

Marx et l’enquête ouvrière – Quaderni Rossi no.5 (texte suivi)

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