La cellule du Front de Libération du Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean – Collectif Emma Goldman

Nous republions ici un article de nos camarades du Collectif Emma Goldman qui offre un aperçu de l’histoire du Front de Libération du Québec (FLQ) dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Même si nous ne sommes pas nationalistes, nous ne pouvons pas ignorer l’histoire des mouvements nationalistes de gauche au « Québec », dont le FLQ (le principal de ces groupes se déclarant révolutionnaire).

Il faut reconnaître une erreur fondamentale du FLQ : les Canadien.nes-français.es n’étaient pas colonisé.es, malgré leur marginalisation culturelle et économique, dans les années 1960. Le discours du FLQ ne peut donc pas et ne doit pas être repris tel quel de nos jours, d’autant plus que la situation des Québécois.es s’est immensément transformée depuis. Nous partageons l’histoire du FLQ pour faire surgir des questionnements sur l’histoire, la théorie et les pratiques révolutionnaires du passé, afin d’affiner notre entendement politique contemporain.

Bonne lecture !


Le Soleil, 17 octobre 1970.

L’histoire des révolutionnaires du Front de Libération du Québec (FLQ) est loin de se résumer aux seuls évènements d’Octobre (voir : Il y a 50 ans… « la crise » d’Octobre). En effet, ce n’est qu’après avoir mené une série d’actions violentes depuis 1963 que le FLQ effectue ses deux enlèvements politiques. Notons qu’à la fin de cette décennie, le FLQ et les différents sous-groupes qui l’ont composé (Armée de Libération du Québec (ALQ), Armée Révolutionnaire du Québec (ARQ) et l’Union pour la Libération Armée du Québec1) ont placé ou fait exploser plus de 200 bombes, commis des dizaines de hold-up et réussi l’exploit spectaculaire de vider les arsenaux militaires des Fusiliers du Mont-Royal (régiment de réservistes) et du régiment d’artillerie de campagne à Shawinigan (régiment de réservistes) lors d’une opération baptisée Casernes en 19642. De plus, les activités du FLQ ont entraîné la mort du vice-premier ministre Pierre Laporte, mais aussi de huit autres personnes dont trois felquistes.

On oublie trop souvent que les enlèvements politiques qui entraîneront la crise d’Octobre ont été motivés par le désir de faire libérer 23 prisonniers politiques. Parmi ces 23 prisonniers qui ont été arrêtés dans les différentes vagues et réseaux du FLQ qui se succèdent, trois étaient natifs du Saguenay-Lac-Saint-Jean : Pierre Demers, Réjean Tremblay et André Lessard.

En mai 1970, Réjean Tremblay et André Lessard sont arrêtés à Alma. Ils sont alors accusés d’avoir commis une dizaine de hold-up dans des banques et des Caisses populaires Desjardins dans le cadre des activités d’un réseau de financement du FLQ. En juillet, Jacques Boulianne est également arrêté à Alma. Il est accusé d’avoir allumé cinq incendies dans des édifices publics et commerciaux de la région et d’avoir essayé d’en allumer un autre. Dans une lettre datée du 13 octobre 1970, qu’il lance dans le tribunal lors de sa comparution pour sa sentence, il revendique son appartenance au FLQ. Le fait que le nom de ce dernier ne figure pas dans la liste des 23 prisonniers politique du FLQ peut nous laisser présager que Boulianne était peut-être en fin de compte un « loup solitaire ».

Le Soleil, 15 octobre 1970.

À la suite de l’enlèvement de James Richard Cross, Réjean Tremblay accorde une entrevue à un journaliste du quotidien Le Soleil : « André Lessard et moi-même refuserons de quitter le Québec car nous sommes innocents du crime qu’on nous reproche. ». Un peu plus loin dans l’article, Tremblay mentionne qu’il serait préférable que le gouvernement cède aux revendications des ravisseurs et que tôt ou tard les felquistes devront se résoudre à liquider quelqu’un : « S’ils relâchent Cross, on doutera de leur sérieux, si jamais il se produisait un autre rapt, le gouvernement ne répondrait pas. Un jour ou l’autre, il faudra en venir à cette situation ». Réjean Tremblay et André Lessard se sont fait connaître quelques années plus tôt pour avoir pris part dans l’affaire de La Macaza. Ils ont aussi été condamnés respectivement à deux ans et deux ans et demi de prison.   

Le Soleil, 10 octobre1970.

L’affaire rocambolesque de La Macaza.

La Macaza est une base militaire située dans les Laurentides. Elle est alors l’un des points du système de défense de l’Amérique du Nord et abrite des missiles Bomrac armés d’ogives nucléaires fournis par l’armée américaine. Comme le mentionne Louis Fournier dans son livre FLQ – Histoire d’un mouvement clandestin, l’introduction de telles armes avait déjà provoqué de nombreuses manifestations pacifiques en 1964 à l’initiative du mouvement pour le désarmement nucléaire et la paix dirigé par le journaliste Jacques Larue-Langlois.

À l’été 1965, un commando formé de sept personnes de deux cellules du FLQ, l’une de Montréal et l’autre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (Réjean Tremblay, André Lessard et Bertrand Simard), tous d’anciens militants de l’ARQ3, campent prêt de la base de La Macaza. Une fusillade éclate entre la police et le commando après la dénonciation de la présence des militants par un citoyen. Un felquiste est gravement blessé et un policier est kidnappé. Quelques jours plus tard, les derniers felquistes en fuite se rendent. Selon la police, les maquisards auraient eu comme intention de faire sauter la base militaire, mais la preuve du complot n’a jamais pu être établie4. Finalement, ils seront accusés et condamnés pour voies de fait, possession illégale d’armes et complicité d’enlèvement.

La grande nuit

« 13 personnes sont arrêtées, des perquisitions multiples, un climat de tension, voilà ce qui résume bien la grande nuit du 16 octobre qui a rappelé à plusieurs les jours sombres de la guerre de 1939-45… »

Le Soleil, 17 octobre 1970

Après Octobre…

Le 3 août 1971, une bombe explose dans un commerce Steinberg d’Arvida où les employés sont en grève. Louis Fournier mentionne que : « Tout indique que cet attentat est de nature purement locale. Mais étrangement, il sera revendiqué une semaine plus tard dans un communiqué émis par Carole Devault au nom d’une fausse cellule du FLQ».

Aujourd’hui…

Elle semble bien loin cette époque où une proportion significative des indépendantistes était non seulement révolutionnaire, mais aussi solidaire des luttes de libération nationale, souhaitait la libération des travailleurs et travailleuses du Capital et la libération des femmes québécoises de leurs oppressions spécifiques6. Aujourd’hui, le drapeau des patriotes et l’image du vieux 1837-1838 sont devenus des objets ringards souillés par l’extrême droite identitaire et les conspirationnistes (voir : Manif conspi à Chicoutimi. Ce que TVA et le Quotidien ont omis de mentionner).

Notes:
[1] « Deux terroristes auraient commis 10 hold-up », Le Soleil, 2 juin 1970, page 24.
[2] Le butin comprend 92 fusils mitrailleuses FN 7,62, 34 mitraillettes Sten, quatre mortiers de campagne, 3 lance-roquettes antichars, des grenades, des pistolets, des munitions, etc.
[3] ARQ ou le réseau de François Schirm. François Schirm et Edmond Guénette sont condamnés initialement à mort pour le raid de l’International Firearms qui a entrainé la mort de deux personnes.
[4] Louis Fournier, FLQ – Histoire d’un mouvement clandestin, page 109.
[5] Louis Fournier, page 409.
[6] Louis Fournier, page 425.

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