LA PENSÉE POLITIQUE DE JEAN-MARC PIOTTE – Sur le parti et l’État (1963-1979)

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Cet article est issu d’une conférence éponyme donnée par un membre du collectif Archives Révolutionnaires le 3 juillet 2021 au Centre internationaliste Ryerson / Fondation Aubin (CIRFA). Il est aussi paru dans L’Internationaliste. Cahier de recherche du CIRFA (no. 14, octobre 2021).


« Nous nous prenions pour l’avant-garde intellectuelle de la révolution. »

(Jean-Marc Piotte, 1979)

Introduction

Jean-Marc Piotte (né en 1940) est considéré comme l’un des intellectuels révolutionnaires les plus importants des années 1960 et 1970 au Québec, connu pour son rôle dans la fondation de la revue Parti pris (1963-1968) et pour sa théorisation du syndicalisme de combat. Se décrivant lui-même comme révolutionnaire dès 1963[1], il est un animateur du mouvement indépendantiste de gauche dans les années 1960, puis un penseur marxiste important dans les années 1970. Lors de ces deux moments, il réfléchit aux questions fondamentales du parti[2] et de l’État (bourgeois comme prolétarien). Plutôt hésitante au départ, sa pensée se précise à son retour d’Europe au tournant des années 1970, après qu’il eut étudié en France la pensée de Gramsci et de Lénine.

Dans le présent article, nous voulons explorer cette réflexion en deux temps[3] de Piotte au sujet du parti et de l’État. Pour ce faire, nous abordons d’abord sa réflexion sur l’organisation qui se cristallisa au sein du Mouvement de libération populaire (MLP, 1965-1966) puis qui devint résolument marxiste après 1970. Nous soulignons la difficulté que le philosophe rencontra alors pour arrimer sa réflexion à une organisation existante. Nous abordons ensuite la conception de l’État bourgeois selon Piotte, toujours avec une sensibilité à l’évolution de sa pensée, puis nous faisons de même avec l’État socialiste. Forts de ces acquis, nous pouvons souligner la tension irrésolue dans l’œuvre de Piotte entre la recherche d’une organisation révolutionnaire et un certain refus d’affronter l’État bourgeois, avec en filigrane une valse-hésitation de l’auteur au sujet de l’État socialiste[4]. Les incertitudes du révolutionnaire québécois, au sujet du parti et de l’affrontement avec l’État bourgeois, le mèneront d’ailleurs à entretenir un lien fort avec le syndicalisme de combat[5] tout au long des années 1970, dont il se fera même un théoricien avant de prendre un tournant résolument réformiste dans les années 1980.

En somme, nous montrons que Jean-Marc Piotte a développé une théorie suffisamment consistante au sujet du parti et de l’État dans ses écrits révolutionnaires pour que l’on puisse en donner une vision synthétique, mais insuffisamment homogène et cohérente pour qu’elle ait pu servir de base à une organisation ou à un parti. Outre le manque potentiel de réceptivité du prolétariat envers les théories de Piotte pour des raisons conjoncturelles, nous pensons que certaines tensions, voire contradictions de sa pensée, ont mené à leur relative marginalisation au sein des organisations des années 1970, ce qui n’enlève rien à de nombreux points saillants de sa réflexion.

Le corpus analysé se compose principalement des articles théoriques de Jean-Marc Piotte publiés dans la revue Parti pris (1963-1968), de quelques articles parus dans les revues Socialisme (1964-1974) et Chroniques (1975-1978), de ses livres La pensée politique de Gramsci (1970) et Sur Lénine (1972)[6], de certains textes de l’ouvrage Les travailleurs contre l’État bourgeois (1975), de son livre Le syndicalisme de combat (1977), de Marxisme et pays socialistes (1979) et enfin de son livre-bilan Un parti pris politique (1979), dernière publication marxiste révolutionnaire du philosophe.

1 – Le parti révolutionnaire

Durant ses premières années de réflexion politique, Jean-Marc Piotte n’aborde qu’incidemment la question du parti ou de l’organisation[7], se consacrant plutôt aux analyses historiques, sociales et économiques du Québec[8]. Les membres de Parti pris appellent à la création d’une organisation dans leur Manifeste 1964-1965[9], sans en clarifier ni la forme ni l’action. Des « clubs Parti pris » sont alors formés, où se rencontrent des lecteurs et des militants ; ceux-ci, en lien avec d’autres organisations, créent au printemps 1965 le Mouvement de libération populaire (MLP)[10]. En tant que secrétaire général des « clubs », Jean-Marc Piotte joue un rôle de premier plan dans cette organisation ; nous pouvons donc lire le Manifeste 1965-1966[11] du MLP comme une source pertinente afin de connaître la pensée organisationnelle de Piotte à ce moment[12].

Ce Manifeste proclame la nécessité d’instaurer « le pouvoir des classes travailleuses » grâce à une « révolution nationale démocratique accomplie sous l’impulsion des classes travailleuses »[13]. Comme cette révolution comprend l’indépendance politique du Québec, la libération économique de l’impérialisme canado-américain et l’instauration du socialisme, les auteurs du Manifeste ne refusent pas l’idée que les deux premiers « aspects » de la révolution soient l’œuvre de la néo-bourgeoisie québécoise ou encore d’un effort interclasses[14]. Pour réaliser le troisième aspect, le rôle de « l’avant-garde révolutionnaire » sera de provoquer de « vastes actions populaires exprimant le mécontentement », notamment « par l’agitation, la propagande, l’éducation politique », afin de provoquer « l’affaiblissement de l’État et le durcissement du pouvoir », deux facteurs conjoncturels essentiels à la révolution[15]. Par ailleurs, le MLP se donne pour mission « l’organisation de l’avant-garde en vue de créer le parti révolutionnaire, instrument de la prise de pouvoir » et « pouvoir de remplacement »[16]. Quatre moyens d’action sont envisagés afin que le (futur) parti révolutionnaire arrive au pouvoir : la lutte armée, la lutte clandestine, la lutte ouverte et la lutte parlementaire. Un tel parti devra être polyvalent afin de pouvoir s’adapter aux circonstances ; il doit aussi viser la prise de pouvoir, se composer de militants formés, être structuré et démocratique[17].

Alors que les analyses historiques, sociales et économiques de Parti pris s’ancrent dans l’expérience québécoise, l’action envisagée par le MLP a un caractère plus général (agitation, propagande, éducation politique et organisation) et la définition du parti révolutionnaire en reste aux standards léninistes[18]. De fait, le MLP mène une action hésitante, avant que ses membres choisissent de saborder l’organisation en mars 1966 pour se joindre au Parti socialiste du Québec (PSQ), un parti électoraliste et réformiste issu d’une scission du Nouveau parti démocratique du Québec (NPD Québec) survenue en 1963, qui disparaît lui aussi à brève échéance (février 1968). La dissolution du MLP pour se joindre au PSQ pose de sérieuses questions sur la position révolutionnaire du Mouvement et sa volonté de former un parti révolutionnaire ayant pour objectif le renversement de l’État bourgeois et du régime capitaliste[19]. C’est d’ailleurs à ce moment que Jean-Marc Piotte, constatant ses propres manquements théoriques, choisit d’aller étudier le marxisme en France (1966-1969)[20]. À son retour au Québec, il possède de nouveaux outils l’aidant à renouveler sa pensée politique[21].

De 1970 à 1979, Jean-Marc Piotte ne devient pourtant pas un théoricien du parti, comme se propose de l’être Charles Gagnon[22]. Le philosophe recentre sa pensée autour de la lutte des classes[23] et fournit des analyses matérialistes plus conséquentes que celles des années 1960, mais reste hésitant concernant l’organisation. Il défend certes les grandes lignes du parti léniniste, mais s’intéresse principalement aux syndicats (où s’organise de fait la classe ouvrière selon lui) et rejette les organisations marxistes-léninistes existantes (En Lutte ! et la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada notamment). Le penseur se trouve ainsi dans la situation paradoxale où il connaît beaucoup mieux le marxisme qu’une décennie auparavant, ce que prouvent ses textes théoriques, tout en restant à un stade général de réflexion sur l’organisation et en se rapprochant plus des syndicats que des partis communistes. Piotte affirme par exemple que « les seules organisations actuelles de masse des travailleurs [sont] les centrales syndicales », alors que « les organisations populaires, nombreuses, sont souvent dispersées et sans grands liens entre elles » et que « les socialistes sont divisés dans de nombreux groupes politiques, qui, trop souvent, s’isolent, au nom de la recherche de la ligne juste et de la lutte idéologique, dans un dogmatisme et un sectarisme stériles »[24]. Comme palliatif, l’auteur suggère de « créer de larges regroupements populaires », de « lutter pour l’unité inter-syndicale », de « fortifier et unifier les organisations existantes » et de « contre-attaquer, combattre, sur tous les fronts et quel que soit le lieu de travail »[25] : le front commun semble privilégié aux dépens du parti.

À la même époque, Piotte reconnaît que les organisations comme En lutte ! et la Ligue communiste reprennent le flambeau du MLP, focalisant sur la création d’un parti révolutionnaire tout en poussant plus avant « la lutte idéologique »[26]. Tout en dépréciant leur dogmatisme, l’auteur ne peut que constater la « diffusion sans pareille du marxisme-léninisme »[27] qu’elles permettent. Piotte suggère que ces organisations, surtout la Ligue, n’emploient pas assez la méthode de la dialectique matérialiste, ce qui entraîne des erreurs d’appréciation, entre autres au sujet de la « contradiction principale » au Canada. Considérant ces organisations comme doctrinaires et prônant certaines thèses erronées, Piotte en vient à les rejeter ; il se montre moins clair au sujet de ce qu’il pense alors du parti révolutionnaire de type marxiste-léniniste[28]. Est-ce que ces critiques envers les deux organisations nommées sont une façon de rejeter de fait le parti, sans l’affirmer, ou le philosophe restreint-il réellement sa critique à ces groupes ? Son intérêt marqué pour le syndicalisme à cette époque porte du moins à croire qu’il n’attend pas la création d’un parti révolutionnaire ouvrier au Québec à court terme[29].

L’auteur semble en effet craindre tout particulièrement qu’une révolution soit menée par un parti qui ne serait pas constitué massivement et contrôlé par le prolétariat : « C’est précisément l’absence du prolétariat, en termes de contrôle, durant l’ensemble du processus révolutionnaire, qui a historiquement obligé le parti à se substituer à la classe ouvrière et qui entraîne tendanciellement le parti à tomber sous la coupe d’une nouvelle classe dominante pour en devenir le porte-parole articulé. »[30] Cette hantise de voir un parti détaché des masses prendre le pouvoir puis se constituer en organe autonome du peuple peut aussi expliquer l’intérêt de Piotte pour les syndicats, là où se trouve la classe ouvrière, aux dépens des partis communistes existants (marginaux en comparaison). Le philosophe privilégie ainsi de radicaliser la classe ouvrière depuis les lieux où elle se trouve afin de l’amener à créer son propre parti[31] plutôt que d’essayer de lui harnacher un parti préconstitué, par exemple par des intellectuels. Cette hésitation au sujet du parti à former et des partis existants, ainsi que son rapport avec les syndicats le menant à temporiser l’affrontement avec l’État bourgeois, seront réétudiés dans la section 4 du présent article.

En somme, Jean-Marc Piotte (dans ses écrits de 1963-1979), appellera toujours plus ou moins directement de ses vœux la formation d’un parti révolutionnaire issu de la classe ouvrière et des syndicats[32], plutôt qu’un parti d’avant-garde fait pour diriger la classe ouvrière. Il ne participera pourtant à aucune initiative en ce sens après l’expérience du MLP (1965-1966), tout en critiquant les organisations marxistes-léninistes existantes. Sa conception de l’organisation ouvrière dans les années 1970 reste l’objet d’une tension irrésolue entre parti prolétarien et syndicalisme de combat. Il semble prioriser le parti en 1970-1972[33], puis le syndicalisme de combat en 1972-1977, puis à nouveau le parti en 1977-1979, appelant enfin à la formation d’un front réformiste des luttes ouvrières, féministes et nationalistes après 1979. La récurrence de l’appel nominal au parti révolutionnaire durant une vingtaine d’années ne peut cacher ces hésitations.

2 – L’État bourgeois et son dépassement

Pour les révolutionnaires marxistes, la question de l’État bourgeois est fondamentale, puisque c’est l’instance politique (la superstructure) qui permet le maintien du régime capitaliste ; le but d’un parti révolutionnaire est de vaincre cet État et la classe capitaliste, s’emparer du pouvoir et instaurer un régime ouvrier (État socialiste). « Mais qu’est-ce qu’un État bourgeois ? Piotte ne l’a jamais défini. »[34] Heureusement, le politologue Yvan Perrier, qui a travaillé pour son doctorat sous la direction de Jean-Marc Piotte, a produit cette définition de l’État bourgeois[35] :

« Je parle d’un État bourgeois dans le cadre d’une société capitaliste, non pas en raison de l’appartenance de l’État à une classe particulière identifiée aux détenteurs des moyens de production, mais bien plutôt en raison du fait que le dispositif du régime des rapports capital / travail salarié, l’ordre juridique qui s’applique aux rapports de travail, correspond à une logique sociale qui assure de façon dynamique la domination des employeurs sur le travail salarié. Ordre juridique qui implique la domination et la soumission des salarié.es face aux employeurs et à l’État. Par État bourgeois, j’entends un pouvoir politique de domination qui, indépendamment de la nature du régime politique qui le caractérise sous le capitalisme (libéral, fasciste, corporatiste, social-démocrate, démo-libéral, etc.), définit sur le plan du régime de travail les conditions et les termes de l’exploitation et l’étendue (la portée et l’application) des droits d’opposition des dominé.es. »[36]

Avec cette définition en tête, nous pouvons explorer quelques autres aspects de l’État bourgeois selon Piotte, puis voir comment la classe ouvrière devrait selon l’auteur s’organiser sous ce régime, en poursuivant son combat dans les syndicats, en formant un parti ou encore en intensifiant la lutte contre l’État bourgeois.

Piotte dénonce assez tôt les illusions réformistes au sujet de l’État bourgeois, par exemple : « L’État, en prenant à sa charge l’éducation, enlève aux capitalistes le coût de formation de la main-d’œuvre. Aussi, la réforme éducative ne va pas contre le système : elle est issue du développement des forces productives et s’inscrit à l’intérieur. »[37] Le philosophe marxiste est aussi conscient que les actions de l’État bourgeois se font au bénéfice des industries, par exemple : « L’État a nationalisé l’électricité : c’est un secteur économique peu rentable. Sa nationalisation, en supprimant la concurrence, a diminué le coût de production de cette matière première et permettra de l’offrir à des prix plus réduits à l’entreprise privée. »[38] Alors que Piotte et les membres de Parti pris considéraient comme un « aspect » de leur révolution l’indépendance du Québec, aspect qui pouvait être réalisé par la néo-bourgeoisie, le philosophe considère dans les années 1970 que l’indépendance d’un État bourgeois québécois n’est en rien une pièce essentielle de la révolution ici : « Un État québécois, dirigé par la bourgeoisie québécoise serait-il plus anti-impérialiste que ne l’est l’État fédéral sous la coupe de la bourgeoisie anglo-canadienne ? Rien, absolument rien, ne permet de l’affirmer. »[39] À ce moment, Piotte semble considérer que les luttes entre entités politiques bourgeoises ne peuvent qu’entraîner des changements incidents pour les travailleurs.

En effet, l’auteur remarque avec acuité dans les années 1970 les liens organiques entre la grande bourgeoisie et l’État capitaliste[40] : si l’économie va bien, des politiques libérales suivront, mais si elle va mal, il faut s’attendre à un durcissement des politiques économiques afin d’en « reporter les conséquences […] sur le dos des travailleurs »[41]. Une économie capitaliste en crise aura pour conséquence : « 1- diminution des dépenses de l’État non directement rentables au profit de l’aide directe ou indirecte à l’entreprise privée ; 2- durcissement de la bourgeoisie face aux syndicats dans l’entreprise privée ; 3- accroissement du contrôle de la bourgeoisie sur les appareils idéologiques d’État ; 4- renforcement des appareils répressifs d’État »[42]. En 1975, Piotte conçoit clairement l’État bourgeois comme une instance au service de l’économie capitaliste et déterminée par la situation économique. Encore plus intéressant, Piotte indique en 1977 : « Au stade du capitalisme monopoliste, l’État joue un rôle fondamental de régulateur de l’économie capitaliste, ne serait-ce que par le nombre d’emplois qu’il crée, que par son immense pouvoir d’achat, et ce sont les fractions monopolistes de la bourgeoisie qui exercent leur hégémonie sur les autres fractions bourgeoises et dominent ainsi l’État. »[43]

Piotte caractérise l’État bourgeois comme un employeur capable de réguler (dans une certaine mesure) le marché du travail et surtout comme un législateur pouvant imposer à ses employés ou aux travailleurs plus largement des lois punitives afin de maintenir à flot la production, sans égard pour les revendications ouvrières. L’État régule non seulement économiquement la société, mais aussi le monde de la production et les conflits de travail grâce à la répression judiciaire et policière. L’État a « le pouvoir de faire des lois, c’est-à-dire de fixer les règles du jeu […] interdire une grève et décréter les conditions de travail » ; « l’État n’est pas neutre, mais il est […] au service de la bourgeoisie »[44]. Piotte constate « l’autonomie relative face à la bourgeoisie » de l’État, tout en reconnaissant qu’in fine, celui-ci partage un horizon commun avec la classe dominante, les deux s’entraidant afin de préserver la société de classes : l’État reste bourgeois et constitué de représentants de la bourgeoisie[45].

Contre cet État bourgeois, c’est la lutte de classes qui doit prédominer, qu’elle soit liée à une lutte d’indépendance nationale (comme Piotte le préconisait dans les années 1960) ou qu’elle soit conçue dans une perspective nord-américaine, avec comme ennemi principal l’impérialisme américain (comme le croit Piotte dans les années 1970). Cette lutte de classes peut être larvée pour un certain temps ou s’incarner dans l’action syndicale avant de se cristalliser dans un parti, elle n’en reste pas moins fondamentale : « il faut se démarquer clairement du PQ, il faut se situer sur un autre terrain : la lutte de classes, la lutte contre l’impérialisme américain »[46]. Cela dit, la forme exacte et l’action précise du parti ouvrier qui mènera à son terme cette lutte des classes restent floues, comme nous l’avons vu. Qu’en est-il de l’État socialiste qu’il devrait établir ?

3 – L’État socialiste des travailleurs est-il envisageable au Québec ?

En 1965, Jean-Marc Piotte, l’équipe de Parti pris et le MLP affirment dans leur Manifeste 1965-1966 que « le pouvoir des classes travailleuses » doit être instauré au Québec : cette « démocratie réelle […] organisera un système de participation active du peuple à la gestion de ces affaires » sans abolir la liberté de parole, d’association ou de presse. Les moyens de production seront transférés aux employés qui participeront « directement à la gestion de l’entreprise » où ils travaillent, alors qu’une « égalité de fait, et non seulement de droit », notamment économique, sera établie[47]. En 1971, Piotte réitère que « la seule alternative au despotisme [capitaliste] est, non pas le libéralisme, mais un socialisme fondé sur le contrôle de la société par les travailleurs (et non sa grossière caricature existant en Russie) »[48].

Au-delà de ces généralités, c’est surtout de manière indirecte que nous pouvons percevoir l’État socialiste qui devrait résulter du processus révolutionnaire selon Jean-Marc Piotte dans les années 1970, notamment grâce à son livre Marxisme et pays socialistes (1979)[49]. Dans cet ouvrage qui se veut un commentaire sur Marx, Lénine et Mao, ainsi que sur la situation de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), l’auteur offre son point de vue plus ou moins directement ; l’ouvrage est d’autant plus instructif que c’est le dernier de la période strictement « marxiste » de Jean-Marc Piotte[50]. Avant tout, s’y trouve la seule définition directe (à notre connaissance) que Piotte donne de ce que devrait être l’État socialiste (ou État des travailleurs) : « Les critères d’une société socialiste sont, d’après Bettelheim, la subordination des appareils d’État aux masses et le contrôle des producteurs sur leurs moyens de production dans chaque unité de production et dans les échanges de produit (le plan socialiste) : je partage, après Rizzi et Castoriadis, ce point de vue. »[51] Dans le même passage, Piotte laisse entendre que les soviets (conseils ouvriers) devraient être « l’appareil dominant de la société socialiste ». Même dans les régimes se disant socialistes, « il ne s’agit pas seulement que les ouvriers contrôlent la production au niveau de l’usine pour que le problème [du bureaucratisme] soit solutionné, il faudrait que le contrôle des travailleurs manuels s’étende à toutes les sphères de la société, y compris aux appareils d’État proprement dits »[52] afin que règne vraiment le socialisme.

Le plus grand danger qui guette l’État socialiste en regard de l’histoire (URSS, Chine et Cuba[53]) est la formation d’une classe bureaucratique qui s’approprie la possession et la gestion des moyens de production. Une telle classe bureaucratique vient alors déposséder la classe ouvrière des moyens de production qu’elle avait pris à la bourgeoisie, mettant un frein au développement de la société sans classe. Une nouvelle classe dominante prend le contrôle de la société et empêche la disparation de la société de classes, comme cela s’est produit (selon Piotte) dès les années 1920 en URSS, avant même la mort de Lénine (janvier 1924). « La lutte victorieuse du prolétariat contre les anciennes classes dominantes avait fait place nette pour qu’une nouvelle force historique marque de sa domination une société : la bureaucratie. »[54] Cette hantise de voir le processus révolutionnaire mener à la création d’une nouvelle classe dominante bureaucrate fait en sorte que notre auteur reste très circonspect par rapport au parti d’avant-garde (qui aurait sécrété historiquement la bureaucratie en URSS[55]) ainsi qu’aux autres formes organisationnelles, notamment intellectuelles, affirmant jouer un rôle directif dans le mouvement révolutionnaire. Il est important de comprendre que pour Piotte, la société socialiste doit être faite par et pour les ouvriers : pour éviter que le fruit de leurs efforts ne leur échappe, il faut donc qu’ils soient en contrôle du processus révolutionnaire du début à la fin[56]. Pour éviter une bureaucratisation postrévolutionnaire, il vaut donc mieux privilégier le parti révolutionnaire des ouvriers plutôt que le parti d’avant-garde, et la société socialiste sera mieux gérée par les ouvriers que par des révolutionnaires professionnels ou autres techniciens[57].

Autre point aussi : Piotte tient à une « réelle » autodétermination des peuples, et non seulement à une position nominale à ce sujet. Son attachement à l’indépendance du Québec ressort discrètement lorsqu’il commente les insuffisances de Lénine sur cette question. Piotte ne défend pas un horizon socialiste internationaliste dans lequel les peuples et les nations fusionneraient, comme ont pu en rêver Marx ou Lénine, mais semble souhaiter un concert des nations socialistes, égales et indépendantes (quoiqu’il ne soit pas explicite en 1979 à ce sujet, nous le déduisons de ses commentaires sur Lénine et Staline[58]). Autrement dit, Piotte ne rêve pas d’un monde socialiste unifié comme le préconisent encore certaines tendances trotskystes.

Enfin, la société socialiste ne sera qu’une transition vers une société communiste qui, elle, suivant Marx et Lénine, aura « un État sans appareil d’État proprement dit »[59]. Est-il possible d’arriver à une telle société au Québec ? La question est loin d’être facile, car comme nous l’avons vu, Piotte se méfie de l’organisation du prolétariat « de l’extérieur » et celui-ci n’est clairement pas en mesure d’orchestrer une révolution au Québec dans les années 1960 ou 1970. Quoiqu’il en soit, nous avons quelques indices sur la marche à suivre. La classe ouvrière devra ainsi prendre le pouvoir, « détruire la bourgeoisie en supprimant la propriété privée » et assumer un total « contrôle sur les moyens de production et les appareils d’État ». Il faudra ensuite dépasser la « division travailleurs intellectuels / travailleurs manuels, dirigeants / dirigés, dominants / dominés ». De telles pratiques pourraient seules éviter la bureaucratisation de la société postrévolutionnaire ici (comme ailleurs) et permettre de renouer avec « l’idéal communiste »[60]. Difficultés insolubles dans la mesure où Piotte ne trouve d’autres solutions que de se reporter sur les syndicats afin de mener à terme ce processus[61]. Le danger qui guette ne serait-il pas alors plutôt celui du réformisme en régime capitaliste, avant celui de la bureaucratisation de la société socialiste ?

4 – Le parti et l’État socialiste. Sur deux problématiques dans l’œuvre de Piotte

Dans les années 1970, Jean-Marc Piotte reconnaît la nécessité d’un parti révolutionnaire devant organiser la classe ouvrière, tout en constatant que celle-ci est déjà organisée dans les syndicats[62]. Il adopte alors une attitude sibylline par rapport au mouvement syndical, auquel il participe, allant jusqu’à théoriser le syndicalisme de combat (1977)[63]. Cette double approche organisationnelle mène le philosophe à temporiser l’affrontement entre les travailleurs et l’État bourgeois, puisque les syndicats acceptent de négocier avec le patronat dans le cadre même de l’État bourgeois[64]. L’auteur reconnaît ce problème du syndicalisme, coincé entre « la contestation de l’ordre bourgeois et l’intégration à cet ordre », notant aussi que « la question du parti n’y est pas posée »[65]. En plus, Piotte se montre très critique des États socialistes existants (1979), qu’il ne perçoit pas comme un horizon pertinent pour la classe ouvrière québécoise. En raison de ces différentes tensions dans sa pensée et sa pratique, il en viendra finalement à s’éloigner de la pensée marxiste révolutionnaire dans les années 1980 et à se consacrer à des pratiques militantes réformistes.

Qu’est-ce qui justifie l’intégration des révolutionnaires dans les syndicats dans les années 1970 ? « La réponse à la question du parti ne pouvait surgir que de la confrontation des analyses marxistes avec la pratique de la lutte de classes, que de la mise en rapport des intellectuels petits-bourgeois révolutionnaires avec des ouvriers. Mais comment effectuer cette articulation sinon là où la lutte de classes est la plus développée, au niveau économique, en militant dans les organisations syndicales ? »[66] Dans ce texte de 1979, les deux raisons qui poussent Piotte à ne pas se consacrer immédiatement et exclusivement à la construction du parti dans les années 1970 sont patentes : d’un côté, il craint qu’un parti d’avant-garde ne développe une théorie idéaliste ou dogmatique (comme il croit le percevoir chez En lutte ! ou à la Ligue communiste) ; d’un autre côté, il craint qu’un parti fait par des intellectuels révolutionnaires se coupe de la classe ouvrière et de la lutte des classes. Ces deux appréhensions ont en commun la hantise d’un parti déconnecté des masses : mieux vaut aller où se trouvent les travailleurs, au risque de repousser la création du parti et l’affrontement avec la classe dominante[67]. Piotte pense par ailleurs que cette approche, loin de temporiser le conflit de classes, lui donnera une portée plus large, puisque les révolutionnaires travailleront en connexion avec la classe ouvrière, porteuse intrinsèquement de la lutte des classes[68]. Le parti qui sortira d’une telle collaboration sera non seulement plus solide et apte à triompher, mais il sera aussi moins à risque de se transformer en nouvelle classe dirigeante comme en URSS, en Chine ou à Cuba[69]. Pour ajouter à la confusion, Piotte affirme en contrepartie : « Le syndicalisme de combat cherchait à mettre en évidence les traits politiques de la lutte syndicale, mais dans la mesure où ses militants privilégiaient celle-ci par rapport à toutes les autres luttes, dans la mesure où leur travail militant demeurait coupé des autres formes de militantisme, le syndicalisme de combat élaborait une certaine ligne politique sur la réduction drastique du politique. »[70]

Nous l’avons souligné à plusieurs reprises : Piotte définit insuffisamment le parti révolutionnaire dans les années 1960 et 1970 (même s’il l’appelle de ses vœux). Il se montre par ailleurs craintif face au parti d’avant-garde qui contient le danger d’une bureaucratisation du mouvement ouvrier et de l’État socialiste. L’auteur tend aussi à considérer les théories révolutionnaires comme « extérieures » au mouvement ouvrier réel et peine à arrimer de telles théories avec les luttes en cours. S’il analyse assez bien l’État bourgeois, il temporise l’affrontement direct avec celui-ci afin de rester en accord avec le mouvement ouvrier tel qu’il existe, organisé dans les syndicats et cherchant avant tout à négocier les conditions de son exploitation salariée[71]. Enfin, l’État socialiste que Piotte appelle de ses vœux reste flou : il serait autogestionnaire et non bureaucratique. Mais comment, en premier lieu, dépasser le régime capitaliste, sans parti d’avant-garde et sans mouvement ouvrier révolutionnaire ? Piotte semble attendre une radicalisation des ouvriers d’un côté et se laisser tenter par des réformes de l’autre. Parlant de la lutte des classes entre bureaucratie et prolétariat dans les régimes socialistes, il avance ainsi ses propos à saveur réformiste, et l’on sent qu’il tiendra bientôt le même discours en régime capitaliste :

« Les forces révolutionnaires ne doivent donc pas viser le pouvoir d’État car, dans la mesure où elles le conquerraient, elles devraient, elles aussi, reproduire un semblable rapport d’appropriation. Les forces révolutionnaires doivent donc lutter pour exercer un contrôle sur la bureaucratie, viser à dominer, de l’extérieur, les appareils bureaucratiques, lutte permanente qui peut sans doute nous rapprocher du communisme, sans que nous le réalisions jamais, le communisme ne devenant qu’une idée-limite qui oriente le sens des luttes des opprimés. »[72]

Conclusion

Pourquoi la pensée révolutionnaire de Jean-Marc Piotte n’a-t-elle pas eu plus d’ascendant sur le mouvement de gauche québécois des années 1960-1970 ? Pourquoi a-t-elle finalement trouvé plus de résonnance dans les milieux syndicaux que chez les révolutionnaires ? Peut-être qu’au final, ses appels à la formation d’un parti et ses conceptions de l’État socialiste sont restés trop abstraits ; peut-être que ses réflexions au sujet de l’État bourgeois et du capitalisme l’ont porté à trop focaliser sur les conflits de travail présents, ceux menés par les syndicats au sujet des conditions de travail et du salaire (et non du système de production ou du salariat). Dans le même sens, on ne peut s’empêcher de percevoir que, malgré le passage d’une relative confusion (années 1960) à une bonne compréhension du marxisme-léninisme (années 1970), Piotte n’a pas foncièrement réussi à lier organiquement ses nouvelles connaissances théoriques (au sujet du parti, de l’État bourgeois et de l’État socialiste) aux réalités québécoises, se contentant des pratiques syndicales existantes (qu’il voulait certes radicaliser)[73].

Nous avons vu dans le présent article la réflexion de Piotte sur l’organisation, son travail au sein du MLP puis sa pensée marxiste et « syndicaliste de combat » après 1970. Nous avons aussi vu les caractéristiques de l’État bourgeois et son rôle en régime capitaliste, sans perdre de vue l’évolution de sa pensée. Une enquête similaire a été menée au sujet de l’État socialiste. Finalement, nous venons d’esquisser une réflexion sur la tension à l’œuvre dans la pensée de Piotte, au sujet de l’organisation révolutionnaire et d’un certain refus d’affronter l’État bourgeois, avec ses hésitations au sujet du syndicalisme et de l’État socialiste. Un premier constat est que Jean-Marc Piotte demeure avant tout un analyste, dans les années 1960 comme 1970[74]. Au début de Parti pris, l’auteur affirmait qu’il faut « analyser les structures politiques, économiques et sociales » afin « d’élaborer ce que devra être le parti révolutionnaire québécois »[75]. En fait, Piotte ne se sortira jamais de cette analyse liminaire, ou très peu. C’est pourquoi, selon nous, sa réflexion sur le parti reste lacunaire jusqu’aux années 1980 (elle en reste aux généralités léninistes), comme sa réflexion sur l’État socialiste (défini par un vague principe autogestionnaire ouvrier). Le seul des trois aspects analysés ici que Piotte a réellement développé est l’État bourgeois, parce que celui-ci existe de fait et que Piotte privilégie les analyses matérielles. Au final, si notre auteur a produit de bonnes analyses historiques, sociales et économiques – notamment sur l’État bourgeois – durant une vingtaine d’années, jamais il n’est devenu un théoricien original du parti[76] ou du socialisme.

Nous n’en négligeons pas moins les acquis du présent article. Nous avons vu les fondements du parti révolutionnaire selon Piotte, parti qui reste toujours l’horizon organisationnel que l’auteur appelle de ses vœux. Nous avons vu les caractéristiques économiques, juridiques et policières de l’État bourgeois, ainsi que son rôle en temps de crise. Enfin, nous avons vu comment Piotte définit l’État socialiste, comme un État des ouvriers qui ne serait pas dévoyé par la bureaucratie. Ces éléments synthétisés offrent une bonne vue d’ensemble du champ politique et de l’épistémologie de notre auteur ; mais ils trouvent aussi leur limite dans le fait que Piotte en reste à l’analyse du réel et se refuse à une projection politique spécifique au Québec (concernant le parti révolutionnaire ou l’État socialiste). En regard de cette réalité, nous en arrivons à une seconde conclusion, faite du paradoxe suivant : les analyses de Piotte sont très réalistes alors que sa pensée politique reste abstraite ; l’abstraction de sa pensée politique ne lui permet pas d’inspirer les militants ni les organisations[77] qui de toute manière restent toujours imparfaites dans leurs analyses selon lui. En somme, l’obsession envers les justes analyses le bloque à cette « première étape » politique et il reste déconnecté des organisations réelles et de leurs aspirations. À trop garder son idéologie dans les généralités afin de ne pas se tromper ou « l’imposer » indûment, l’auteur n’arrive pas à arrimer ses idées révolutionnaires au mouvement ouvrier[78]. En 1979, Piotte considère toujours que les contradictions sociales et historiques « sont structurées par la lutte de classes »[79], mais il semble en vérité focaliser sur l’affrontement entre les salariés et leurs employeurs, publics comme privés, et non plus sur l’affrontement entre le parti révolutionnaire et l’État bourgeois, afin d’instaurer l’État socialiste. Bientôt, il pourra dire : « l’espoir d’une société sans classe s’évanouit »[80].


Notes

[1] Voir le texte collectif de PARTI PRIS. « Présentation » in Parti pris, vol. 1, no. 1 (octobre 1963), page 4.

[2] Dans ce texte, sauf mention explicite contraire, nous entendons le parti au sens marxiste, donc le parti (communiste) comme organisation politique du prolétariat incarnant la conscience de classe de celui-ci et devant jouer un rôle de direction dans son émancipation.

[3] Bien que nous reconnaissions une césure entre la période « nationaliste » des années 1960 et la période « marxiste » des années 1970 dans la pensée de l’auteur, nous considérons que le continuum révolutionnaire dans sa réflexion permet de traiter en un seul article des années 1963-1979. Pour un bilan par Jean-Marc Piotte lui-même de l’évolution de sa pensée durant ses années, voir PIOTTE, Jean-Marc. Un parti pris politique, Montréal, VLB, 1979, pages 9-28.

[4] Nous abordons ces questions ensemble puisqu’elles relèvent d’une dynamique politique commune. D’un point de vue marxiste, l’État bourgeois est l’instance politique qui permet le maintien du régime capitaliste, alors que le parti est l’instance politique que le prolétariat se donne afin de conquérir le pouvoir et d’instaurer l’État socialiste.

[5] Comme nous le verrons, Jean-Marc Piotte considère que la classe ouvrière doit s’organiser au sein d’un parti révolutionnaire large et que la classe ouvrière (au Québec) est déjà organisée dans les syndicats, avec lesquels les militants doivent donc collaborer. Cette conception de Piotte le place dans une position sibylline, car le parti révolutionnaire devrait par essence rechercher l’affrontement avec l’État bourgeois, ce que ne font évidemment pas les syndicats, même lorsqu’ils adoptent des slogans socialistes ou se targuent de pratiquer le syndicalisme de combat.

[6] Si nous citons peu ces deux livres de 1970 et de 1972, nous en faisons usage dans la mesure où ils confirment les connaissances théoriques de Piotte sur divers thèmes marxistes dans les années 1970.

[7] Jean-Marc Piotte affirme que Parti pris doit d’abord « analyser les structures politiques, économiques et sociales » afin « d’élaborer ce que devra être le parti révolutionnaire québécois ». Voir PIOTTE, Jean-Marc. « Notes sur le milieu rural » in Parti pris, vol. 1, no. 8 (mai 1964), page 24.

[8] Jean-Marc Piotte reconnaît d’ailleurs que, durant les années 1960, il s’intéressait d’abord à la question nationale, ce qui peut expliquer son manque de clarté au sujet de la lutte des classes et du parti ouvrier. Piotte et les autres membres de Parti pris hésitaient entre la formation d’un parti ouvrier ou la participation à un front interclasses indépendantiste. « Nous désirions nous lier à la classe ouvrière, mais nous la subordonnions, involontairement, dans nos analyses à l’idéal [indépendantiste] de notre propre classe [petite-bourgeoise]. » Voir PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, page 16.

[9] Le parti devra lier « l’ensemble des classes populaires avec l’avant-garde révolutionnaire », dans le but de lutter pour l’indépendance et le socialisme. Comme l’idéologie d’avant-garde n’est pas définie, il faudra (avant de créer le parti) remplir trois tâches : « recherche [théorique et empirique], éducation populaire, encadrement [des nouveaux militants] ». L’appel au parti, en somme, est désactivé par des lacunes idéologiques évidentes. Voir PARTI PRIS. « Manifeste 1964-1965 » in Parti pris, vol. 2, no. 1 (septembre 1964), pages 14-15.

[10] Les organisations fondatrices du MLP sont les « clubs Parti pris », la Ligue socialiste ouvrière (trotskyste), l’équipe de la revue Révolution québécoise et le Groupe d’action populaire (GAP). Pour une histoire du MLP, voir DUPUIS, Gilles et al. Avec ou sans Parti pris, Montréal, Nota bene, 2018, pages 289-328.

[11] MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE / REVUE PARTI PRIS. « Manifeste 1965-1966 » in Parti pris, vol. 3, nos 1-2 (août / septembre 1965), pages 2-41. Le philosophe se réfère par ailleurs fréquemment à ce texte jusqu’à la fin des années 1970.

[12] Jean-Marc Piotte offre peu de précisions sur sa conception « propre » du parti ou de l’organisation de 1963 à 1970, s’investissant par contre dans le projet collectif du MLP durant cette période.

[13] MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE. « Manifeste 1965-1966 », août / septembre 1965, page 23.

[14] Ibid., page 25. En 1971, Jean-Marc Piotte avait clairement changé d’opinion à ce sujet : « L’histoire du Québec montre que les travailleurs se sont toujours fait fourrer par la petite-bourgeoisie nationaliste. […] Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? » Voir PIOTTE, Jean-Marc et al. Québec occupé, Montréal, Parti pris, 1971, page 17.

[15] MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE. « Manifeste 1965-1966 », août / septembre 1965, page 32.

[16] Ibid., page 34.

[17] Ibid., pages 35-38.

[18] Les membres du MLP s’opposent par ailleurs au Parti communiste du Canada (PCC). Jean-Marc Piotte affirme en 1965 : « As for the Communist Party, we do not believe that it can do anything because of its bureaucratized nature and its deformed and abstracted version of Marxism. » Cité dans DUPUIS et al. Avec ou sans Parti pris, 2018, page 294, note 7.

[19] Ce revirement est d’autant plus étonnant que le MLP et l’équipe de Parti pris affirmaient à l’automne 1965 que le NPD et le PSQ étaient des « partis formés surtout d’intellectuels, frange progressiste de la néo-bourgeoisie, qui affirment prendre les intérêts des travailleurs, mais ne parviennent pas à les rejoindre réellement ». Voir MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE. « Manifeste 1965-1966 », août / septembre 1965, page 19.

[20] Jean-Marc Piotte a défendu (depuis l’Europe) l’idée pour la gauche révolutionnaire de pratiquer l’entrisme au sein du Mouvement souveraineté-association (MSA, 1967-1968) de René Lévesque, à la suite de la déroute du MLP. On ne trouve plus trace de cette idée chez le philosophe à son retour au Québec, quoiqu’il reste plus sensible que bien des marxistes aux idées d’alliances conjoncturelles entre différents groupes sociaux aux intérêts autrement divergents. Voir PIOTTE, Jean-Marc. « Lettre à une militante » in Parti pris, vol. 5, nos 8-9 (été 1968), pages 37-39.

[21] Jean-Marc Piotte a complété une thèse de doctorat (sous la direction de Lucien Goldmann) portant sur la pensée politique de Gramsci, voir PIOTTE, Jean-Marc. La pensée politique de Gramsci, Montréal, Parti pris, 1970. Il a aussi étudié la pensée de Lénine, voir PIOTTE, Jean-Marc. Sur Lénine, Montréal, Parti pris, 1972.

[22] Voir par exemple GAGNON, Charles. Pour le parti prolétarien, Montréal, L’Équipe du Journal, 1972.

[23] « En définitive, tout tourne autour de la lutte de classes. » dans PIOTTE, Jean-Marc. « La fascisation du régime » in Chroniques, no. 10 (octobre 1975), page 12.

[24] Ibid., pages 12-13.

[25] Ibid., pages 13-14.

[26] PIOTTE, Jean-Marc. « Le monstre bicéphale » in Chroniques, nos 29-32 (hiver 1978), pages 12-28. L’auteur remarque par ailleurs qu’En lutte ! est plus en continuité avec le MLP, alors que la Ligue se distingue au niveau idéologique ; Piotte rapproche en ce sens la Ligue du Parti communiste du Canada.

[27] Ibid., page 15.

[28] Notons que Piotte critique l’obsession centralisatrice présente chez Lénine en 1979. Voir PIOTTE, Jean-Marc. Marxisme et pays socialistes, Montréal, VLB, 1979, page 71.

[29] On trouve un bon exemple de la tension irrésolue entre l’importance du parti et l’adhésion au mouvement syndical dans PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, page 24 : « La lutte syndicale, fût-elle pensée en termes de luttes de classes et orientée dans une perspective politique, ne constitue pas la voie vers la formation du parti. » Dans ce texte de 1979, Piotte dit résumer sa pensée de 1976. Il tenait pourtant un autre discours, à savoir que la participation des révolutionnaires au mouvement syndical est une étape vers la formation du parti et que le syndicalisme de combat renforce la lutte des classes, dans plusieurs textes de la même période (vers 1975-1977), notamment PIOTTE, Jean-Marc. Le syndicalisme de combat, Montréal, Albert Saint-Martin, 1977, page 28.

[30] L’auteur s’exprime dans le cadre d’une réflexion sur les révolutions chinoise et cubaine. Voir PIOTTE. « Le monstre bicéphale », hiver 1978, pages 20-21.

[31] « Le prolétariat québécois pourrait, en principe, contrôler l’ensemble du processus révolutionnaire et le Québec, vivre une révolution véritablement prolétarienne. » Ibid., page 21. Piotte souligne par ailleurs que les syndicats ne peuvent constituer la finalité organisationnelle de la classe ouvrière si celle-ci veut renverser l’État bourgeois : « [Le syndicalisme de combat] travaillera pour que les travailleurs prennent conscience de l’exploitation et œuvrera, par ses actions et son travail éducatif, à la naissance d’un parti ouvrier qui, lui, cherchera à abattre le capitalisme. » Voir PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, page 28.

[32] En 1975, Jean-Marc Piotte semble souhaiter que « les centrales syndicales mettent sur pied un parti des travailleurs qui serait, en quelque sorte, le prolongement sur la scène politique des luttes et des revendications que mènent les centrales syndicales au niveau économique ». Voir ÉTHIER, Diane, PIOTTE, Jean-Marc et Jean REYNOLDS. Les travailleurs contre l’État bourgeois (avril-mai 1972), Montréal, L’Aurore, 1975, page 28.

[33] Sous le coup de l’invasion militaire du Québec par le Canada en octobre 1970, Piotte s’interroge par ailleurs sur la forme organisationnelle qui convient le mieux à la classe ouvrière dans les circonstances. Voir PIOTTE et al. Québec occupé, 1971, page 12.

[34] PERRIER, Yvan. « Hommage à Jean-Marc Piotte » in Presse-toi à gauche !, 15 mars 2021, en ligne.

[35] Dans le cadre de sa thèse portant sur les « la régulation étatique des rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec de 1964 à 1986 », Perrier a dû proposer plusieurs définitions de l’État bourgeois, dont celle qui suit et qu’il affirme correspondre à la pensée de Piotte dans les années 1970. Ibid.

[36] Ibid.

[37] PIOTTE, Jean-Marc. « Où allons-nous ? » in Parti pris, vol. 3, nos 1-2 (août / septembre 1965), page 68. Par ailleurs, l’auteur n’ignore pas que « l’État [bourgeois] peut passer des lois utiles aux travailleurs, soit parce que ceux-ci, par leurs luttes, l’y contraignent, soit que la bourgeoisie accepte, par l’intermédiaire de son État, de sacrifier certains intérêts économiques immédiats au profit d’une consolidation de son hégémonie sur les travailleurs » ; cela ne change rien à la nature de l’État bourgeois ni à son rapport fondamental avec le capitalisme. Voir PIOTTE, Jean-Marc. « Un labor boss » in Chroniques, no. 14 (février 1976), page 84.

[38] PIOTTE. « Où allons-nous ? », août / septembre 1965, page 69.

[39] PIOTTE, Jean-Marc. « Une question de stratégie » in Socialisme québécois, no. 24 (hiver 1974), page 6. Il ajoute : « Pour les ouvriers, l’exploitation et la domination économiques, politiques et culturelles auxquelles ils sont soumis par l’impérialisme américain est le problème fondamental. »

[40] « La bourgeoisie contrôle indirectement l’État et les agents politiques par sa possession des moyens de production. » Voir PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 151.

[41] PIOTTE. « La fascisation du régime », octobre 1975, page 5.

[42] Ibid., page 5.

[43] PIOTTE. « Le monstre bicéphale », hiver 1978, page 19. Il ajoute : « L’État est canadien, tandis qu’au Québec subsiste un gouvernement régional avec un embryon de pouvoir d’État. »

[44] ÉTHIER, PIOTTE et REYNOLDS. Les travailleurs contre l’État bourgeois, 1975, page 66.

[45] Ibid., page 67, note 3. En d’autres endroits, cette « autonomie relative » semble négligée (peut-être par excès de langage), par exemple lorsque Piotte avance que l’État « est strictement dépendant de la classe dominante, la bourgeoisie ». Voir PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, page 110.

[46] PIOTTE. « Une question de stratégie », hiver 1974, page 7. Le Parti québécois (PQ) est un parti indépendantiste social-démocrate, qui succède au MSA en 1968 et devient la principale force indépendantiste au Québec.

[47] MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE. « Manifeste 1965-1966 », août / septembre 1965, pages 23-24.

[48] PIOTTE et al. Québec occupé, 1971, page 59.

[49] PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979.

[50] L’auteur est bien sûr encore marxiste dans PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, publié la même année : mais ce livre est un recueil de ses textes de 1963 à 1979 dont seule l’introduction est originale. On voit ensuite le philosophe s’éloigner peu à peu du marxisme de type léniniste dans la première moitié des années 1980 – notamment dans ses articles pour la revue Conjoncture politique au Québec (1982-1985) – avant qu’il n’adopte définitivement une position réformiste, sans jamais rejeter le marxisme comme outil d’analyse ponctuel.

[51] PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 140.

[52] Ibid., page 175. Résumant la pensée de Lénine qu’il semble appuyer sur ce point, Piotte note : « L’État socialiste se différencie fondamentalement de l’État bourgeois par son contenu de classe : la dictature du prolétariat se substitue à celle de la bourgeoisie. » Ibid., page 73.

[53] Ibid., page 127.

[54] Ibid., page 103.

[55] « Le parti est le principal organisme de l’État bureaucratique. » Ibid., page 129, note 1.

[56] L’auteur avance même l’idée que les syndicats puissent « être un frein à la tendance inhérente de l’État à la bureaucratisation », y compris en régime socialiste. Voir PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, page 23.

[57] Le problème avec cette approche survient lorsqu’il n’existe pas de mouvement ouvrier révolutionnaire dans un lieu et un temps donnés, comme dans le Québec des années 1970. Dans ce cas, Piotte privilégiera les syndicats (réformistes) aux partis marxistes-léninistes, par crainte que les ouvriers ne perdent le contrôle de leur mouvement.

[58] Voir par exemple PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 124.

[59] Ibid., page 91, note 38.

[60] Pour ces citations, Ibid., page 172.

[61] L’auteur avoue en 1987 qu’il ne savait trop quoi dire à ses étudiants marxistes sur la marche révolutionnaire à suivre : « je ne leur disais pas comment faire la révolution, je n’en avais aucune idée ». Voir PIOTTE, Jean-Marc. La communauté perdue. Petite histoire des militantismes, Montréal, VLB, 1987, page 27.

[62] N’oublions pas que le philosophe craint la formation d’un parti surcentralisé et bureaucratisé se fondant sur l’idée d’avant-garde, privilégiant plutôt « le contrôle effectif du prolétariat sur celui-ci [le parti] ». Voir PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 71. Dans cette optique, il centre son attention sur la classe ouvrière plutôt que sur le parti dans les années 1970.

[63] A posteriori, Piotte considère qu’il a consacré les années 1970 au syndicalisme de combat, sans pour autant nier la nécessité, à moyen terme, du parti révolutionnaire : « La publication de Québec occupé [1971] marque le début d’une nouvelle période politique qui s’inscrira à l’actif du syndicalisme de combat. ». Voir PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, pages 20-21. Pour une synthèse à ce sujet, voir PELLETIER, Jacques. « Piotte et le syndicalisme de combat » in À bâbord, no. 87 (mars 2021), version longue en ligne.

[64] Ainsi, Jean-Marc Piotte semble espérer au milieu des années 1970 la formation d’un parti des travailleurs issus des centrales syndicales, reconnaissant pourtant que « la contradiction principale qui traverse chaque centrale » est qu’elles promeuvent « une idéologie de plus en plus socialiste qui recouvre une pratique syndicale à peu près inchangée, réformiste ». Voir ÉTHIER, PIOTTE et REYNOLDS. Les travailleurs contre l’État bourgeois, 1975, page 16.

[65] PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, page 11. L’auteur suggère dans le même passage de poursuivre le combat syndical afin d’entretenir le conflit de classes, tout en pariant sur une « minorité consciente » pour former le parti, sans plus d’explication.

[66] PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, page 23.

[67] Une attitude qualifiée dans les années 1970 « d’opportuniste » par les groupes marxistes-léninistes.

[68] Dans le contexte des années 1970, il n’est pas illusoire de croire que les mouvements sociaux pourraient se radicaliser et devenir révolutionnaires, ce qui permettrait la création d’un parti révolutionnaire issu de la classe ouvrière. Voir BEAUDET, Pierre. « La radicalisation des mouvements sociaux dans les années 1970 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 19, no. 2 (2011), pages 97-117.

[69] PIOTTE. « Le monstre bicéphale », hiver 1978, pages 20-21.

[70] PIOTTE. Un parti pris politique, 1979, page 24.

[71] Il est intéressant de noter que Piotte suggère le programme suivant pour le syndicalisme de combat en 1977, croyant qu’une telle approche mènerait à la création d’un parti ouvrier au Québec : « 1- Il faut se lier aux masses. 2- On ne peut vraiment le faire que par l’intermédiaire des organisations qui structurent leurs luttes de classe, comme les centrales syndicales. 3- Il faut commencer par travailler dans son propre milieu. » Voir PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, page 120.

[72] PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 177.

[73] Par ailleurs, si Piotte connaît mieux le marxisme dans les années 1970, il ne trouve pas de solution au problème de l’arrimage entre la théorie révolutionnaire (prônée par les intellectuels révolutionnaires) et la classe ouvrière, dont la partie consciente (mais non révolutionnaire) s’organise dans les syndicats. Ainsi, le philosophe s’interroge fréquemment, mais sans apporter de réponse claire, sur la transition des masses du réformisme vers le camp révolutionnaire, ainsi qu’au sujet du rôle des révolutionnaires dans ce processus. La question de la formation d’un parti ouvrier révolutionnaire au Québec n’est pas non plus réglée. Pour un exemple caractéristique de ces interrogations que Piotte laisse sans réponse, voir PIOTTE. Le syndicalisme de combat, 1977, pages 121-122.

[74] C’est aussi ce que constate Jules Duchastel dans son commentaire sur les deux livres de Piotte écrits en 1979, pensant par ailleurs que cette « attitude qui privilégie l’analyse concrète des situations historiques » n’entraîne pas nécessairement « une ambivalence ». Voir DUCHASTEL, Jules. « Note critique sur Un parti pris politique et Marxisme et pays socialistes de Jean-Marc Piotte » in Cahiers du socialisme, no. 5 (printemps 1980), pages 98-105.

[75] PIOTTE. « Notes sur le milieu rural », mai 1964, page 24. L’auteur explicitait aussi cette nécessité d’analyses matérialistes avant l’action partisane dans PIOTTE, Jean-Marc. « Autocritique de Parti pris » in Parti pris, vol. 2, no. 1 (septembre 1964), pages 36-44.

[76] Encore une fois : « les luttes ouvrières primaient tout programme » chez Marx selon Piotte ; le second voulant suivre le premier, il reste plus intéressé par les luttes réelles que par un parti chimérique. Voir aussi cette idée de Lénine avec laquelle il est en accord : « les luttes syndicales sont donc nécessaires car elles permettent l’auto-éducation des ouvriers et transforment les syndicalistes en combattants politiques ». Pour Piotte, les luttes syndicales, de nécessaires, deviendront fondamentales. Voir PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, respectivement pages 37 et 42.

[77] Paradoxe d’autant plus marqué que Jean-Marc Piotte était inspiré par la figure de l’intellectuel organique telle que théorisée par Gramsci : il aurait certainement voulu être le théoricien révolutionnaire d’une classe révolutionnaire, mais n’est resté que le commentateur d’une société capitaliste et des activités d’une classe réformiste, dans la mesure où il n’a pas su participer au déplacement vers la révolution de la classe ouvrière. Sur cette figure mythique de l’intellectuel organique, voir PIOTTE. La pensée politique de Gramsci, 1970, pages 17-43. Sur le rôle organique du parti, voir pages 71-101.

[78] Au contraire, les organisations marxistes-léninistes négligent parfois les analyses conjoncturelles, mais proposent une théorie du parti et une stratégie attrayantes par leur clarté. Voir FORTIN, Andrée. « Les revues de gauche au Québec, 1960-1970 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 19, no. 2 (2011), page 83.

[79] PIOTTE. Marxisme et pays socialistes, 1979, page 18.

[80] PIOTTE. La communauté perdue, 1987, page 28. Pour poursuivre la réflexion au sujet des groupes et des penseurs marxistes des années 1970 au Québec, on pourra consulter DEGAGNÉ, Sébastien. « Sur la gauche et l’extrême-gauche au Québec : 30 ans après mai 1968 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 1 (1997), pages 75–87. L’auteur y dresse une liste commentée des principaux travaux portant sur le marxisme québécois des années 1970 ; malgré son ancienneté, l’article se réfère à la plupart des travaux fondamentaux sur la question.


Bibliographie

Textes de Jean-Marc Piotte

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PARTI PRIS [Jean-Marc Piotte]. « Parti pris, le RIN et la Révolution » in Parti pris, vol. 1, no. 3 (décembre 1963), pages 2-6.

PARTI PRIS [Jean-Marc Piotte]. « Le socialisme » in Parti pris, vol. 1, no. 6 (mars 1964), pages 2-4.

PIOTTE, Jean-Marc. « Notes sur le milieu rural » in Parti pris, vol. 1, no. 8 (mai 1964), pages 11-25.

–, « Autocritique de Parti pris » in Parti pris, vol. 2, no. 1 (septembre 1964), pages 36-44.

–, « Un appui critique à la néo-bourgeoisie » in Parti pris, vol. 2, no. 3 (novembre 1964), pages 6-9.

–, « Où allons-nous ? » in Parti pris, vol. 3, nos 1-2 (août / septembre 1965), pages 64-85.

–, « Sens et limites du néo-nationalisme » in Parti pris, vol. 4, no. 1 (septembre / octobre 1966), pages 24-39.

–, « Lettre à une militante » in Parti pris, vol. 5, nos 8-9 (été 1968), pages 37-39.

–, La pensée politique de Gramsci, Montréal, Parti pris, 1970, 302 pages.

PIOTTE, Jean-Marc et al. Québec occupé, Montréal, Parti pris, 1971, 249 pages.

PIOTTE, Jean-Marc. Sur Lénine, Montréal, Parti pris, 1972, 302 pages.

–, « Une question de stratégie » in Socialisme québécois, no. 24 (hiver 1974), pages 5-8.

ÉTHIER, Diane, PIOTTE, Jean-Marc et Jean REYNOLDS. Les travailleurs contre l’État bourgeois (avril-mai 1972), Montréal, L’Aurore, 1975, 278 pages.

PIOTTE, Jean-Marc. « La fascisation du régime » in Chroniques, no. 10 (octobre 1975), pages 3-14.

–, « Un labor boss » in Chroniques, no. 14 (février 1976), pages 80-85.

–. Le syndicalisme de combat, Montréal, Albert Saint-Martin, 1977, 267 pages, en ligne.

–, « Le monstre bicéphale » in Chroniques, nos 29-32 (hiver 1978), pages 12-28.

–, Marxisme et pays socialistes, Montréal, VLB, 1979, 177 pages.

–, Un parti pris politique, Montréal, VLB, 1979, 251 pages.

–, La communauté perdue. Petite histoire des militantismes, Montréal, VLB, 1987, 142 pages, en ligne.

Autres textes et littérature secondaire

BEAUDET, Pierre. « La radicalisation des mouvements sociaux dans les années 1970 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 19, no. 2 (2011), pages 97–117.

BROUILLARD, Christian. « Terre en transe » in À bâbord, no. 24 (avril / mai 2008), en ligne.

DEGAGNÉ, Sébastien. « Sur la gauche et l’extrême-gauche au Québec : 30 ans après mai 1968 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 6, no. 1 (1997), pages 75–87.

DUCHASTEL, Jules. « Note critique sur Un parti pris politique et Marxisme et pays socialistes de Jean-Marc Piotte » in Cahiers du socialisme, no. 5 (printemps 1980), pages 98-105.

DUPUIS, Gilles et al. Avec ou sans Parti pris, Montréal, Nota bene, 2018, 459 pages.

FORTIN, Andrée. « Les revues de gauche au Québec, 1960-1970 » in Bulletin d’histoire politique, vol. 19, no. 2 (2011), pages 78–86.

GAGNON, Charles. Pour le parti prolétarien, Montréal, L’Équipe du Journal, 1972, 48 pages.

GILL, Louis. Autopsie d’un mythe. Réflexions sur la pensée politique de Jean-Marc Piotte, Montréal, M Éditeur, 2015, 144 pages.

MOUVEMENT DE LIBÉRATION POPULAIRE / REVUE PARTI PRIS. « Manifeste 1965-1966 » in Parti pris, vol. 3, nos 1-2 (août / septembre 1965), pages 2-41.

PARTI PRIS. « Présentation » in Parti pris, vol. 1, no. 1 (octobre 1963), pages 2-4.

PARTI PRIS. « Manifeste 1964-1965 » » in Parti pris, vol. 2, no. 1 (septembre 1964), pages 2-17.

PELLETIER, Jacques. « Piotte et le syndicalisme de combat » in À bâbord, no. 87 (mars 2021), version longue en ligne.

PERRIER, Yvan. « Hommage à Jean-Marc Piotte » in Presse-toi à gauche !, 15 mars 2021, en ligne.

1 réflexion sur « LA PENSÉE POLITIQUE DE JEAN-MARC PIOTTE – Sur le parti et l’État (1963-1979) »

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