Diffuser les archives et les récits militants. Construire les luttes actuelles.
Diffuser les archives et les récits militants. Construire les luttes actuelles.

La Rote Armee Fraktion (RAF) – ou Fraction Armée Rouge – (1968-1998) fut le principal groupe de lutte armée communiste en Allemagne de l’Ouest. Il s’est rendu célèbre par ses attaques massives et répétées contre l’état ouest-allemand et ses politiques impérialistes, contre les bases américaines sur le territoire allemand ainsi que contre les corporations médiatiques réactionnaires. Bien qu’en quelques années la presque totalité des membres originaux.elles de la RAF aient …

Ce texte est la première partie de l’article Post-situationnisme et appelisme au Québec. Fragments 2004-2019. Pour la seconde et dernière partie, voir : Partie II. De la grève étudiante de 2012 à l’autonomie radicale. Partie I. Des origines à la grève étudiante de 2012 Depuis une vingtaine d’années, une tendance prend place au sein de l’extrême-gauche sur le territoire connu sous le nom de Québec, celle de l’appelisme (ou de l’autonomie). …

LA 92 : un film de Daniel Lindsay et T.J. Martin (2017)
En mars 1991, à Los Angeles, la police poursuit et arrête l’Afro-Américain Rodney King, un chauffeur de taxi, pour vitesse au volant. Les policier.ères sortent King du véhicule avant de l’électrocuter et de le battre à coups de matraque durant plusieurs minutes : un passage à tabac brutal qui est filmé. Les médias s’emparent de cet épisode de violence alors que le public est sous le choc. Le 29 avril 1992, les quatre policiers (blancs) responsables du passage à tabac de King sont acquittés par un jury (dans lequel il ne se trouve aucun.e Noir.e) d’une petite ville voisine de Los Angeles où s’est tenu le procès. Le quartier de South Central s’embrase alors : les six jours d’émeutes qui suivent cet acquittement font (au moins) 58 mort.es et 2 300 blessé.es, alors que plus de 11 000 personnes sont arrêtées. Ce sont ces jours d’émeutes que présente le documentaire LA 92, sorti en 2017. Ce documentaire, produit par la National Geographic à l’occasion du 25e anniversaire des émeutes, offre un collage d’images d’archives et d’extraits d’interviews sans narration.
Le documentaire s’ouvre sur des images d’archives plus anciennes, celles des émeutes de Watts en août 1965. Ces images servent d’introduction à une réflexion sur la perpétuation du racisme systémique aux États-Unis, dans lequel s’inscrit le tabassage de Rodney King ainsi que le procès (dont on voit l’évident trucage) et l’acquittement des policiers coupables. L’autre cause directe des émeutes de 1992 est aussi présentée, l’assassinat absolument injustifié de Latasha Harlins, 15 ans, par une commerçante coréenne, qui est elle aussi acquittée en raison du racisme anti-noir du système de justice américain. Ce sont donc le racisme systémique, la constante dévaluation de la vie des Noir.es et l’impunité de leurs bourreaux qui causent les émeutes de Los Angeles – causes honnêtement présentées dans le premier tiers du film.

La partie centrale du documentaire est consacrée aux jours d’émeutes. Si le film présente les émeutes comme un évènement prévisible et dans une certaine mesure compréhensible, il traite pourtant celles-ci comme un mouvement passionnel, déraisonnable et d’une violence inacceptable. Le ton est plutôt condescendant envers les émeutier.ères, à la juste colère, mais dont les actions sont vues comme néfastes et dépolitisées. Les émeutes auraient donc une cause politique mais ne le seraient pas en elles-mêmes. Les réalisateurs ne semblent pas voir ce que les images qu’ils présentent communiquent. Les attaques contre les Blanch.es (le premier jour des émeutes), puis contre des commerces et leurs propriétaires non-noir.es, puis contre les quartiers des élites tels que Hollywood, sont pourtant des actions extrêmement politiques et cohérentes dans une lutte contre les oppresseur.es et le système d’oppression capitaliste et raciste. On voit de plus les émeutier.ères protéger les quartiers noirs contre les forces de l’ordre et protéger les commerces et les logis des Noir.es du pillage et des flammes, ce qui souligne plus encore le caractère cohérent des émeutes de 1992.

Une autre faute du documentaire est son ignorance volontaire des mouvements politiques noirs en amont des émeutes, alors même qu’on voit lors des discours et des émeutes plusieurs symboles liés à Malcolm X et au Black Power, qui inspirent clairement les révolté.es de 1992. Le caractère politique des pillages n’est abordé qu’une fois dans le documentaire, lorsqu’on entend un émeutier expliquer que malgré son travail acharné, il n’a jamais accès à la marchandise et que c’est pour cela qu’il pille. Le documentaire ne parle pas non plus des suites politiques des émeutes, notamment l’organisation de protestations à Seattle, Oakland, San Francisco, New York, Philadelphie et Atlanta (entre autres). Les émeutes de Los Angeles forment en effet l’épicentre d’un mouvement conscient et dynamique de lutte contre le racisme systémique aux États-Unis. Elles participent au renouveau du mouvement Black Power perceptible dans les années 1990, en remettant de l’avant des pratiques offensives ou en servant d’inspiration à des artistes noir.es, notamment hip-hop. Le documentaire préfère pourtant présenter un « retour du même » quant au racisme systémique et souligner la réconciliation entre les communautés coréenne et noire qui avaient été divisées lors des émeutes.

En bref, le documentaire LA 92 refuse de voir dans la destruction de la propriété privée et dans les attaques contre des individus des gestes conscients et révolutionnaires. Si le documentaire s’ouvre par une lecture du racisme systémique aux États-Unis, il abandonne sa grille de lecture systémique et critique lorsqu’il est question des émeutes. Au lieu de se focaliser sur les dynamiques politiques à l’œuvre, le film préfère s’appesantir sur le conflit opposant les populations coréenne et afro-américaine. Le documentaire traite finalement avec une certaine complaisance le « rétablissement de l’ordre » par la garde nationale, qui fut brutal. À partir de là, il n’y a plus de réflexion politique : on préfère une morale plaquée sur la réconciliation interculturelle à une conclusion politique, ainsi qu’une mise en garde contre le danger de nouvelles émeutes. Et comme cela est attendu, les accusations contre les politicien.nes républicain.nes n’ont d’égal que la complaisance envers les élu.es démocrates. En somme, les réalisateurs se montrent incapables d’aller jusqu’au bout de leur réflexion sur le racisme.

Les lacunes idéologiques et critiques nombreuses ne doivent pas nécessairement détourner de ce documentaire, car celui-ci présente tout de même de nombreuses et rares images des émeutes de 1992, desquelles la spectatrice ou le spectateur critique saura faire une lecture politique. Le documentaire présente aussi de bons exemples du racisme structurel américain et des faits intéressants sur les émeutes de 1992, ce qui permet d’étayer notre compréhension de ces situations. En somme, un film à voir – pour ses images, pour sa description du racisme – mais pas à croire en raison de son manque d’esprit critique.
LA 92 (d’une durée de 1 h 54 min) est disponible en haute définition gratuitement sur YouTube.

Pour découvrir une plus large sélection de documentaires et de films de fiction politiquement pertinents, on pourra consulter notre section Films.

Les Cahiers du socialisme sont une revue publiée à Montréal de 1978 à 1984. D’abord centrée autour du nationalisme de gauche, la revue s’oriente davantage vers le socialisme à partir du numéro 7 puis vers les questions internationales et culturelles dans les derniers numéros, avant de cesser sa publication à la suite du numéro 16. La revue est animée principalement par des professeur.es du département de sociologie de l’UQAM et …

Nous partageons ici une entrevue avec Hakim Adi, tirée de la revue Période. Hakim Adi est professeur d’histoire de l’Afrique et spécialiste de la diaspora africaine à l’université de Chichester (Royaume-Uni). Il publie en 2013 le livre Pan-Africanism and Communism: The Communist International. Africa and the Diaspora, 1919-1939. En 2018, il publie Pan-Africanism: A History. Selim Nadi est doctorant en histoire et membre des comités de rédaction des revues françaises …

Au début des années 1970, dans la continuité du projet de « modernisation du Québec » entamé par le gouvernement de Jean Lesage, le gouvernement de Robert Bourassa veut développer de grands projets énergétiques dans le Nord du soi-disant Québec. Afin de développer le potentiel hydroélectrique des grands cours d’eau qui traversent le territoire, il compte installer une série de barrages sur la Grande Rivière (qui se jette dans la …

Nous présentons ici 10 affiches du Black Panther Party (1966-1982), célèbre groupe révolutionnaire et anti-impérialiste qui avait pour objectif d’organiser le lumpenprolétariat et le prolétariat afro-américains. L’art du Black Panther Party (BPP) a été un élément fondamental de sa propagande tout au long de son existence : par la mise en scène d’acteurs.trices afro-américain.nes, il servait à la prise de conscience de la puissance des individus noirs et à l’ouverture d’un nouvel imaginaire de lutte. L’art du Black Panther Party, à l’image de tout le travail du groupe, dépeint la réalité quotidienne de l’oppression vécue par les Noir.es tout en offrant une réponse politique à celle-ci, dans un style clair et direct. L’art était et reste une arme de prédilection pour les révolutionnaires, qui doivent grâce à lui se donner de nouveaux cadres esthétiques et symboliques pour se porter à un niveau supérieur de conscience d’elles et eux-mêmes. C’est en raison de cela que l’art, notamment les affiches, jouèrent un grand rôle dans la propagande des organisations décoloniales africaines, asiatiques, latino-américaines ou autochtones. L’image « du soi » en lutte est nécessaire à celles et ceux qui cherchent à devenir acteurs.trices de la transformation du monde plutôt qu’agent.es de reproduction de celui-ci.
L’esthétique du Black Panther Party a été principalement le fruit du grand artiste révolutionnaire Emory Douglas (né en 1943), membre du Ministère de la Culture du BPP jusqu’à la dissolution de ce dernier. Ses personnages en action donnèrent une voix aux sans-voix de l’Amérique durant plus d’une décennie. On écoutera d’ailleurs avec intérêt ce court documentaire sur la vie et le processus artistique d’Emory Douglas. Pour découvrir plus en détail le travail d’Emory Douglas, on consultera l’ouvrage Black Panther : The Revolutionnary Art of Emory Douglas, disponible pour l’emprunt à la bibliothèque DIRA.











Le Weather Underground (d’abord nommé le Weathermen, puis le Weathermen Underground et enfin le Weather Underground) est un groupe de propagande armé américain apparu en 1969 à la suite d’une scission au sein de l’organisation nationale étudiante du SDS (Students for a Democratic Society). Composé principalement de militant.es étudiant.es issues de la bourgeoisie progressiste du nord-est des États-Unis, le groupe se trouve à la jonction entre la contre-culture, le socialisme, …

Inspiré.es par le Black Panther Party et d’autres groupes de révolutionnaires qui s’organisent afin de répondre aux besoins en santé et en éducation de leur communauté, des membres du groupe latino-américain Young Lords Party mettent sur pied, en 1970, un centre de traitement de la toxicomanie. Le 10 novembre 1970, une trentaine de militant.es occupent le sixième étage (alors vacant) du bâtiment de la résidence des infirmières de l’hôpital Lincoln, …

Le texte qui suit a été publié en deux parties (parues en août et en décembre 2019) sur le blog du Collectif Emma Goldman. Il retrace l’histoire de l’occupation, en 2004, de la forêt Cyriac au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette lutte pour la préservation de la forêt contre la coupe commerciale nous est racontée ici à partir d’entrevues réalisées avec des participant.es. Le premier texte fait le récit de l’occupation et de …